© DRDes récits sordides. Les victimes présumées du père François Lefort ont fondu en larmes en témoignant pour la première fois jeudi au cours du procès de ce religieux jugé depuis lundi par la cour d'assises des Hauts-de-Seine notamment pour viols de mineurs.
Entendu en fin de journée, Maguette, 15 ans à l'époque des faits, a raconté comment François Lefort l'avait violé à plusieurs reprises en l'espace d'un an. Le jeune homme s'est également plaint de ne plus pouvoir vivre normalement au Sénégal à cause de cette histoire, avant de fondre en larmes: "j'ai honte pour moi-même, j'ai honte pour ma famille". Il s'est alors tourné vers le père Lefort en lui lançant avec force: "c'est toi qui m'a fait ça, Lefort ! Tu m'as baisé plusieurs fois, c'est toi!". L'accusé, apparemment impassible: "ce n'est pas vrai".
"Avec quelqu'un d'autre"
La tension est forte. Deux autres garçons parties civiles sortent en larmes de la salle d'audience. La présidente décide une suspension de quelques minutes. A la reprise, le père Lefort, clamant à nouveau son innocence, a estimé que Maguette "a certainement vécu ça" (les viols, ndlr), "mais avec quelqu'un d'autre".
Avant cet épisode, la défense du religieux avait pointé les contradictions dans le témoignage d'un autre garçon, Ibrahima D., 15 ans à l'époque des faits qu'il dit avoir subi en 1994. Ibrahima D. a énuméré les atteintes qu'il impute au père Lefort: caresses et masturbations imposées au foyer d'enfants des rues de Rufisque, au Sénégal où travaillait le religieux, sodomie et fellation imposées à Mpour, où vivait la famille du garçon.
"Par hasard"
Problèmes soulevés par l'avocat du père Lefort, Me Jean-Yves Liénard : ce témoignage ne concorde pas factuellement avec les déclarations d'Ibrahima à la police en 1996 et diffère également des déclarations devant les juges d'instruction. Selon Ibrahima, le viol de Mpour s'est déroulé dans l'hôtel du père Lefort. Ce dernier a nié avoir jamais fait venir le garçon dans sa chambre, mais en 1996, accompagné de la police, Ibrahima avait reconnu sans difficulté la chambre occupée par le religieux. Ibrahima: "comment j'aurais pu savoir que Lefort était passé à cet hôtel?" - Lefort: "Ibrahima a dû passer sur la plage voisine et me voir de là par hasard".
La journée de jeudi avait commencé par des tentatives de déstabilisation de la part de partisans de l'accusé. En début d'audience notamment, vers 09H30, une femme avait témoigné, à la demande de Me Liénard, en prétendant qu'un des garçons, Ibrahima G., avait fait une demande d'asile en France le matin même, ce que niait le jeune homme.
Cette femme, Christine De Clarens, bénévole du Secours catholique -dont fait partie l'accusé- s'occupant des demandes d'asile à la préfecture des Hauts-de-Seine, a admis, après un témoignage confus et contradictoire, faire partie "de coeur" du comité de soutien au père Lefort. L'avocat général Olivier Auferil et les avocats des parties civiles ont annoncé leur intention de porter plainte pour "faux témoignage".
(François Lefort jeudi/DR)
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