
Incompris Edouard Stern. Au cinéma, L'Incompris, c'est le titre d'un film bouleversant de Luigi Comencini qui déroule l'histoire d'un fils qui meurt sans avoir pu se faire aimer de son père. A en croire ses amis, ce banquier hors norme aurait pleuré en découvrant ce chef d'œuvre du cinéaste italien.
La meurtrière d'Edouard Stern bientôt libérée
Selon son avocat, Cécile Brossard devrait être libérée courant novembre. Elle avait été condamnée en 2009 à huit ans et demi de prison pour le meurtre de son amant lors d'ébats sado-masochistes à Genève.
Publié le 03/11/2010
Une anecdote forte parmi d'autres qui font la qualité et la rareté de l'ouvrage d'Airy Routier. En 250 pages que l'on parcourt à toute allure, cette figure du journalisme d'investigation dépeint par petites touches et avec un souci constant d'honnêteté la personnalité complexe de ce " loup solitaire ". Edouard Stern " m'est en fait apparu comme un personnage tout droit sorti des romans de Balzac, un aventurier à la Père Goriot " explique un de ses anciens partenaires de course à pied. Radin comme Goriot malgré sa fortune (38ème au classement français), ce financier au destin tragique a passé sa vie à " briser les chaînes, à commencer par les siennes ". Selon la formule de l'auteur, cet homme " a tout fait pour se faire haïr, parce qu'il souffre mille morts de ne pas être aimé ".
"Lui faire confiance"
Sans pudeur mais sans voyeurisme, Airy Routier révèle ainsi les parts d'ombre d'Edouard Stern, et notamment celle de ses jeunes années passées dans l'hôtel particulier parisien entre une mère mondaine et un père glacial. "Chaque fin de semaine, Antoine Stern contrôlait la chaudière où vivait son fils pour savoir ce qu'il lui coûtait ". Une tache sur l'enfance, comme d'autres à peine croyables qui permettent de mieux comprendre l'immaturité affective d'Edouard Stern. Une immaturité qui le rend aussi brutal qu'attentionné, fidèle que méchant. Ses démons intérieurs le rendent capable de verser un soir une goutte de sang dans une bisque de homard qu'il partage avec des amis. La conversation porte sur le sida et il leur demande de " lui faire confiance ". Seuls ses proches le verront ouvertement assumer sa bisexualité.
Thriller psychologique captivant, " Le fils du serpent " plonge aussi le lecteur dans les coulisses de l'establishment financier. La mise à l'écart de son père à 23 ans, son mariage avec la fille du propriétaire de Lazard, sa volonté de redorer le blason de la dynastie Stern... Edouard agit vite, en chasseur, mais son style rebelle lui ferme les portes feutrées de l'aristocratie bancaire. Son mépris affiché " pour les cons, c'est-à-dire la terre entière " le prive de toute reconnaissance. Il se laisse donc aller au jeu violent des rapports de force du " big business ", " compatible, explique Airy Routier, avec les comportements personnels les plus étranges (...), avec une certaine forme de sadomasochisme ". Le tableau que dresse ce fin connaisseur du milieu des affaires laisse une impression de malaise, en ces temps de suspicion contre les élites.
"Deux enfants martyrs"
Le sadomachisme va prendre pour Edouard Stern le visage de Cécile Brossard. Avant qu'il ne s'écroule sous ses balles le 1er mars dernier, il passe quatre années avec cette femme qu'il aime, entre restaurants étoilés et week-ends de chasse en Afrique. Leurs pratiques sexuelles restent un jardin secret. " Leur relation était celle de deux enfants martyrs " explique une amie du couple. " C'est sur cette base, juste ou erronée, qu'ils ont tissé ce lien fatal " ajoute l'auteur. La descente aux enfers s'appelle pour eux jalousie. Ils s'espionnent, ils s'humilient, ils se consument.
Pourquoi l'un deux a fini par éliminer l'autre ? Un crime passionnel, un règlement de comptes financier, voire une vengeance de la mafia russe ? L'auteur n'éclaire en rien l'enquête en cours puisqu'il a privilégié le portrait. Il se permet juste une intuition en évoquant " un suicide par personne interposée ". " Edouard Stern est mort comme il a vécu : dans l'amour des siens et la détestation de lui-même ". A 45 ans, il laisse trois enfants qui vont se battre, avec leur mère, pour infirmer la thèse " d'une auto-destruction, dont Cécile n'aurait été que le bras armé ". Verdict des jurés l'année prochaine.
"Le fils du serpent", Airy Routier - Albin Michel (18 euros)
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