Le casse-tête de la traversée des Alpes en camion 

le 06 juin 2005 à 10h23 , mis à jour le 06 juin 2005 à 22h33

Avec la fermeture du tunnel de Fréjus, plusieurs milliers de camions vont être quotidiennement à la recherche d'un lieu de passage des Alpes. Dans la vallée de Chamonix on craint une nouvelle asphyxie

tunnel mont blanc camion © INTERNE

La fermeture pour au moins plusieurs mois du tunnel du Fréjus, après le grave incendie qui a fait deux morts samedi, repose le problème de la traversée des Alpes du nord par les camions. Les deux principales liaisons routières entre la France et l'Italie sont le Fréjus, qui absorbe en moyenne 3.600 camions/jour, avec des pointes à 5.500, et le Mont-Blanc avec 1.300 camions/jour en moyenne actuellement. Au Mont-Blanc, le trafic est limité depuis l'incendie de 1999 qui a fait 29  morts. Le tunnel, qui relie Chamonix à Courmayeur, était auparavant le principal point de passage, avec près de 5.000 poids lourds/jour. Depuis le drame de 1999, le trafic s'est en grande partie reporté sur le tunnel du Fréjus, plus récent et plus moderne.

"Catastrophe écologique "

Plusieurs milliers de camions vont donc désormais être quotidiennement à la recherche d'un lieu de passage des Alpes. Une circulation alternée a été mise en place dans le tunnel du Mont-Blanc depuis le drame de Fréjus, pour faire face à l'afflux de poids lourds déviés de leur route. L'une des hypothèses évoquées pour permettre un écoulement du trafic est de permettre à nouveau l'accès au  Mont-Blanc à davantage de camions, en continuant à utiliser ce système de circulation alternée. Ceci afin d'assurer la sécurité dans l'ouvrage, devenu  trop étroit pour le gabarit actuel des camions. Une telle perspective a aussitôt été dénoncée comme "une catastrophe  écologique" par l'Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB). "Des seuils critiques de pollution avaient déjà été atteints (dans la vallée de  Chamonix), avant cette augmentation prévisible du trafic", a-t-elle souligné. Lundi, le trafic a déjà doublé, dépassant les 2.500 camions. Les habitants de Chamonix manifesteront mercredi, traditionnellement le jour de trafic le plus dense pour les camions dans la traversée des Alpes.

Dans tous les cas, le tunnel du Mont-Blanc ne pourra pas absorber le flux du Fréjus, a estimé Michel Bouvard, député UMP de la Maurienne et membre du conseil  d'administration de la Société française du tunnel routier du Fréjus. La liaison ferroviaire qui passe par le Mont-Cenis et fait la liaison entre  la France (Aiton en Savoie) et l'Italie (Bassano), ne pourra pas non plus  accueillir beaucoup plus de trafic, car le tunnel est en travaux. La perspective d'une réouverture, même temporaire, du col du Montgenèvre,  non loin de Briançon, au trafic international va provoquer une levée de  boucliers des habitants.

Une liaison ferroviaire Lyon-Turin ?

Aussi, le premier vice président de la région Rhône-Alpes, le socialiste Bernard Soulage, a-t-il demandé dimanche à M. Perben "l'accélération de la réalisation de la liaison ferroviaire transalpine Lyon-Turin qui est la seule vraie garantie que l'on pourra arrêter de transporter par la route les  marchandises à travers les Alpes". Cette ligne à grande vitesse nécessite la construction de 300 km de voies nouvelles et d'un tunnel de 52 km sous les Alpes. Le coût total de la liaison est estimé à 12,5 milliards d'euros et la fin des travaux est prévue à l'horizon 2015-2018. Elle mettrait, pour les voyageurs, Lyon à moins de deux heures de Turin, contre plus de quatre actuellement, et elle permettrait surtout d'acheminer 40 millions de tonnes de marchandises par an, soit l'équivalent de 2 millions de camions, alors que le tunnel ferroviaire du Mont-Cenis, qui passe à Modane (sud-est), absorbe actuellement un trafic de 10 millions de tonnes.

Ce projet s'inscrit plus largement dans la liaison Barcelone/Lyon/Ljubljana, l'un des 30 projets européens de transport déclarés prioritaires par l'Union européenne. Mais il reste suspendu à des engagements budgétaires importants, que la  France et l'Italie, qui devront investir 5,2 milliards d'euros chacun, n'ont pas encore formellement endossés.

