
Bâillonnés et en robe noire, les avocats se sont mobilisés jeudi de façon hétérogène en province mais davantage à Paris pour dénoncer la loi Perben II et "défendre les droits de la défense", poursuivant un mouvement de protestation au-delà du cas France Moulin à l'origine de leur colère. "La majorité des barreaux a bougé. J'espère que Dominique Perben a entendu les avocats", a déclaré Michel Bénichou, président du Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les 43.000 avocats de France. "Depuis une dizaine d'années les droits de la défense ont été grignotés et Perben II a accentué le déséquilibre. Les avocats doivent montrer leur détermination pour aboutir à des réformes" et influer sur les négociations en cours avec la Chancellerie, a-t-il ajouté.
Environ 400 avocats se sont retrouvés au Palais de justice de Paris pour une réunion extraordinaire du conseil de l'ordre contre la loi Perben II de mars 2004, accusée de faire "reculer les droits de la défense". Plusieurs ténors du barreau de Paris assistaient à cette réunion: Henri Leclerc, Jean-René Farthouat, Patrick Maisonneuve, Francis Szpiner, Philippe Lemaire, Jean-Yves Le Borgne, Jean-Pierre Versini. Au centre de leur grogne : les dispositions Perben II ayant récemment permis la mise en examen et l'incarcération de l'avocate toulousaine Me Moulin, soupçonnée d'avoir transmis des informations "de nature à entraver" une instruction. Les avocats réclament l'abrogation de l'article du code pénal incriminé (434-7-2) qu'ils jugent attentatoire à l'exercice des droits de la défense et "source d'insécurité permanente" dans leur travail.
Perben "ne fait pas confiance à la justice de son pays"
Outre l'abrogation de l'article 434-7-2, le CNB réclame l'interdiction des écoutes indirectes des avocats (via leur client) et l'instauration du contrôle d'un juge sur les demandes d'écoutes et les perquisitions visant les avocats et demandées par les magistrats instructeurs. La grogne des avocats a parfois dépassé la critique de Perben II, comme à Paris où le SAF (gauche) a reproché au Garde des Sceaux de "ne pas faire confiance à la justice de son pays" en ne modifiant pas son texte sur le plaider-coupable, censuré par la Cour de cassation et le Conseil d'Etat.
La mobilisation en province a été la plus forte à Bordeaux avec le rassemblement d'environ 250 avocats à la cour d'appel, et une manifestation du même nombre à Nice. A Toulouse, 150 robes noires se sont réunies devant le palais de justice tandis qu'à Bayonne, 130 ont participé à une assemblée générale. A Marseille, une centaine d'avocats a dénoncé les "entraves aux droits de la défense". Une centaine se sont réunis à Angoulême ainsi qu'à Dijon. A Lille, une centaine d'entre eux se sont symboliquement bâillonnés, imités par plusieurs dizaines à Clermont-Ferrand ou Nantes. Pas de rassemblement en revanche à Lyon, en Alsace et en France-Comté. A Versailles, près de 80 avocats s'étaient mobilisés. Le Syndicat de la magistrature (gauche) avait apporté son soutien à cette journée.
Photo d'ouverture : manifestation d'avocats, jeudi à Lille - DR
Retour MYTF1
Chargement en cours...



