
Lâcher de ballons, concerts, bateaux, montgolfières, sportifs arborant des tee-shirts, soirées, la mobilisation populaire pour Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun a été sans précédent pour faire libérer ces otages. Dès la libération de la journaliste, tous ont fait chorus pour saluer ce mouvement : le président Jacques Chirac a rendu "hommage à l'extraordinaire mobilisation en France et à l'étranger", la mère de Florence Aubenas, Jacqueline, a salué "tout ce que cela a révélé de solidarité en France et dans le monde", et Robert Ménard, secrétaire général de RSF, a exulté : "La mobilisation, ça paye!" Pourquoi une telle mobilisation? Selon une amie de Florence, la journaliste Dominique Simonnot, les gens "nous disent qu'elle a une personnalité formidable. Elle parle de la même manière d'un ministre, d'un sans-papier".
La mobilisation a d'abord démarré dans la presse. Une première réunion des directeurs de rédaction, événement sans précédent dans un milieu où la concurrence est féroce, est organisée le 24 janvier au siège de Libération. Les patrons des rédactions lancent un appel à la solidarité pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun. Ils se réuniront ensuite cinq fois. Des clips associant acteurs, sportifs et autres personnalités sont diffusés sur les radios et télévisions. De très nombreux médias égrènent au quotidien le nombre de jours de détention. Un appel aux médias européens est lancé de Bruxelles le 22 mars. Quelque 200 médias le signent.
Théâtre, football, syndicats, tous unis
Très rapidement, un Comité de soutien est créé, associant amis ou simples anonymes. Un site (Pourflorenceethussein.org) "pour aider le public à se mobiliser pour Florence et Hussein" est créé le 24 janvier, totalisant de 6.000 à 10.000 visiteurs quotidiennement. Le Comité réunira une pétition de quelque 170.000 signataires remise à l'Elysée, demandant leur libération. Au niveau populaire, la mobilisation est grande: 1.000 fanfares pour "entendre la musique de la liberté jusqu'à Bagdad". Soirée au Théâtre du Rond Point rassemblant 2000 personnes, acteurs, témoins comme l'ancien otage au Liban Jean-Paul Kauffmann, puis à l'Olympia avec la fine fleur de la chanson française et francophone. Mais il y aura également des soirées de soutien à Toulouse, Lyon, Tulle, Lille... On y entendra le témoignage émouvant de Roselyne Godard, la boulangère d'Outreau, rencontrée lors d'un reportage.
Les portraits des otages sont affichés Place de la République à Paris, puis dans de nombreuses villes au fronton des mairies, de Lyon à Strasbourg. De Nouakchott à Athènes, de Quito à Taipei, des signatures sont recueillies et les portraits à nouveau hissés. Cent mille ballons sont également lâchés dans 100 villes pour les 100 jours de détention. Plus de 150 montgolfières arborant les portraits des otages décollent le 5 juin. Le monde politique se retrouve, toutes tendances confondues, le 30 mars au Trocadéro. Les syndicats s'entendent le 1er mai pour évoquer les otages dans leur manifestation. Le sport se mobilise aussi : le 5 juin, quelque 150 bateaux à Marseille voguent vers le phare du Planier, surnommé "phare de la liberté", la patrouille de France vole pour les otages, 500 femmes marchent et courent à Lille. Lors de plusieurs matches, les joueurs arborent des tee-shirts aux effigies des otages, et le Grand Prix automobile de Monaco (F1) place leurs portraits géants sur le parcours. Enfin, les frères Dardenne ont dédié aux otages en Irak leur palme d'Or au festival de Cannes le mois dernier.
Photo d'ouverture : affiche pour la libération des otages placardée dans le métro parisien - DR
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