© TF1L'enquête judiciaire sur une présentation inexacte des comptes de l'entreprise chimique Rhodia entre 1999 et 2002 a connu lundi un premier acte spectaculaire avec une perquisition menée à Bercy, dont l'actuel locataire, Thierry Breton, a été administrateur du groupe.
Un juge et des policiers se sont rendus dans la matinée au ministère de l'Economie et des Finances où, en l'absence du ministre Thierry Breton, en déplacement, ils ont été reçus par le directeur de cabinet du ministre. Le siège du groupe Rhodia, à Boulogne (Hauts-de-Seine), a également été perquisitionné.
Plainte d'Edouard Stern
On ignore si des documents ont été emportés. "Le retentissement prévisible de cet acte d'instruction pourra paraître bien disproportionné par rapport au rôle de M. Thierry Breton dans le dossier Rhodia", a indiqué à l'AFP l'avocat du ministre, Me Claude Serra.
Ces deux opérations ont été menées dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en octobre 2004 à Paris sur une présentation présumée inexacte des comptes de l'entreprise Rhodia entre 1999 et 2002. Durant cette période, M. Breton, alors président de Thomson, siégeait au conseil d'administration et dirigeait un comité d'audit des comptes de Rhodia (avril 1998 à septembre 2002).
Cette enquête, confiée aux juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy, du pôle financier de Paris, fait suite à deux plaintes déposées par deux actionnaires mécontents, Edouard Stern, le banquier français tué le 28 février à son domicile de Genève, et le financier Hughes de Lasteyrie.
1998
L'information a été ouverte pour "présentation de comptes inexacts, diffusion d'informations boursières fausses et mensongères, délit d'initié et recel de délit d'initié".
Début juin, le parquet a étendu ces investigations à la période 2003 et 2004 après l'étude d'un rapport de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Le gendarme de la Bourse avait mené sa propre enquête sur les comptes de Rhodia entre 2000 et 2004 en raison de la situation alarmante de l'entreprise.
Rhodia est né de la séparation en 1998 des activités chimie et pharmacie du français Rhône-Poulenc, lors de son mariage avec l'allemand Hoechst, opération qui a donné naissance au groupe pharmaceutique Aventis qui a lui-même fusionné avec Sanofi-Synthélabo en 2004.
Mais l'AMF n'a fait porter ses griefs que sur des faits commis à partir de la fin 2002, à une période où Thierry Breton n'était plus administrateur de Rhodia. Ceux-ci portaient notamment sur la société Chirex en 2003 et sur l'information financière sur la dette, la trésorerie et l'environnement.
"Chantage"
Le 6 avril, le Canard enchaîné révélait que l'AMF avait ôté de son rapport des faits répréhensibles commis durant la période o M. Breton était en poste à Rhodia, car elle les estimait prescrits. Les enquêteurs de l'AMF y dénonçaient notamment les conditions d'achat par Rhodia de son concurrent américain Albright and Wilson en avril 2000.
L'homme à l'origine de cette information judiciaire, Hughes de Lasteyrie, a récemment demandé à l'AMF d'étendre ses griefs et la liste des administrateurs mis en cause à la période 2000-2002, quand M. Breton était administrateur, aux côtés notamment de Jean-René Fourtou, actuel PDG de Vivendi Universal.
Début avril, le financier a été accusé de "chantage" par le directeur du Trésor du ministère des Finances Xavier Musca, qui lui reproche de l'avoir menacé de lancer une campagne de presse sur Rhodia pour déstabiliser Thierry Breton. Le parquet a ouvert une enquête préliminaire sur cette dénonciation. "Il s'agit d'un grossier procédé destiné à me nuire et à me déconsidérer afin de tenter de paralyser les actions judiciaires en cours", avait répliqué M. de Lasteyrie.
| "Thierry Breton au poteau" |
Dans le livre ("Le fils du serpent" chez Albin Michel, ndlr) qu’il vient de publier sur la vie et la mort d’Edouard Stern , le journaliste Airy Routier consacre un chapitre à l’affaire Rhodia. Il explique pourquoi le ministre de l’Economie n’est pas inquiet par les plaintes portées contre lui en 2003, en tant qu’administrateur de l’entreprise chimique, deux plaintes déposées par deux actionnaires mécontents, Edouard Stern, le banquier français, et Hugues de Lasteyrie, un financier franco-belge. Avant de devenir ministre, Thierry Breton avait en effet été sollicité pour devenir administrateur de la Citibank. « Il a fait l’objet d’une enquête approfondie sur tous les aspects de sa vie, y compris privée, comme c’est la règle aux E.U (…) Le verdict a été clair : rien ne peut lui être reproché ». |
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