Affaire Crémel : la Justice répond à Sarkozy

Par Philippe MATHON, le 23 juin 2005 à 11h39 , mis à jour le 23 juin 2005 à 16h57

La Place Vendôme a réaffirmé son soutien aux magistrats, jeudi, après la mise en cause publique formulée par Nicolas Sarkozy au sujet de la libération conditionnelle de l'un des deux suspects du meurtre de Nelly Crémel. "La loi, toute la loi a été respectée", a assuré le garde des Sceaux, Pascal Clément.

Clément Pascal ministre justice

Face à l' "ouragan Sarkozy", qui estimait, mercredi soir, que le juge à l'origine de la remise en liberté de l'un des meurtriers présumés de Nelly Crémel, devait "payer" pour sa "faute", le ministère de la Justice a tenu à réagir promptement. 

Par voie de communiqué, jeudi matin, le ministre de la Justice a voulu réaffirmer son soutien à l'égard des magistrats mis en cause par Nicolas Sarkozy. "Je veux préciser que, s'agissant de la libération conditionnelle accordée en 2003, à la personne qui vient d'être mise en examen pour l'assassinat de Madame Nelly Crémel, la loi, toute la loi a été respectée", a assuré Pascal Clément.

Garanties

Selon lui, la libération conditionnelle de Patrick Gateau, repris de justice déjà condamné à perpétuité pour assassinat et co-auteur présumé du meurtre de Mme Crémel, a été décidée par "un collège de trois magistrats, sur la base d'avis et d'expertise", et ce, "en application des dispositions du code pénal et du code de procédure pénale". Ainsi, en rappelant le caractère collégial d'une libération conditionnelle, la Place Vendôme s'est refusée à personnaliser le débat et à se lancer dans des attaques ad hominem, comme a pu le faire Nicolas Sarkozy.

Pour obtenir une libération conditionnelle, un détenu doit apporter des garanties de réinsertion et de représentation. Or, selon nos informations, il semble que Patrick Gateau ait fourni toutes les garanties exigées par la loi. Au cours de ses quinze années de détention, l'intéressé a obtenu un CAP, le Bac et il s'est marié. Lors de sa demande d'aménagement de peine, il a pu fournir l'adresse de son hébergement futur, à savoir le domicile de son épouse. Enfin, une expertise psychiatrique réalisée sur lui en 2001 n'aurait pas détecté de pathologies graves susceptibles, pour les magistrats, de s'opposer à sa libération conditionnelle.

Un "échec total"

Autant d'éléments qui ont permis à la justice de lui accorder, dans un premier temps, une période de six mois de semi-liberté durant laquelle le détenu travaillait la journée avant de rentrer, tous les soirs, dans sa cellule. Un aménagement qui aurait donné toute satisfaction à l'administration pénitentiaire et justifié la libération conditionnelle accordée en 2003 à Patrick Gateau. Malgré son déménagement, celui-ci a respecté le suivi régulier qui s'imposait à lui. Tout récemment, encore, en janvier et mars 2005, il avait honoré ses obligations médicales en rendant visite à un psychiatre.

Si, Place Vendôme, on déplore "l'échec total" du "cas Gateau", on tient à répéter qu'à aucun moment, la justice n'a agi hors du cadre légal. Une façon de soutenir les magistrats et les syndicats même si ceux-ci ont jugé "insuffisante" la réponse de Pascal Clément, le yndicat de la magistrature ayant saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) "afin que celui-ci rappelle avec force le principe de l'indépendance de l'autorité judiciaire".  Une façon également pour le ministère de la Justice de prendre les devants et d'asseoir son autorité, à un moment où celui-ci affirme avoir "demandé au président de la République", mercredi matin en Conseil des ministres, "de demander au garde des Sceaux ce qu'il allait advenir du magistrat qui avait osé remettre un monstre pareil en liberté conditionnelle". 

