Villacoublay 12 juin – Libérée la veille avec son guide après six mois de détention, Florence Aubenas retrouve la France à l'aéroport de Villacoublay où elle est accueillie par sa famille, Jacques Chirac et de nombreux confrères. "C'était des conditions sévères" dit-elle lors d'une conférence de presse improvisée. La présence ou non à ses côtés de journalistes roumains lors de sa détention crée une mini-polémique.DR © DR"Magnifique, mais maigrichonne". Par ces mots, Jacqueline Aubenas, la mère de Florence, a résumé l'état de sa fille qui a imprimé sa marque : simplicité, humour et autodérision, dès son retour dimanche en France après cinq mois de captivité en Irak. L'émotion était pourtant sensible quand elle est descendue de l'avion vers 19h15 en ensemble de toile et T-shirt bleu, très amincie mais souriante, regardant d'un air rieur vers la tribune des journalistes et le mur de caméras, pour cette "grande AG de la presse française", a-t-elle plaisanté.
Elle embrasse Jacques Chirac, puis sa mère, son père, son frère, sa soeur, ses nièces et des amis avant de disparaître dans un salon où a lieu un entretien non public entre le président de la République, elle-même et sa famille. Ensuite, elle rencontre brièvement ses amis qui l'accueillent sous les applaudissements, avec un gros bouquet de pivoines. S'exprimant brièvement sur le tarmac, Florence Aubenas laisse les journalistes sur leur faim pour les détails de sa détention - mais leur donne rendez-vous mardi matin pour une conférence de presse à Libération. Tous sont stupéfiés par son humour et son tonus.
"Pas eu le droit de parler avec Hussein"
Le Président part. Florence Aubenas rejoint dans le salon d'honneur ses confrères de Libération et ses proches à qui elle raconte en plaisantant, sa libération samedi à Bagdad. "On nous a fait sortir vers midi. Ils nous ont dit : Voilà c'est terminé. On est passés du statut du jogging informe et des paires de claques à celui du : encore un peu de thé ?, vous reprendrez bien du poulet ?", a-t-elle raconté.
Durant cette entrevue, le dialogue est entrecoupé de rires et de silences. Elle ne cesse de plaisanter, notamment au téléphone avec le metteur en scène Jérôme Deschamps, racontant qu'elle a fait un "stage de diététique et aventure au pied de la cité millénaire de Babylone", avant d'évoquer "une remise en forme absolument totale". Elle précise cependant qu'elle n'a "pas eu le droit de parler avec Hussein" durant sa détention et que "de temps en temps", elle écoutait la "radio irakienne". A bâtons rompus, elle explique qu'"ils" lui ont pris "tout de suite pris son sac (au moment de l'enlèvement) et qu'"ils" le lui ont rendu samedi. "Ils m'ont pris deux choses importantes : deux bics métallisés et un tube de rouge à lèvres entamé mais ils m'ont rendu mon carnet de notes et mon passeport", rit-elle.
"On a vécu avec toi" - "Je vous ai pas vus"
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), l'interpelle : "On a vécu avec toi" - "Je vous ai pas vus", rétorque-t-elle du tac au tac. Un ami lui raconte qu'"Aznavour a chanté" pour elle. "C'est vrai ?", s'étonne Florence Aubenas. Ses portraits étaient affichés dans toute la France, lui dit-on. "Alors on va faire un bain de foule ?", répond-elle, riant. 20H05. Florence Aubenas s'attarde encore dans le salon, rencontre brièvement Christian Chesnot ex-otage en Irak, avant de s'engouffrer avec sa famille dans une voiture pour "être mise au vert". "On l'emporte", dit simplement sa mère. Et Robert Ménard d'indiquer ensuite : "Elle était déchaînée, elle était partie pour parler trois heures. On sent que ça a été difficile mais elle est toujours restée dans l'humour".
Selon une source militaire, Florence Aubenas devait rejoindre une base de la DGSE, où avaient été également longuement entendus Christian Chesnot et Georges Malbrunot après leur retour en France, et qui se trouve près d'Orléans.
Photo d'ouverture : Florence Aubenas à son arrivée en France - DR
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