© INTERNE"C'est sûr, son discours n'était pas en alexandrins" glisse Hervé de Charrette. Cette remarque de l'ancien ministre vaut pour le style. Dominique de Villepin a en effet choisi la modestie dans l'allure et la prudence dans les mots. "Ce n'était pas l'heure du lyrisme, la situation est trop grave. Au moins, on a évité ça", renchérit un autre député UMP. Prudence du Premier ministre dans le style donc après ce terrible 29 mai , mais également prudence des parlementaires dans les applaudissements.
Visiblement, l'enthousiasme n'était toujours pas de mise sur les bancs de l'UMP mais il ne faudrait pas y voir une absence de soutien à celui qu'a choisi Jacques Chirac pour répondre à la crise politique. "Vous savez, d'expérience, rien ne sert de tarir d'éloges au départ. Après, la déception est d'autant plus rude. Souvenez-vous du plan Juppé, très applaudi. Et puis c'est une preuve de responsabilité, les Français n'attendent plus une majorité de godillots", explique un vieil élu chiraquien.
Sur le fond de l'action proposée, Dominique de Villepin semble être parvenu à rassurer une grande partie de ses troupes. "Ce n'est pas extraordinaire, on ne va pas faire la révolution mais personne n'attendait de révolution libérale ou sociale. Les Français attendaient un cap, il est aujourd'hui fixé" , explique le député de la Drôme Hervé Mariton. Le Premier ministre a eu la sagesse de ne pas promettre de miracles dans l'instant mais de proposer de nouveaux outils pour combattre le chômage".
"La modernisation, c'est pour 2007"
Même chez les sarkozystes, on joue l'apaisement, après la déception de ne pas avoir vu leur champion prendre les rênes du pays la semaine dernière." Ce discours est toujours un art difficile pour le nouvel arrivant à Matignon. Dominique de Villepin s'est livré à un inventaire précis de ses mesures pour l'emploi et cela nous a agréablement surpris" explique Yves Jego. "Vous savez, on ne savait rien avant le discours car le Premier ministre ne nous a quasiment rien dit mardi à la réunion de groupe. Nous sommes un certain nombre à être rassurés" confie le député, ajoutant qu'ils adopteront une culture du résultat. "Ces mesures peuvent permettre de commencer à faire avancer les choses pendant 21 mois. Mais le grand débat sur l'avenir du pays, ce sera en 2007. Le quinquennat suivant sera alors celui de la réorientation du pays et de sa réelle modernisation".
"Un Premier ministre de salut public"
D'autres parlementaires de droite n'attendent toutefois pas deux ans pour exprimer leurs frustrations et leurs envies. "Je regrette que le Premier ministre n'ait pas abordé la réforme de l'Etat aujourd'hui vétuste et dépensier. Il manque une philosophie générale d'ensemble mais c'est normal, c'est un gouvernement d'urgence avec un Premier ministre de salut public", explique le député parisien Claude Goasguen. "Nous lui accordons un soutien institutionnel mais le bilan se fera dans cent jours. Ne pas voter la confiance aurait ajouté la crise à la crise et je n'approuve pas la position de l'UDF".
Chez les libéraux de la majorité, le discours est plus direct. Leur chef de file Hervé Novelli continue de marteler son credo : "la mobilisation générale pour l'emploi, cela n'a pas de sens en économie. Ce terme peut s'appliquer à la lutte contre la délinquance mais on ne peut pas demander aux préfets de combattre le chômage. Il faut rappeler que seule l'entreprise crée des emplois. Il faut élargir à toutes les entreprises les mesures annoncée pour les PME".
Quoi qu'il en soit, dans les couloirs de l'Assemblée, le temps des critiques semble même déjà révolu. "De toutes façons, il n'y a plus d'alternative. Même les socialistes reconnaissent qu'ils n'ont pas de programme de rechange" lance un député en haussant les épaules, comme s'il voulait croire que dans cent jours, l'atmosphère politi que aura changé. Un peu.
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