Ferroutage transalpin : les propositions de la SNCF

Réagissant aux critiques sur sa politique de transport du fret, la SNCF a proposé lundi, en accord avec son homologue italienne Trenitalia, des mesures pour augmenter le ferroutage transalpin, en accroissant la capacité de "l'Autoroute ferroviaire" entre Bourgneuf-Aiton (Savoie) et la banlieue de Turin (Italie), qui serait portée de 530 à 800 camions par semaine. Elle propose aussi de démarcher les clients potentiels pour mieux remplir les navettes ferroviaires, 200 places environ étant disponibles chaque semaine. Une goutte d'eau par rapport aux besoins après la fermeture du tunnel du Fréjus.

le 06 juin 2005 à 10:23
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8 Commentaires

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  • Antoine, le 06/06/2005 à 16h36

    Je trouve vraiment hypocrite la reaction de tous les gens de la vallée de chamonix. En effet ceux ci sont bien content d'avoir des camions qui les ravitaillent en nourriture et en materiaux pendant les saisons touristique. Si les camions n'etait pas la pour transporter toutes ces marchandises on en serait encore aux Moyen age. Les gens veulent toujours avoir le beurre et l'argent du beurre, j'habite à proximité d'une autoroute et je fais avec, c'est vrai que j'aimerai bien avoir la paix dans mon jardin en été mais je suis aussi bien content de trouver de tous dans mon supermarché !!!!

  • Am, le 06/06/2005 à 16h16

    Je travaille dans le transport et c'est fatiguant de s'entendre porter le chapeau. le problème du train est la flexibilité et les clients sont de + en + exigeants, il faut aller de + en + vite de + en + loin.voila pourquoi vous ne pourrez jamais vous passer des routiers, même si tous les écolos en rêvent. la societe en a trop besoin, et on s'en rend compte quand ils font grève.

  • GV, le 06/06/2005 à 15h37

    Et si on prenait le problème par le BON SENS ? Si on recherchait les moyens de faire franchir les Alpes à MOINS de camions ? Rappelez vous, le camion belge du Montblanc transportait des oeufs et de la farine depuis la Hollande pour en faire de la poudre d'oeufs en Italie et la réimporter en Hollande... Si on mangeait les oeufs frais en hollande......

  • Rico, le 06/06/2005 à 14h49

    Encore un souci de poids lourds cet été sera encore un traffic de poids lourds sur les autoroutes du sud avec les vacances nous allons être asphixié merci pour la région paca ....

  • David, le 06/06/2005 à 12h54

    Il ne faut pas avoir peur des coûts de construction des voies ferroviaires de transport de marchandises. Au contraire, les avantages sont multiples. En plus d'un accroissement du volume acheminé, la pollution diminuera, la route sera dégagée et les tunels moins propices aux incendies. Si le gouvernement veut faire un investissement intelligent, c'est bien celui-là. Les tunels nous ont montré qu'ils ont vieilli, il est temps de passer à une ère moderne, celle du rail.

  • Gerald, le 06/06/2005 à 12h17

    On reconnait bien là le pragmatisme bien connu des socialistes: pour répondre à un problème immédiat qui se pose aujourd'hui, on demande à l'Etat (toujours lui!) d'accélérer une solution qui ne verra le jour qu'en 2015-2018, si tout va bien et si les finances françaises tant qu'italiennes n'imposent pas de nouveaux retards à une excellente solution qu'on aurait du démarrer il y a 10 ans déjà, mais on a préféré embaucher et payer des milliers de nouveaux fonctionnaires inutiles à la place.

  • Cudraz, le 06/06/2005 à 11h38

    Une réaction de colère nous empruntons régulièrement ce tunnel pour les vacances et a chaque fois nous sommes obligés d'attendre des heures car il y a des exercices d'incendies. alors j'ai du mal à comprendre comment le détecteur de chaleur n'a pas déceler cette anomalie du camion, comment les autres camions on continuer a pénétrer dans le tunnel (info diffuser à la télé par un chauffeur grec)alors qu'il y avait déjà de la fumée et que les feux étaient seulement à l'orange,au lieu d'être au rouge? et surtout ma colère d'entendre le ministre Perben dire :les secours se sont très bien passés nous avons été très figilant, d'accord c'est vrai il n'y a que deux morts vraiment un petit chiffre!!!

  • Benoit, le 06/06/2005 à 11h36

    Nous vivons le même désespoir sur la rive sud du Léman. Les camions nous envahissent, les odeurs avec, une voie ferrée existe, mais fermée, soit disant pas rentable. Le Mont-Blanc, le Fréjus à qui le tour ? Quand nos gouvernants se mettront un coup de pied au derrière pour dire stop à ce gâchis, c'est pas demain la veille, car le trafic routier rapporte bien plus que prévu, et dire aussi que la SNCF est le premier transporteur routier de france, bravo, on est sur la bonne voie (sans vilain jeu de mots), allez voir ce site vous y trouverez quelques photos étonnantes.... http://sauvons-le-tonkin.euro.st/

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