© AFP"Le juste et l'injuste ne sont-ils que des conventions ?", "Qu'attendons-nous de la technique ?" "Etre libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?"… Voilà quelques sujets de philosophie sur lesquels 329.833 candidats au bac général ont planché aujourd'hui, premier jour de l'épreuve. Et ce pendant 4 heures. Des exemples d'autres sujets sur lesquels les candidats ont cogité ? Pour ceux en littéraire (série L) : "Le langage ne sert-il qu'à communiquer ?" ou une explication d'un "texte de John Stuart Mill sur la nature et comment l'homme peut l'apprivoiser, la changer ou s'y soumettre".
"L'action politique doit-elle être guidée par la connaissance de l'histoire" ou "Expliquer un texte de Kant sur l'éthique et la loi morale" pour les sujets de la série "ES" (économique). Quant aux scientifiques (série S), on leur avait proposé trois thèmes de réflexion : "Etre libre, est-ce ne rencontrer aucun obstacle ?", "La sensibilité aux œuvres d'art demande-t-elle à être éduquée ?" ou "Expliquer un texte de Malebranche sur la recherche personnelle de la vérité".
Jeudi après-midi, la majeure partie des 184.612 candidats au bac technologique a à son tour planché sur 3 sujets au choix: "Pourquoi voulons-nous être libres ?", "Raisonne-t-on bien quand on veut avoir raison à tout prix ?", "Expliquer un texte d'Aristote sur l'imitation et l'art. Les Sciences et techniques industrielles, arts appliqués et Technique de la musique et de la danse ont disserté sur : "L'Art nous mène-t-il au vrai ?", "L'humanité peut-elle se concevoir sans religion ?", "Expliquer un texte d'Epicure sur la nécessité de s'adonner à la philosophie à tout âge".
Des mois agités
D'épreuve en épreuve, douze au total, les lycéens termineront le 17 juin pour les premiers, le 21 pour les autres. Les 119.723 candidats au bac professionnel, dispensés de philo, ne commencent que le 20 pour terminer le 24 juin. En réalité, les épreuves optionnelles (permettant de gagner des points) qui sont fixées par les académies, ont démarré il y a déjà plus d'un mois. Certaines ont même eu lieu lundi 16 mai, lundi de la Pentecôte, au grand dam des opposants à la suppression de ce jour férié. De plus, la session, légèrement décalée Outremer, a commencé lundi en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à Mayotte. Si la Réunion est alignée sur la métropole, tout est déjà fini à Saint-Pierre et Miquelon où les épreuves écrites se sont déroulées du 26 mai au 3 juin.
Après plusieurs mois particulièrement agités et un mouvement de mobilisation lycéenne qui a duré de février à début mai, lançant jusqu'à 165.000 jeunes dans les rues, puis une période de révision intense, le baccalauréat tant attendu par les lycéens va se dérouler normalement, semble-t-il. Il doit ressembler comme un frère au bac 2004, y compris l'épreuve sanctionnant les Travaux personnels encadrés, ces TPE interdisciplinaires que le ministre François Fillon avait décidé de supprimer en terminale et donc au bac mais à compter de 2006 seulement. Cette suppression avait été un des déclencheurs du mouvement lycéen qui déplorait "l'abandon d'une épreuve parmi les plus enrichissantes".
L'heure de vérité
Les candidats auront également à passer les mêmes épreuves que d'habitude : la décision ministérielle de réforme du bac, avec limitation des épreuves terminales à six seulement et contrôle continu pour le reste, autre sujet de colère de lycéens stigmatisant l'instauration d'un "bac à deux vitesses", ne devait de toutes façons s'appliquer qu'en 2008. Sa mise en oeuvre avait été mise en suspens par M. Fillon devant l'opposition manifestée à ce propos. Elle l'est plus que jamais avec la nomination d'un nouveau ministre, Gilles de Robien, l'examen des textes d'application de la loi, prévu mi-juin, ayant été reporté à une date ultérieure.
"Je vais d'abord écouter, comprendre pourquoi il y a eu tant d'hésitation et même de révolte", a dit M. de Robien à la presse lors de la passation de pouvoir vendredi dernier. "Je vais beaucoup consulter, ne pas prendre de décision hâtive. Ma méthode c'est la concertation, l'audition, l'écoute. Je ne prendrai de décisions qu'après de larges concertations", a-t-il insisté. Les cours sont terminés pour les lycéens. Les révisions, les cours de rattrapage, les leçons particulières et le "coaching" individualisé aussi. L'heure de vérité va sonner jeudi. Mais il faut attendre début juillet pour savoir si cette session particulière ne déroge pas vis-à-vis de celle de l'an dernier qui avait connu 498.000 nouveaux bacheliers et 79,7% de réussite.
Le bac en chiffres |
634.168 candidats et 129.441 examinateurs et correcteurs sont accueillis dans 4.112 lycées et collèges, devenus centres d'examens pour cette session. Les candidats se répartissent en 329.833 aspirants au bac général, 184.612 inscrits au bac technologique et 19.723 au bac professionnel. 31.849 des candidats sont candidats individuels. C'est le cas notamment des quatre "doyens" âgés de plus de 60 ans dont un Parisien de 71 ans. La candidate la plus jeune est Elénie Godzaridis, une petite parisienne de 13 ans et quatre mois. 4.000 sujets différents ont été élaborés pour cette session. L'organisation du bac a un coût : il a été évalué à 55,40 euros par candidat au général, 74,50 par candidat au bac techno et 60,90 par candidat au bac pro. Résultats début juillet des épreuves écrites: admission automatique avec 10 de moyenne, oraux de rattrapage entre 8 et 10, ajournement à 2006 à moins de 8. L'an dernier, le taux de réussite fut de 79,7%. |
(PHOTO AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)
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