© INTERNECinq Basques et dix Bretons ont commencé à comparaitre mercredi devant la cour d'assises spéciale de Paris pour leur participation présumée au vol de 8,7 tonnes de dynamite volées à Plévin, dans les Côtes-d'Armor, en septembre 1999. Les premiers sont soupçonnés d'avoir pris part à l'attaque de l'entrepôt d'explosifs, les seconds sont accusés de leur avoir fourni une aide active et bénéficié d'une partie du butin.
L'enquête, menée par la juge d'instruction Laurence Le Vert, a mis en évidence que le coup d'éclat de Plévin constitue selon les enquêteurs le point d'orgue des relations qui ont existé entre les militants séparatistes bretons et basques. Les Bretons, membres présumés de l'ARB, auraient apporté à tout le moins un concours logistique à la réalisation du vol, notamment en organisant l'hébergement de militants basques.
Filiale basque ?
De fait, les relations entre ETA et ARB se sont longtemps résumées à une aide logistique de l'ARB à des membres de l'organisation séparatiste basque, souvent entrés en clandestinité. Des liens entre les deux organisations se tissent à partir de 1984, lorsque la France interdit aux militants basques demandeurs d'asile de s'installer dans le sud-ouest de la France, de crainte que ne se développe une base arrière de l'ETA en France.
Nombre d'Etarras remontent alors jusqu'en Bretagne où ils trouvent des points communs idéologiques avec le mouvement séparatiste local, partageant avec les nationalistes du cru le même sens de la lutte contre l'Etat-Nation, le même amour pour la terre des ancêtres et le recours à la lutte armée, même si le degré de violence n'est pas comparable. Progressivement, l'hébergement de membres de l'ETA entrés en clandestinité se structure grâce au travail de Faustino Villanueva Herrera, dit "Txapu", responsable logistique de l'ETA.
L'ARB divisée
Le soutien apporté aux Etarras ne fera pas toujours l'unanimité dans les rangs de l'ARB, alors même que figure au rang des priorités d'un article-programme du mouvement autonomiste breton Emgann, paru en 1988, la "solidarité active avec les autres mouvements de libération, comme les Basques...".
L'interpellation de "Txapu" en 1992 ainsi que le démantèlement d'une partie de son réseau affaibliront les capacités d'hébergement de l'ARB au profit de membre de l'ETA. Difficile pour autant de dire si la participation présumée de sympathisants de l'ARB au vol de Plévin, aux côtés d'Etarras, constituait les prémices d'une collaboration plus active entre les deux organisations.
| Un butin surtout utilisé en Espagne |
Les explosifs volés à Plévin ont surtout été utilisés par l'ETA en Espagne, selon les enquêteurs, même si la bombe meurtrière contre le McDonald's de Quévert le 19 avril 2000 a sans doute été confectionnée avec la dynamite bretonne. Les explosifs ont tué en Espagne 18 personnes entre janvier 2000 et juillet 2001 dans des attentats à la voiture piégée attribués ou revendiqués par l'ETA. Cependant en 2004, au cours du procès de plusieurs militants bretons, l'attentat n'a pas pu être formellement attribué à l'Armée révolutionnaire bretonne (ARB). Plusieurs attentats ont été commis notamment contre les perceptions de Pontorson, Dol de Bretagne et Argentré du Plessis (Ille-et-Vilaine). Quelques dizaines de bâtons de dynamite ont été retrouvés en possession de certains des accusés au procès de Plévin. |
(Image d'archive : attentat de Quévert)
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