© TF1990 millions d'euros. C'est la somme qu'ont réclamé mercredi devant la cour d'appel de Paris les liquidateurs du groupe Bernard Tapie à l'Etat pour le préjudice subi selon eux à la suite de la vente par le Crédit Lyonnais du groupe Adidas à Robert-Louis Dreyfus. L'affaire oppose depuis 1996 le Consortium de réalisation (CDR), l'organisme public chargé d'assumer la gestion passée du Crédit Lyonnais, aux actionnaires minoritaires de Bernard Tapie Finances (BTF), c'est-à-dire essentiellement Bernard Tapie lui-même. L'ancien homme d'affaires devenu ministre en 1992 estime avoir été illégalement privé d'une plus-value importante réalisée lors de la cession du groupe Adidas à Robert-Louis Dreyfus en 1993-1994. Bernard Tapie n'était pas présent pour des raisons de santé à cette audience civile où il n'aurait pas été appelé à prendre la parole.
"Sociétés off-shore"
De longs débats de procédure ont fait place mercredi après-midi à l'examen du fond du dossier et à la plaidoirie convaincante de Me Maurice Lantourne, avocat des liquidateurs du groupe et donc défenseur des intérêts de Bernard Tapie lui-même. Lorsqu'il est nommé ministre de la Ville en 1992, ce dernier confie à sa banque partenaire, le Crédit Lyonnais, le soin de revendre Adidas pour un montant égal ou supérieur à 317 millions d'euros. Me Lantourne s'est attaché à démontrer que dès cette date, le Crédit Lyonnais va trouver un accord avec Robert-Louis Dreyfus pour vendre Adidas le double du prix demandé par Bernard Tapie à l'horizon fin 94 et va, en attendant cette échéance, se porter acquéreur d'une majorité des titres de la société.
"Comme ils ne voulaient pas se faire prendre, ils ont utilisé des sociétés off-shore", a rappelé M. Tapie interrogé mercredi sur France Inter. "Je vous donne un mandat pour vendre un appartement 1 million de francs. Si je m'aperçois qu'on l'a vendu trois fois plus cher, sans me le dire, et qu'en plus le bénéfice est pour vous, alors la vente est nulle", a-t-il ajouté.
Fin décembre 1994, Robert-Louis Dreyfus lève l'option proposée par le Crédit Lyonnais et achète la totalité d'Adidas pour 708 millions d'euros.Invité à prendre la parole à son tour, l'avocat du CDR, qui représente l'Etat dans ce dossier, a fustigé "les chiffres folkloriques et caricaturalement faux" avancés par la partie adverse.
Démystifier la légende
"La banquier n'a pas volé son client, le groupe Bernard Tapie", a-t-il martelé, estimant bien au contraire que "le banquier avait permis à son client de faire 203 millions de francs de plus-value (entre l'achat d'Adidas en 1990 par Bernard Tapie et la revente en 1992, NDLR), en lui évitant la faillite et celle d'Adidas".
"Il faut démystifier cette légende entretenue par Bernard Tapie depuis 10 ans selon laquelle le banquier a revendu au double du prix convenu", a avancé Me Martel. L'avocat a expliqué que Bernard Tapie ne détenait pas la totalité du capital d'Adidas au moment de sa revente fin 1992 et que la valeur réelle d'Adidas était en fait de 518 millions d'euros.
La représentante du parquet général a estimé dans ses observations que la banque avait "manqué de transparence, de loyauté et de fidélité envers son client" tout en estimant que les prétentions de réparation de Bernard Tapie devraient être revues à la baisse sans toutefois en préciser le montant.
(Bernard Tapie/DR)
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