
La nomination au poste de ministre de la Promotion et de l'Egalité des chances d'Azouz Begag, 48 ans, est une consécration pour ce sociologue élevé dans les bidonvilles et les cités de la région lyonnaise, qui a consacré sa vie à la lutte contre les discriminations. Il y a un an, deux mois après avoir reçu la Légion d'Honneur, Azouz Begag s'était vu confier par Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, un travail sur l'égalité des chances. Dans son rapport remis en décembre, il recommandait le recrutement dans la police des "minorités visibles" et la création de "brigades anti-discrimination" (BAD). Azouz Begag, qui appelait de ses voeux le remplacement du mot "intégration" par "promotion", semble avoir été entendu à en croire l'intitulé de son ministère. En revanche, Dominique de Villepin avait rejeté sa proposition d'instaurer des "statistiques ethniques". Azouz Begag a défendu par le passé le concept d'une "discrimination positive" à la française, que Nicolas Sarkozy avait remis sur le devant de la scène lors de son premier passage place Beauvau. Cette notion avait été qualifiée de "pas convenable" par Jacques Chirac.
Né le 5 février 1957 à Villeurbanne de parents d'origine algérienne, Azouz Begag avait rencontré le président en octobre 1995 lors d'un débat sur les banlieues à Vaulx-en-Velin, quinze jours après la mort de Khaled Kelkal, le terroriste islamiste originaire de cette ville. Begag s'en était alors pris à l'aspect "institutionnel" de cette rencontre, regrettant "l'absence de jeunes des quartiers venus parler avec leurs mots". Il avait alors expliqué à Jacques Chirac que "les jeunes bronzés se faisaient balancer des boîtes" de nuit. Lui-même, s'était plaint en 1996 de "délit de faciès" après s'être vu refuser l'entrée d'une agence bancaire lyonnaise. En mars 1998, c'est la "gauche plurielle" qu'il attaquait, lui reprochant de ne pas désigner suffisamment de candidats issus de l'immigration. Chroniqueur sur RTL, auteur de plusieurs ouvrages, ce chercheur du CNRS avait raconté son enfance dans "Le Gône de Chaâba" (1986). Cet ouvrage, dont un film a été tiré, lui avait valu de recevoir des tracts racistes. Un professeur de Bron, dans le Rhône, avait été muté pour avoir fait étudier à ses élèves cette biographie, jugée vulgaire par des parents. Azouz Begag s'est dit jeudi "très fier" de cette nomination annonçant qu'il allait entreprendre "un tour de France des inégalités des chances pour voir où il y a les principaux blocages".
(Photo : Azouz Begag et Dominique de Villepin en décembre 2004 - AFP)
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