
Avant même la débâcle du "non" au référendum, Jacques Chirac avait promis une "impulsion nouvelle" à l'action gouvernementale. Désignant, après le vote des Français, le principal adversaire, responsable de l'inquiétude sociale exprimée lors du scrutin sur le traité européen, il a appelé à "une mobilisation nationale" contre le chômage. Thématique reprise par le nouveau Premier ministre qui a fait de la "bataille pour l'emploi" sa priorité absolue.
Pour illustrer son engagement, au lendemain d'un séminaire gouvernemental tout entier consacré à la lutte contre le chômage, le Premier ministre s'est attaché à "recueillir les analyses et les propositions" des partenaires sociaux ce lundi. Premier convoqué, François Chérèque a rencontré Dominique de Villepin à 10 heures. Premier aussi à s'exprimer à sa sortie de Matignon, le secrétaire général de la CFDT a mis en garde le gouvernement contre toute tentative d'introduire plus "d'insécurité" sur le marché du travail. "On est dans un pays où on veut tout bousiller avant de construire quelque chose de nouveau. Si l'idée de faire tomber les tabous, c'est de faire tomber ce qui existe sans qu'on trouve autre chose, non". A l'opposé de cette suspicion de démolition, François Chérèque a proposé "de construire un pacte social dans notre pays qui doit concerner le pouvoir d'achat, mais aussi la lutte contre le chômage, l'insertion des jeunes dans le travail, la protection sociale et la lutte contre la grande pauvreté".
Pacte social contre réforme du droit du travail
Après la CFDT est venue la CFE-CGC. Son secrétaire général, Jean-Louis Walter, a mis en garde contre l'importation, clefs en main, de modèles sociaux étrangers, tel celui du Danemark, cité à plusieurs reprises en exemple par le Premier ministre. "Au Danemark, dont tout le monde parle" et sur lequel le Premier ministre "nous a demandé notre avis", a-t-il analysé, "il y a une transparence du marché de l'emploi, il y a de l'employabilité. En France, on n'en est pas du tout à ce niveau, on a en face de nous des partenaires (patronaux) qui sont des fermes partisans de la lutte des classes".
Jacques Voisin (CFTC), reçu à Matignon à midi, a conseillé au Premier ministre "de faire taire les ultras, ceux de la majorité et ceux du gouvernement". Et d'avertir : si le gouvernement cherche à remettre en cause le droit du travail, "ce sera la rue". Même préoccupation pour le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, qui a mis en garde contre une "tentation de pointer le droit social comme étant le responsable de tous les maux de la société française", ce qui aboutirait à des "tensions très rapides".
Autre son de cloche côté patronal: Jean-François Roubaud (CGPME) a plaidé avant tout pour "de nouvelles formes de contrat de travail". "Je sais bien que ce sont des tabous", a-t-il dit, "mais expérimentons, puisque de toutes les façons les solutions qu'on a faites jusqu'à maintenant ne marchent pas". Et d'insister en affirmant qu'"on peut trouver des idées un peu plus innovantes, et pas dans le cadre d'un code du travail de 2.250 pages". Laconique, Ernest-Antoine Seillière (Medef) a pressé le gouvernement de "choisir des mesures précises, pragmatiques, claires, à effet rapide pour que les entreprises puissent se développer et embaucher plus". Sans entrer dans le détail, il a réclamé "plus de fluidité du marché du travail", relevant que les "systèmes de plus en plus complexes d'emplois aidés (...) ne donnent pas de bons résultats".
Photo d'ouverture : François Chérèque dans la cour de l'hôtel Matignon, avant sa rencontre avec Dominique de Villepin - DR
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