
"Merci". Tel un cri de soulagement, les cinq lettres barraient lundi matin la Une de Libération. En arrière-plan, les photos de Florence Aubenas, reporter dans ce quotidien, et de Hussein Hanoun, son guide irakien, libérés le week-end dernier après cinq mois de captivité. Le journal a publié un long carnet de bord des 157 jours de détention avec les étapes des négociations, les doutes, les périodes de silence qui ont précédé leur libération. Au fil des lignes on y a appris notamment l'existence d'un intermédiaire-clé surnommé "l'Imprécateur" et le rôle trouble qu'aurait joué l'équipe du député Didier Julia.
"Je n'ai rien parasité"
"Julia a interféré, comme il avait interféré dans l'affaire de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. (...) Il a gêné, j'ai envie de dire, comme d'habitude", a résumé Serge July, patron de Libération, interrogé lundi matin sur France Info. "Je n'ai pris aucune initiative" (...) "Je n'ai rien parasité" a répondu Didier Julia sur LCI. "On peut toujours accuser, on ne peut rien prouver (...) Serge july ne peut pas prouver qu'une seule fois j'ai pris la moindre initiative", a-t-il martelé. "Pourquoi ce nom (Didier Julia) a été prononcé, je n'ai pas la réponse, a de son côté déclaré Michel Barnier, qui a chapeauté les efforts de la diplomatie française pendant la quasi-totalité de la détention de Florence Aubenas. "L'enquête dira s'il y a eu de l'autre côté des interférences, des interventions", a ajouté l'ancien ministre des Affaires étrangères également sur LCI.
Extraits
Selon le carnet de bord publié dans Libération, "l'Imprécateur s'avère avoir été un des premiers à avoir contacté les autorités françaises (en janvier) pour présenter des exigences qualifiées d'’exorbitantes’". Fin avril, l'Imprécateur, ainsi surnommé "en raison des diatribes, des hurlements et des menaces qui accompagneront chacune de ses manifestations", "apparaît de plus en plus comme un personnage-clé". Ainsi, il aurait obligé Florence Aubenas à "tourner plus de six vidéos" et "a été mêlé à la libération des (otages) Roumains" le 22 mai. Selon Libération, "ce lien entre l'affaire Florence et l'affaire roumaine a émergé début mai".
"la prise de conscience par les ravisseurs qu'ils n'obtiendraient rien par le "canal Julia" aurait retardé la résolution de plusieurs semaines". |
L'Imprécateur a manifestement tenté de négocier par l'intermédiaire de l'entourage de Didier Julia. Le carnet de bord mentionne son existence pour la première fois à la date du 24 mars : "K. (un Franco-Tunisien "collaborateur de Julia") annonce à Libération avoir été contacté par un des ravisseurs, qui sera baptisé l'Imprécateur". Les négociations semblent être compliquées par le fait que "le groupe qui détient Florence et Hussein paraît divisé ou jouer sur plusieurs tableaux et intermédiaires à la fois". "Selon les autorités, l'équipe Julia-Brett aurait avoué avoir fait croire à l'Imprécateur qu'elle négociait ‘en direct’ avec le Premier ministre, voire l'Elysée", relève le carnet de bord à la date du 25 mars.
Dès la fin février, "les autorités françaises font aussitôt état de leur crainte d'un ‘parasitage’ de ce groupe (l'équipe Julia-Brett, ndlr) qui avait déjà empoisonné la première affaire" (la libération des otages Christian Chesnot et Georges Malbrunot). Le carnet de bord relève également, à la date du 25 mars, que "la prise de conscience par les ravisseurs qu'ils n'obtiendraient rien par le "canal Julia" aurait retardé la résolution de plusieurs semaines".
50 000 dollars pour une vidéo
Selon le journal, J., "Franco-Irakien qui joue un rôle central dans l'équipe Julia-Brett", a
"Pourrissement de la situation par Julia et ses hommes" |
Le président Jacques Chirac a lui-même dénoncé le "pourrissement de la situation par Julia et ses hommes" lors d'une entrevue secrète avec la famille Aubenas, le 21 mai à l'Elysée. Enfin, selon le carnet de bord, les autorités ont dit "pour la première fois entrevoir ‘la lumière au bout du tunnel’" le 5 juin.
Quant au Parti socialiste, il souhaite en "savoir plus" sur le rôle éventuel d'une "diplomatie parallèle"pendant la détention de Florence Aubenas. "Après le temps de la joie, le temps des explications est venu", a déclaré la porte-parole du PS, Annick Lepetit, lors de son point de presse hebdomadaire.
Photo : Didier Julia (archives)
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