(Image d'archive : Pascal Clément)

Par Philippe MATHON le 23 juin 2005 à 11:39
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63 Commentaires

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  • Dupuich, le 24/06/2005 à 09h30

    Dans n'importe quelle profession, vous etes sanctionné lorsque vous commettez des fautes graves mais là, sous pretexte d'indépendance,ces magistrats sont intouchables.C'est quand meme l'argent de nos impots qui les remunere grassement et nos modestes gens qui souffrent.Merci M Sarkosy de penser aux victimes et un peu moins au confort et à la psychologie de ces meurtriers.

  • Mick, le 24/06/2005 à 09h22

    Je ne savais pas que "condamné à perpétuité" signifiait : sortir après 15 ans pour bonne conduite ! On devrait s'interroger sur le fonds du problème (pourquoi libérer aussi tôt un meurtrier) plutot que d'attaquer un ministre sur ses manières d'exprimer les faits. Et on recommence avec la séparation des pouvoirs et bla bla ... Dès qu'on veut changer quelque chose en France tout le monde crie au scandale, et on s'étonne que rien ne change dans notre pays ...!

  • Doc, le 24/06/2005 à 08h52

    Lucien Leger assassin du petit Luc Taron 11 ans a été condamné le 9 mai 1966 à la réclusion criminelle à perpétuité( ayant de justesse sauvé sa tête)...et cela fait 41 ans qu'il est en prison ! ça c'est de la vrai perpette et c'est bien comme ça que cela devrait toujours se passer!!!

  • Doc, le 24/06/2005 à 08h37

    Je cite : "la loi, toute la loi a été respectée", a assuré Pascal Clément .....alors il faut la changer et vite!!!

  • Flore, le 24/06/2005 à 05h23

    Attention ne pas confondre souffrance et justice.Oui celà fait mal de savoir que Patrick Gateau est un récidiviste mais ces lois se sont ces meme politiques qui les font. Alors au lieu de s'en prendre à ce magistrat monssieur Sarkosy merci de nous faire de bonnes lois des lois justes.

  • Greg, le 24/06/2005 à 01h23

    Il est scandaleux de se prendre à des juges qui n'ont fait que ce qu'on leur demande de faire: examiner les cas des détenus pour voir si ils sont libérables. En l'espèce le récidiviste présentaient toutes les garanties. Si on ne veut pas les libérer, que M Sarkosy propose une loi pour supprimer cette procédure et fasse construire de nombreuses prisons supplémentaires pour ne pas libérer tous ces individus. Mais bonjour l'ambiance dans les prisons si les détenus savent que leurs sort est sans espoirs. Et puis soyons réalistes, il est évident que si il y avait un doute, ils ne l'auraient pas relachés.

  • Robert, le 23/06/2005 à 21h11

    Chez nous, en Belgique, Dutroux avait également été libéré par le ministre de la justice pour bonne conduite...

  • Pat, le 23/06/2005 à 21h10

    Comment ont-il pu liberer ce présumer innocent? Mais tout simplement de la même manière qu'ils ont innocnté Mr JUPPE!!! Mais bon on est pas sur le même débat

  • Dominique, le 23/06/2005 à 21h01

    Après s'être affranchie du poids des politiques via les ministres successifs très interventionnistes, la "justice" - avec un petit "j" - est désormais totalement coupée de la Société - avec un grand "S" - française et totalement irresponsable. Faillite totale dans l'instruction de certaines affaires, fautes ou erreurs de procédure qui annulent des années de travail des policiers, remises en liberté intempestives, non prise en compte de faits graves, ... ne sont que des illustrations. Une autre remarque : sauf erreur de ma part, le condamné doit faire une demande de liberté anticipée via son avocat qui doit argumenter. Il me serait très agréable (mais je crains que celà soit fort pénible voire révoltant !) de lire l'argumentaire de l'avocat qui a demandé et obtenu la liberté de ce tueur récidiviste.

  • Marc Frèerebeau, le 23/06/2005 à 20h04

    La liberté conditionnelle est un des moyens, certe imparfait, mais qui a le mérite de donner de réels résultats. Rappelons que le taux de réussite de la liberté conditionnelle est un des meilleurs ! Surtout quand on sait, qu'au bout de 30 ans, les détenus sont libérés de toutes façons (par manque de place et d'argent entre autres) et que là les réussites de réinsertion sont inférieur à 40% et les récidives beaucoup plus importantes!

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