© AFPLa France vient de perdre l'un de ses plus importants penseurs de l'après-guerre. L'universitaire et philosophe chrétien Paul Ricoeur est mort vendredi à l'âge de 92 ans. Malade depuis plusieurs mois, Paul Ricoeur avait été en 2004 lauréat du prix John W. Kluge, prestigieuse récompense américaine pour les sciences humaines. Ancien doyen de la faculté des lettres de Nanterre (1969-1970), le philosophe, qui avait connu un spectaculaire regain d'intérêt en France depuis une quinzaine d'années, était l'héritier spirituel de la phénoménologie de Husserl et de l'existentialisme chrétien.
Né le 27 février 1913 à Valence (Drôme), Paul Ricoeur, tôt orphelin, est élevé par des grands-parents protestants. Agrégé de philosophie et docteur ès Lettres, il est professeur de lycée à partir de 1933, à Saint-Brieuc, Colmar et Lorient. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier en Allemagne, et crée un cercle philosophique dans son Oflag. A la Libération, il est attaché de recherche au CNRS, avant d'être professeur d'histoire de la philosophie à la faculté des lettres de Strasbourg (1948-1956). Il est ensuite nommé à Paris, d'abord à la Sorbonne, puis à Nanterre en 1966.
"Un pont entre religion et philosophie"
Membre du comité de la revue Esprit à partir de 1947, il commence à publier dans les années 50, notamment sa thèse sur la philosophie de la volonté. Dans les années 60, ce philosophe curieux de tout, se tourne vers la psychanalyse freudienne (De l'interprétation. Essai sur Freud). Après sa démission de la faculté de Nanterre en 1970, Paul Ricoeur enseignera longtemps à l'université de Chicago. Il devient parallèlement directeur de La revue de métaphysique et de morale (1974). Dans les années 80, le philosophe publie ses oeuvres les plus personnelles, comme Temps et récit (1983), puis La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000) qui interrogent les historiens sur leur pratique et leur savoir, ou Soi-même comme un autre (1990).
Penseur engagé, militant socialiste dès 1933, et profondément chrétien, Paul Ricoeur, Croix de guerre 39-45, Grand Prix de philosophie de l'Académie française, était veuf et père de cinq enfants. Par son oeuvre, il a jeté un "pont constant entre religion et philosophie dont nous lui sommes constamment reconnaissants", a déclaré samedi Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération des protestants de France (FPF). "Il y a chez lui une rigueur philosophique et un engagement imprégné par la foi chrétienne sans confusion et sans divorce entre les deux", a assuré le pasteur, ajoutant que "sa perte est cruelle".
Photo : Paul Ricoeur en 2003 (AFP)
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