Le père Lefort se pose en victime

le 14 juin 2005 à 18h20 , mis à jour le 14 juin 2005 à 18h55

Le père François Lefort a détaillé mardi la "manipulation" dont il se dit victime de la part d'un témoin-clé de son procès pour pédophilie. Ce témoin n'est autre que Moussa Sow, ancien dirigeant du foyer sénégalais d'enfants des rues où travaillait le prêtre.

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Le 6 juin, au premier jour du procès devant les assises des Hauts-de-Seine, François Lefort des Ylouses avait accusé Moussa Sow, l'ancien directeur du foyer d'enfants des rues de Rufisque où il travaillait, d'être l'instigateur d'un complot l'ayant mené devant les assises. Mardi, le religieux a de nouveau évoqué "une manipulation" motivée par "un certain nombre de conflits" entre les deux hommes, qu'il a répertoriés en quelques minutes.

- "On avait beaucoup de mal à voir les livres de comptes de Moussa. (...) Je me disais que je ne pouvais pas lui faire confiance". - "En 1995, j'ai appris que le permis de conduire de Moussa n'était pas valable au Sénégal. Je lui ai interdit de prendre la voiture et ça l'a beaucoup vexé". - "Moussa avait une 'amie' qui vivait dans sa chambre. J'ai dit à Moussa : c'est une question d'éducation envers les enfants, cette femme n'est pas ta femme, il faut qu'elle s'en aille". - "Au moment où nos rapports se sont dégradés, Moussa avait souvent mal à la tête, des séquelles de typhoïde. (...) Je me demande si ça n'aurait pas été intéressant que Moussa voie un psychiatre". Tous ces arguments expliquent, selon Lefort, pourquoi Moussa Sow, "un homme qui fait du théâtre, qui a une autorité de fait sur les jeunes", a organisé depuis 10 ans cette "manipulation".

"Je me sentais moins seul dans mon combat"

Entendu toute la journée de mardi, Moussa Sow a confessé "l'admiration" qu'il éprouvait après sa rencontre avec ce "combattant contre la pédophilie", comme se présentait Lefort. Courant 1993, le prêtre vient à Rufisque. "Je me sentais moins seul dans mon combat", explique l'ex-directeur. Sow relate devant la cour une série d'événements troublants s'étant produits au foyer, impliquant Lefort et des enfants, mais il n'en voit alors qu'une petite partie et n'en comprend pas l'ampleur. Ces scènes du quotidien racontées par Sow recoupent les témoignages de différents éducateurs déjà entendus par la cour. Pendant toute cette période, Moussa Sow garde sa "confiance" à Lefort.

Mais début 1995, c'est le déclic : un enfant, Alioune S., accuse de viol Lefort, qui lui aurait remis 5.000 francs CFA (7,50 euros) contre son silence. Réaction mardi de Lefort : il n'a "jamais donné de l'argent à Alioune". Entendu en 1996 par un juge d'instruction, il avait pourtant reconnu le contraire, soulignent les parties civiles. Le gardien du foyer atteste avoir vu Lefort et Alioune entrer un soir dans la chambre du prêtre, et y rester plusieurs heures, rappelle la présidente. Lefort : "Si ça a eu lieu, ça n'a pas duré plusieurs heures". La présidente : "C'était pour le soigner ?" Lefort : "Non. Je ne l'ai certainement pas gardé dans ma chambre. La seule fois où j'ai gardé un enfant dans ma chambre pour la nuit, c'était à la demande de Moussa". Quant à Moussa Sow, après le témoignage d'Alioune, "tous les événements d'avant me sont remontés d'un coup dans la tête. (...) J'étais là. A chaque fois, c'est des moments où j'étais là", lâche-t-il tristement.

Photo d'ouverture : le père Lefort devant les assises des Hauts-de-Seine - DR

le 14 juin 2005 à 18:20
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