© DRLa polémique sur les propos de Nicolas Sarkozy se poursuit avec l’entrée en scène jeudi soir du Conseil Supérieur de la Magistrature. Evénement rare pour cette institution feutrée, présidée officiellement par le chef de l'Etat et organe suprême de la magistrature, le CSM a fait part de sa "vive inquiétude" et dénoncé "des propos qui par leur excès sont de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice et à son indépendance" . Le ministre de l’Intérieur avait appelé mercredi à sanctionner le magistrat à l'origine de la libération conditionnelle de Patrick Gateau, condamné à perpétuité en 1990 pour assassinat et depuis suspecté d'avoir participé au meurtre de Nelly Crémel. Ce juge devrait, selon le patron de la place Beauvau, "payer" pour sa "faute". Jeudi, à Aix-en-Provence, il a enfoncé le clou en affirmant que "62 millions de Français" se posaient les mêmes questions que lui.
Alain Hahn, le juge d'application des peines de Colmar, mis en cause par le ministre de l'Intérieur, se défend vendredi matin dans un entretien au quotidien Le Parisien. Selon lui Nicolas Sarkozy fait "de la démagogie" et il conseille au ministre de "réviser son Code de la procédure pénale". Il défend également la position prise concernant Patrick Gateau, l'un des meurtriers présumés de Nelly Crémel : "cétait un détenu qui ne posait pas de problèmes" et "les expertises psychiatriques étaient très favorables. Il refute toute idée d'erreur en affirmant qu'il n'a "fait que respecter la loi à la lettre".
Dans la matinée, le garde des Sceaux, dans un bref communiqué, avait lui aussi affirmé que "la loi, toute la loi avait été respectée" lors de la libération conditionnelle en 2003 de ce suspect, précisant que cette décision avait été prise par "un collège de trois magistrats qui s'est prononcé, sur la base d'avis et d'expertise, en application des dispositions" légales. Pascal Clément a réservé sa réaction politique, sans langue de bois, aux colonnes du Figaro Magazine à paraître samedi : "Il est président de l'UMP, il est en campagne, il piétine les plates-bandes de tout le monde. C'est normal. Je ne vais pas me battre avec lui. Mais c'est moi, le Garde des Sceaux, qui mettrai toutes ces mesures en oeuvre".
Protestation des magistrats
Les syndicats de magistrats sont très remontés par les propos "outranciers et sans précédent" de Nicolas Sarkozy qu'ils considèrent comme une atteinte à l'indépendance de la justice et à la séparation des pouvoirs. Une position également défendue par le CSM qui rappelle que "la séparation des pouvoirs doit conduire les membres de l'exécutif comme du législatif à une particulière réserve lorsqu'ils commentent une décision de justice".
Les propos de M. Sarkozy "violent tous les principes d'une société démocratique dans laquelle le respect de l'indépendance judiciaire est le garant de l'Etat de droit et des libertés de citoyens", s'insurge l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) dans un courrier au chef de l'Etat. Le Syndicat de la magistrature (gauche) avait pour sa sa part saisi le CSM "afin qu'il rappelle avec force le principe de l'indépendance de l'autorité judiciaire". Les politiques se sont joints à la polémique avec le PCF qui a dénoncé des propos "choquants" tandis que le Parti socialiste jugeait qu'ils avaient "franchi les limites de l'acceptable" et qu'ils étaient "un abus de pouvoir". Pour Georges Fenech (UMP) au contraire, ces déclarations ont "le mérite de poser publiquement la question de la responsabilité des magistrats".
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