La presse fait le constat du choc

Par Christophe ABRIC, le 30 mai 2005 à 09h14 , mis à jour le 30 mai 2005 à 10h27

Pour la plupart des journaux, ce lundi matin, le non est révélateur du mal qui touche le pouvoir et la politique française. La date historique, est celle à partir de laquelle il va falloir "rééquilibrer".

Presse 30 mai Non

Difficile ce matin de l'ignorer : le non a gagné. Les trois lettres barrent en grand les couvertures du Figaro et de Libération tandis qu'Aujourd'hui / Le Parisien affiche un énorme "C'est Enorme" et que l'Humanité souligne la force du refus : "55% Le peuple dit non à l'Europe libérale". Les journaux économiques affichent pour leur part leur stupeur. C'est un "choc" pour Les Echos, un "séisme" pour La Tribune.

Sans même ouvrir ces journaux, on devine qui est la victime première de ce scrutin : le président. France Soir titre en se demandant "Chirac doit-il partir ?". Le Figaro parle d'un "rêve brisé". Les Echos estiment que le président, "affaibli par ce désaveu, devrait remanier rapidement le gouvernement".

Mais l'ampleur du séisme est plus palpable encore dans les articles. Il n'y a qu'à lire le papier de tête d'Aujourd'hui / Le Parisien : "C'est un tremblement de terre. Désormais, plus rien ne sera comme avant", commence-t-il. Dans le Figaro, Nicolas Beytout, partage l'analyse. Son édito, titré "un moment d'Histoire", débute en expliquant que le 29 mai fait déjà partie de ces dates "qui restent dans les mémoires comme le jour où les rapports de force ont basculé, où les trajectoires politiques ont été bouleversées. Où une partie de l'avenir de notre nation s'est décidée".

Dans Libération, Serge July, ne cache pas son amertume. Dans un éditorial violent, il s'attriste du "chef d'œuvre masochiste" qu'est ce non massif, vitupère contre "une classe politique élevée par des autruches, portée aux mensonges depuis de nombreuses années, des incompétents notoires à la manœuvre dont un Président en exercice, et des cyniques en acier trempé dont un ancien Premier ministre socialiste". Pour lui, ce vote est "un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage, la construction européenne, l'élargissement, les élites, la régulation du libéralisme, le réformisme, l'internationalisme, même la générosité".

Dans L'Humanité, c'est l'inverse. Pierre Laurent se réjouit : "les électeurs ont déjoué le piège, refusant d'endosser le scénario de la vérité obligée, celui qui prétendait les consulter mais n'autorisait qu'une seule réponse possible". Pour lui, avec le non, "la démocratie a gagné. Le libéralisme a perdu (...) La voie est désormais ouverte pour reconstruire avec les autres peuples européens un nouveau traité".

Un optimisme à l'opposé du constat désabusé fait par les éditorialistes des Echos : "le doute n'est plus permis : la France est plongée dans une grave dépression qui a dégénéré hier soir en une double crise politique et européenne", constate Françoise Fressoz.

La crise du pouvoir, le mal de la France. Là-dessus, tout le monde s'accorde : le Non devient le symptôme d'une France qui "craque" (Le Parisien), "va mal. Malheureusement, (…) encore plus mal ce matin" (Libération), est "le grand malade de l'Union européenne" (L'Est Républicain).

Et l'Europe dans tout ça ? Elle va continuer malgré tout, tout en ne sachant pas encore comment digérer le coup. En attendant, le 1er juillet, la Grande-Bretagne présidera l'Union. Son programme ? "Moins de régulation, moins de subventions publiques, d'avantage de libéralisation", explique Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles de Libération. "Tout cela, le traité de Nice le permet".

Par Christophe ABRIC le 30 mai 2005 à 09:14
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience