© INTERNELe tribunal aux armées a condamné mardi à Paris douze soldats français de la force Licorne à des peines allant de deux mois à un an d'emprisonnement ferme, pour des vols et recels de vols dans une banque de Côte d'Ivoire en 2004.
Le tribunal, présidé par Henri Garric, a condamné à un an d'emprisonnement ferme les huit militaires accusés d'avoir directement commis les vols au sein d'un établissement de la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest (BCEAO) située à Man (570 km à l'ouest d'Abidjan). Pour les quatre soldats poursuivis pour recel des sommes volées, les peines sont comprises entre deux et huit mois ferme. Les douze hommes, âgés de 20 à 35 ans, et dépendant du 40e régiment d'artillerie de Suippes (Marne) et du 503e régiment de chars de Mourmelon (Marne) étaient accusés d'avoir volé au total 220 millions de francs CFA (337.000 euros environ). Enfin, le tribunal a condamné le père d'un des militaires à deux mois avec sursis pour avoir recelé des objets que lui avait envoyés son fils.
Des billets éparpillés sur le sol
Chargés de la protection du site de la banque, ces militaires avaient établi leur campement dans l'établissement qui avait été mis à sac en novembre 2002. Ils avaient ainsi découvert des billets éparpillés sur le sol dans une des chambres de fortunes qu'ils y avaient installé. Piqués par la curiosité et l'appât du gain, ils avaient cherché d'autres coupures et trouvé une brèche dans un mur menant à la salle des coffres. Le groupe s'était ainsi livré à une série de quatre vols entre le début du mois de juillet et la fin du mois d'août 2004.
Avec cet argent, plusieurs d'entre eux avaient acheté des téléphones portables, des appareils photo numériques ou des caméscopes, voire des bijoux et des diamants. D'autres avaient échangé d'importantes sommes d'argent et un témoin ivoirien, interrogé par les enquêteurs, a indiqué avoir fabriqué des statuettes destinées à transporter discrètement les liasses de billets d'euros échangés contre les francs CFA volés.
La ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a estimé que les peines étaient "insuffisantes" et a demandé au garde des Sceaux d'"examiner la possibilité de faire appel. Ce dernier a annoncé mercredi matin qu'il allait "demander au procureur général de Paris de faire appel". Une initiative condamnée par l'un des avocats des soldats, maître Maurin, qui "s'indigne de ce mélange de compétences et de cette pression faite par le ministère de la Défense sur une affaire de justice en cours".
Ces douze soldats ne constituent pas un cas isolé au sein de l'armée française. A la fin de l'année seront jugés six militaires de la force Licorne stationnés à Bouaké, au centre de la Côte d'Ivoire. Ils sont accusés d'avoir commis un vol d'un montant de 57 930 euros dans une autre agence de la BCEAO.
(Photo d'ouverture : image d'archives)
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