Les réactions au choix de Villepin

le 31 mai 2005 à 12h40 , mis à jour le 31 mai 2005 à 16h44

Réjouissances, déceptions, exigences... Les politiques français réagissent à la nomination de Dominique de Villepin au poste de Premier ministre.

dominique de villepin © INTERNE

Le président du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de Villiers a jugé mardi que la nomination de Dominique de Villepin au poste de Premier ministre constituait "un déni de démocratie" qui "sent la tambouille". "La nomination de Dominique de Villepin ne répond pas aux souhaits exprimés par les Français", estiment M. de Villiers et le bureau politique du MPF dans un commununiqué publié mardi à l'issue de la réunion du bureau. "A la victoire du non qui fait monter vers le pouvoir un immense cri de détresse et d'espérance du peuple français, Jacques Chirac répond par un bricolage institutionnel sous la forme d'un gouvernement du oui. Il s'agit d'un déni de démocratie. Tout cela sent la tambouille", ajoutent-ils.

La Ligue communiste révolutionnaire (communiqué) : "Malgré la sanction infligée par le résultat du référendum, Chirac continue de s'accrocher au pouvoir. Il ne s'est donc rien passé de fondamental puisqu'un fidèle du sérail chiraquien remplace un dévoué serviteur. A l'évidence, Chirac fait appel au dernier carré pour gérer la fin du quinquennat dans une ambiance d'union sacrée au sein de l'UMP. Ca sent vraiment la fin de règne pour la majorité actuelle. L'onde de choc des 55 % de non ne va pas s'éteindre par le jeu des chaises musicales gouvernementales. Les mobilisations sociales vont reprendre. Nous n'attendrons pas 2007. 2005 sera l'année de la revanche sociale."

Arnaud Montebourg, député PS de Saône-et-Loire, un des leaders du courant Nouveau parti socialiste (NPS): "En nommant Premier ministre M. Dominique Galouzeau de Villepin, le président de la République a commis une erreur historique. Les citoyens ont demandé dimanche d'être entendus. La réponse du président de la République est de nommer un homme qui ne sait pas ce que le suffrage universel veut dire et n'a jamais croisé un électeur de sa vie". "D'ambassades en palais ministériels, M. de Villepin ne connaît pas son pays, il n'en connaît que les honneurs. La droite augmente son illégitimité à gouverner par cette nomination".

Nicolas Dupont-Aignan, député UMP de l'Essonne, a estimé que la nomination de M. de Villepin "ouvre de nouvelles perspectives à l'action gouvernementale". "En tant que gaulliste, il a la capacité de rassembler une France divisée après le référendum (...) Mais aura-t-il les moyens de mener l'autre politique, qui seule pourrait aujourd'hui sonner la mobilisation générale pour l'emploi", a ajouté dans un communiqué le député, partisan du non à la Constitution européenne.

Emile Zuccarelli, député-maire de Bastia (PRG): "Quelles que soient les qualités de Dominique de Villepin (...), sa nomination à Matignon ne répond pas aux attentes des Français exprimées dimanche. On prend les mêmes et on recommence semble être la devise de Jacques Chirac (...) Moins qu'à un changement d'homme, c'est à une profonde réorientation de la politique du gouvernement que le peuple de France aspire. Ce n'est malheureusement pas ce qui se dessine".

Pour le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré, le choix de Dominique de Villepin comme nouveau Premier ministre "était le meilleur choix que l'on pouvait faire parce que c'est un choix qui rassemble l'ensemble de la majorité".

Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, salue dans la nomination de Dominique de Villepin le choix d'un "homme de conviction" à même de donner "une impulsion nouvelle" à l'action gouvernementale. "Dans le contexte européen, l'expérience du nouveau Premier ministre est importante pour notre pays", dit-il dans un communiqué.

Christine Boutin, députée UMP et présidente du Forum des républicains sociaux, a souhaité mardi que M. de Villepin "fixe comme priorité gouvernementale la lutte contre la pauvreté". Elle a demandé dans un communiqué "la combinaison du dynamisme économique et de la prise en compte de la personne humaine".

La secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet, déclare qu'"un gouvernement Villepin co-dirigé par Nicolas Sarkozy est une provocation à l'égard de la souveraineté populaire". Dominique de Villepin "a été l'un des plus zélés défenseurs du traité constitutionnel", tandis que M. Sarkozy est "l'homme de pointe des politiques ultra-libérales en France et en Europe qui ont été massivement condamnées dimanche", ajoute-t-elle dans un communiqué. Jacques Chirac "ne veut pas entendre le message des Françaises et des Français", a-t-elle dénoncé avant d'ajouter: "la parole doit être rendue au peuple: il faut dissoudre l'Assemblée nationale".

Le président du groupe PCF à l'Assemblée nationale Alain Bocquet juge que la nomination de Dominique de Villepin à Matignon avait "un côté un peu provocateur" de la part de Jacques Chirac. M. de Villepin "va pratiquer -il n'y a pas d'illusion à se faire- la même politique", a ajouté M. Bocquet dans les couloirs de l'Assemblée. Il a noté en outre que Dominique de Villepin, qui n'a jamais détenu de mandat, "n'a pas une vraie connaissance du terrain, de la vie du peuple dans ses profondeurs".

Les Verts ont estimé que "Jacques Chirac insulte les Français" en nommant Dominique de Villepin à Matignon et "en reconduisant très probablement une politique identique malgré les messages donnés à plusieurs reprises par les électeurs". Dans un communiqué, ils soulignent que le référendum a été "l'expression de la désespérance des Français face aux politiques mises en oeuvre par la droite, sapant jusqu'aux acquis issus de l'après-guerre".

Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche (communiqué): "On prend les mêmes et on recommence. Dominique de Villepin, ex-collaborateur de Jacques Chirac à l'Elysée, s'inscrit naturellement dans la continuité de Raffarin. Le changement de politique voulu par les Français attendra encore".

Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS de l'Essonne (communiqué) : "Jacques Chirac a choisi la logique de bunkerisation du pouvoir. Isolé face au peuple français qui vient de voter non massivement (au référendum sur la Constitution européenne), isolé en Europe face à des partenaires qui ne le prennent plus au sérieux, le voilà dorénavant isolé dans son propre camp. Un tel contexte conduit au chaos à brève échéance. Il n'y a pas d'autre issue au non massif des Français que le retour aux urnes".

Pour la porte-parole du PS Annick Lepetit, la nomination de Dominique de Villepin n'a "rien de surprenant" et qu'elle n'était qu'"un réaménagement de l'équipe Raffarin", dans un communiqué. Pour le PS, "on assiste pour l'instant à un étrange jeu de chaises musicales avec le même protagoniste qui est passé du rôle d'ancien secrétaire général de l'Élysée à celui de chef du gouvernement". Elle a ironisé sur la "belle ascension pour l'initiateur de la dissolution de 1997 qui devra faire preuve d'un meilleur sens politique dans la gestion de son gouvernement".

Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, a affirmé mardi à propos de la nomination de Dominique de Villepin qu'"on ne soigne pas une crise de régime avec des cataplasmes". Selon M. Ayrault, le "régime" actuel "n'a plus la légitimité populaire qui est nécessaire à toute politique et à la mise en oeuvre de tout projet". "Où peut être la nouvelle impulsion avec un membre du gouvernement Raffarin qui depuis trois ans a accepté toutes ses erreurs et toutes ses décisions, qui ont été rejetées par les Français à plusieurs reprises", s'est interrogé M. Ayrault dans les couloirs de l'Assemblée. "Le nouveau Premier ministre n'aura aucune marge de manoeuvre économique, financière ou sociale pour répondre à l'attente des Français", a-t-il jugé.

Le député fabiusien Claude Bartolone (PS) a qualifié mardi la nomination de Dominique de Villepin et le retour possible de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur de "cinéma pour les Français". "Bon nombre de nos concitoyens vont considérer que tout ça c'est du cinéma", a-t-il lancé dans les couloirs de l'Assemblée, ajoutant que selon lui, "les Français ne vont pas voir dans ces rabibochages et cette équipe l'annonce d'une politique nouvelle".

(Dominique de Villepin/archives/DR)

le 31 mai 2005 à 12:40
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