
Face à l' "ouragan Sarkozy", qui estimait, mercredi soir, que le juge à l'origine de la remise en liberté de l'un des meurtriers présumés de Nelly Crémel, devait "payer" pour sa "faute", le ministère de la Justice a tenu à réagir promptement.
Par voie de communiqué, jeudi matin, le ministre de la Justice a voulu réaffirmer son soutien à l'égard des magistrats mis en cause par Nicolas Sarkozy. "Je veux préciser que, s'agissant de la libération conditionnelle accordée en 2003, à la personne qui vient d'être mise en examen pour l'assassinat de Madame Nelly Crémel, la loi, toute la loi a été respectée", a assuré Pascal Clément.
Garanties
Selon lui, la libération conditionnelle de Patrick Gateau, repris de justice déjà condamné à perpétuité pour assassinat et co-auteur présumé du meurtre de Mme Crémel, a été décidée par "un collège de trois magistrats, sur la base d'avis et d'expertise", et ce, "en application des dispositions du code pénal et du code de procédure pénale". Ainsi, en rappelant le caractère collégial d'une libération conditionnelle, la Place Vendôme s'est refusée à personnaliser le débat et à se lancer dans des attaques ad hominem, comme a pu le faire Nicolas Sarkozy.
Pour obtenir une libération conditionnelle, un détenu doit apporter des garanties de réinsertion et de représentation. Or, selon nos informations, il semble que Patrick Gateau ait fourni toutes les garanties exigées par la loi. Au cours de ses quinze années de détention, l'intéressé a obtenu un CAP, le Bac et il s'est marié. Lors de sa demande d'aménagement de peine, il a pu fournir l'adresse de son hébergement futur, à savoir le domicile de son épouse. Enfin, une expertise psychiatrique réalisée sur lui en 2001 n'aurait pas détecté de pathologies graves susceptibles, pour les magistrats, de s'opposer à sa libération conditionnelle.
Un "échec total"
Autant d'éléments qui ont permis à la justice de lui accorder, dans un premier temps, une période de six mois de semi-liberté durant laquelle le détenu travaillait la journée avant de rentrer, tous les soirs, dans sa cellule. Un aménagement qui aurait donné toute satisfaction à l'administration pénitentiaire et justifié la libération conditionnelle accordée en 2003 à Patrick Gateau. Malgré son déménagement, celui-ci a respecté le suivi régulier qui s'imposait à lui. Tout récemment, encore, en janvier et mars 2005, il avait honoré ses obligations médicales en rendant visite à un psychiatre.
Si, Place Vendôme, on déplore "l'échec total" du "cas Gateau", on tient à répéter qu'à aucun moment, la justice n'a agi hors du cadre légal. Une façon de soutenir les magistrats et les syndicats même si ceux-ci ont jugé "insuffisante" la réponse de Pascal Clément, le yndicat de la magistrature ayant saisi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) "afin que celui-ci rappelle avec force le principe de l'indépendance de l'autorité judiciaire". Une façon également pour le ministère de la Justice de prendre les devants et d'asseoir son autorité, à un moment où celui-ci affirme avoir "demandé au président de la République", mercredi matin en Conseil des ministres, "de demander au garde des Sceaux ce qu'il allait advenir du magistrat qui avait osé remettre un monstre pareil en liberté conditionnelle".
(Image d'archive : Pascal Clément)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



