© INTERNELa fermeture pour au moins plusieurs mois du tunnel du Fréjus, après le grave incendie qui a fait deux morts samedi, repose le problème de la traversée des Alpes du nord par les camions. Les deux principales liaisons routières entre la France et l'Italie sont le Fréjus, qui absorbe en moyenne 3.600 camions/jour, avec des pointes à 5.500, et le Mont-Blanc avec 1.300 camions/jour en moyenne actuellement. Au Mont-Blanc, le trafic est limité depuis l'incendie de 1999 qui a fait 29 morts. Le tunnel, qui relie Chamonix à Courmayeur, était auparavant le principal point de passage, avec près de 5.000 poids lourds/jour. Depuis le drame de 1999, le trafic s'est en grande partie reporté sur le tunnel du Fréjus, plus récent et plus moderne.
"Catastrophe écologique "
Plusieurs milliers de camions vont donc désormais être quotidiennement à la recherche d'un lieu de passage des Alpes. Une circulation alternée a été mise en place dans le tunnel du Mont-Blanc depuis le drame de Fréjus, pour faire face à l'afflux de poids lourds déviés de leur route. L'une des hypothèses évoquées pour permettre un écoulement du trafic est de permettre à nouveau l'accès au Mont-Blanc à davantage de camions, en continuant à utiliser ce système de circulation alternée. Ceci afin d'assurer la sécurité dans l'ouvrage, devenu trop étroit pour le gabarit actuel des camions. Une telle perspective a aussitôt été dénoncée comme "une catastrophe écologique" par l'Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB). "Des seuils critiques de pollution avaient déjà été atteints (dans la vallée de Chamonix), avant cette augmentation prévisible du trafic", a-t-elle souligné. Lundi, le trafic a déjà doublé, dépassant les 2.500 camions. Les habitants de Chamonix manifesteront mercredi, traditionnellement le jour de trafic le plus dense pour les camions dans la traversée des Alpes.
Dans tous les cas, le tunnel du Mont-Blanc ne pourra pas absorber le flux du Fréjus, a estimé Michel Bouvard, député UMP de la Maurienne et membre du conseil d'administration de la Société française du tunnel routier du Fréjus. La liaison ferroviaire qui passe par le Mont-Cenis et fait la liaison entre la France (Aiton en Savoie) et l'Italie (Bassano), ne pourra pas non plus accueillir beaucoup plus de trafic, car le tunnel est en travaux. La perspective d'une réouverture, même temporaire, du col du Montgenèvre, non loin de Briançon, au trafic international va provoquer une levée de boucliers des habitants.
Une liaison ferroviaire Lyon-Turin ?
Aussi, le premier vice président de la région Rhône-Alpes, le socialiste Bernard Soulage, a-t-il demandé dimanche à M. Perben "l'accélération de la réalisation de la liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin qui est la seule vraie garantie que l'on pourra arrêter de transporter par la route les marchandises à travers les Alpes". Cette ligne à grande vitesse nécessite la construction de 300 km de voies nouvelles et d'un tunnel de 52 km sous les Alpes. Le coût total de la liaison est estimé à 12,5 milliards d'euros et la fin des travaux est prévue à l'horizon 2015-2018. Elle mettrait, pour les voyageurs, Lyon à moins de deux heures de Turin, contre plus de quatre actuellement, et elle permettrait surtout d'acheminer 40 millions de tonnes de marchandises par an, soit l'équivalent de 2 millions de camions, alors que le tunnel ferroviaire du Mont-Cenis, qui passe à Modane (sud-est), absorbe actuellement un trafic de 10 millions de tonnes.
Ce projet s'inscrit plus largement dans la liaison Barcelone/Lyon/Ljubljana, l'un des 30 projets européens de transport déclarés prioritaires par l'Union européenne. Mais il reste suspendu à des engagements budgétaires importants, que la France et l'Italie, qui devront investir 5,2 milliards d'euros chacun, n'ont pas encore formellement endossés.
Réagissant aux critiques sur sa politique de transport du fret, la SNCF a proposé lundi, en accord avec son homologue italienne Trenitalia, des mesures pour augmenter le ferroutage transalpin, en accroissant la capacité de "l'Autoroute ferroviaire" entre Bourgneuf-Aiton (Savoie) et la banlieue de Turin (Italie), qui serait portée de 530 à 800 camions par semaine. Elle propose aussi de démarcher les clients potentiels pour mieux remplir les navettes ferroviaires, 200 places environ étant disponibles chaque semaine. Une goutte d'eau par rapport aux besoins après la fermeture du tunnel du Fréjus.Ferroutage transalpin : les propositions de la SNCF
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