© DRIl est accusé d'avoir proféré des insultes contre des policiers et d'avoir craché au visage de l'un d'eux. Samuel Morville, un des leaders de la coordination nationale lycéenne comparaissait mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour "outrages" à agents lors d'une manifestation contre la loi Fillon le 31 mars.
Procès symbolique
Le représentant du parquet a proposé au tribunal correctionnel de Paris que lui soit infligée une peine de travaux d'intérêt général ou une amende équivalant à 500 euros. Interrogé par le président de la 29e chambre du tribunal, Etienne Fradin, sur le fait de savoir s'il accepterait une peine de travaux d'intérêt général, comme le prévoit le Code de procédure pénale, le lycéen, âgé de 19 ans, a déclaré qu'il n'avait "rien contre mais qu'il ne pouvait pas accepter". En conséquence, si sa culpabilité est reconnue, il sera condamné à l'autre peine proposée par le procureur Dominique Gohon, c'est-à-dire 100 jours amende d'un montant de cinq euros, soit 500 euros. Le jugement sera rendu le mercredi 1er juin.
Ce procès marque le début d'une série de comparutions dans les semaines à venir, notamment à Paris et dans le Val d'Oise, de lycéens accusés d'"outrages" ou de "dégradations de biens" lors d'incidents qui ont émaillé la contestation lycéenne, en mars et avril. Au total, une quarantaine de jeunes âgés de 15 à 20 ans ont été mis en examen ou doivent être jugés en comparution immédiate. Ils sont poursuivis pour "outrages", "rebellions", "dégradation de biens", et "violences". Ils risquent des amendes ou des travaux d'intérêts généraux.
Le procès est hautement symbolique. Elève en terminale ES dans un lycée de la capitale, Samuel Morville est le porte-parole de la coordination nationale lycéenne, créée au début du mouvement et indépendante des deux syndicats lycéens. Le jeune homme conteste formellement ces accusations et se dit victime d'un "procès politique". "Tous ceux qui ont été mis en examen ou cités en comparution immédiate sont membres de la coordination. La justice veut faire le procès du mouvement lycéen", a-t-il déclaré.
"Sous le coup de la panique"
Incidents et occupations de lycées ou de bâtiments officiels ont ponctué en mars et avril la contestation contre la réforme Fillon. Neuf personnes, dont sept mineurs, ont été mis en examen le 22 avril pour "violences sur agents de la force publique" et "dégradations de biens publics en réunion" après l'occupation d'une annexe du ministère de l'Education nationale à Paris, qui s'était soldée par les placements en garde à vue de plus de 150 jeunes. Selon la police, les lycéens avaient notamment jeté des tables, des chaises ou des ordinateurs sur les forces de l'ordre.
A Bobigny, cinq lycéens ont été mis en examen mi-avril après avoir occupé l'inspection académique de Seine-Saint-Denis. Ils sont accusés d'avoir détruit des bureaux et détérioré du matériel. "C'est vrai qu'il y a eu des dégradations et des débordements", a admis Samuel Morville. Mais les lycéens ont agi sous le coup de la "panique" face aux charges des forces de l'ordre, a-t-il estimé, accusant une nouvelle fois le gouvernement d'avoir choisi la répression plutôt que le dialogue. Le collectif de soutien aux lycéens, qui a appelé à un rassemblement devant le tribunal mercredi matin, réclame "l'abandon des poursuites". Fin avril, un dialogue s'est engagé entre le ministre de l'Education et les deux syndicats lycéens UNL et Fidl. La coordination nationale a pour sa part continué à appeler à des manifestations, notamment pour protester contre "la répression".
Dans le véhicule qui l'emmenait au commissariat pour sa garde à vue, Samuel Morville affirme avoir été forcé à se déshabiller et à crier : "Vive la police et vive la France !" Des affirmations démenties par les forces de l'ordre.
(Samuel Morville/DR)
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