
Le feu a pris samedi vers 18 heures dans un camion, à environ la moitié du tunnel long de 12,8 kilomètres, reliant Modane (Savoie) à la ville italienne de Bardonecchia. Il a vraisemblablement été provoqué par une fuite de gazole sur un camion transportant des pneus, selon les images prises par une caméra de surveillance du tunnel. "On y voit du gazole fuir du turbo-compresseur du camion de pneus", "Il est possible qu'il y ait eu une panne mécanique. Le carburant est arrivé sur le moteur et s'est enflammé et en un instant le camion était en feu", a déclaré Ugo Jallasse, responsable de la Sitaf, la société qui gère la partie italienne du tunnel. "J'ai vu tout d'un coup de la fumée venant du côté droit de mon camion entrer dans l'habitacle. Je suis descendu immédiatement, j'ai déclenché le signal d'alarme et j'ai commencé à courir vers l'Italie, confirme le chauffeur du camion de pneumatiques.
Deux morts
Le feu s'est alors propagé à trois autres véhicules, dont un autocar de la Sitaf. Du côté français, on faisait état de cinq véhicules ayant pris feu. Les pompiers ont retrouvé deux corps sans vie. Le premier, un Slovène de 23 ans, a été découvert dans l'abri numéro 6 du tunnel, côté français de l'ouvrage. Il s'agissait probablement du conducteur de l'un des camions en feu. Un autre chauffeur slovaque, de 24 ans, à été retrouvé à proximité. Plusieurs autres personnes ont été intoxiquées par la fumée, mais sans gravité. Et cinq personnes ont été hospitalisées à Turin, mais leur état n'inspirait pas d'inquiétude. Yannick Ayache a eu plus de chance : "J'ai vu un homme qui courait vers moi, a raconté le camionneur français, j'ai immédiatement arrêté mon camion et j'ai commencé à courir avec lui vers l'Italie». Du côté italien, 19 voitures, un autobus, un camping car et neuf chauffeurs de poids lourds ont réussi à sortir du tunnel après le début de l'incendie.
"le plan de secours a fonctionné"
La fumée et la chaleur dégagée par l'incendie a considérablement gêné la progression des pompiers. Selon l’agence Ansa, citant les pompiers italiens, un appareil de détection thermique se trouvait côté italien, mais du côté français un dispositif semblable ne fonctionnait apparemment pas. Le ministre des Transports, Dominique Perben, qui s'est rendu sur place dimanche matin, a estimé que "le plan de secours avait bien fonctionné" lors de l'incendie et a appelé à un "renforcement de la politique de sécurité routière".
Le tunnel a été fermé pour une durée indéterminée pour permettre aux ingénieurs d'évaluer les dégâts infligés à la structure du tunnel, long de 13 km. Des secouristes ont dit craindre qu'une partie du plafond ou des murs ne s'effondre. Au cours des cinq dernières années, peu d'incidents graves se sont déroulés sous le Fréjus. Des incendies sur des véhicules, entraînant le déclenchement du plan de secours bi-national, avaient entraîné des évacuations, notamment en février 2004, avril 2003 et juillet 2000, mais il n'y avait pas eu de victimes. Le drame de ce samedi n’est pas sans rappeler le gigantesque incendie de mars 1999 dans le tunnel du Mont-Blanc, reliant aussi la France et l'Italie et qui avait fait 39 morts. L'incendie, provoqué également par un camion, s'était déclaré au milieu du tunnel.
Déviation des camions : une "catastrophe écologiste" |
Avec la fermeture du tunel de Fréjus, ce sont plusieurs milliers de camions qui vont désormais être quotidiennement à la recherche d'un lieu de passage des Alpes. Une circulation alternée a été mise en place dans le tunnel du Mont-Blanc depuis la nuit de samedi à dimanche, pour faire face à l'afflux de poids lourds déviés en raison de l'incendie au Fréjus. L'une des hypothèses évoquées pour permettre un écoulement du trafic est de permettre à nouveau l'accès au Mont-Blanc à davantage de camions, en continuant à utiliser ce système de circulation alternée. Ceci afin d'assurer la sécurité dans l'ouvrage, devenu trop étroit pour le gabarit actuel des camions. Une telle perspective a aussitôt été dénoncée comme "une catastrophe écologique" par l'Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB). "Des seuils critiques de pollution avaient déjà été atteints (dans la vallée de Chamonix), avant cette augmentation prévisible du trafic", a-t-elle souligné. |
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