Quatre ans avec sursis requis contre Roussin

le 08 juin 2005 à 15h17 , mis à jour le 08 juin 2005 à 22h08

Les représentants du parquet de Paris ont livré, mercredi, un réquisitoire implacable contre les 47 prévenus du procès des marchés publics d'Ile-de-France. De la prison avec sursis a été requise contre l'ancien bras droit de Jacques Chirac à la Mairie de Paris, alors que l'ancien patron de la région Ile-de-France se voit réclamer de la prison ferme.

roussin © INTERNE

Au terme d'un réquisitoire-fleuve, le parquet a dévoilé ses réquisitions, mercredi soir devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris, au procès des marchés publics d'Ile-de-France. Une peine de quatre ans de prison avec sursis et 100.000 euros d'amende a été requise contre Michel Roussin, l'ex-directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Poursuivi pour complicité et recel de corruption, il est soupçonné d'avoir été l'un des piliers de cette affaire de financement politique occulte. Une peine de quatre ans d'emprisonnement dont trois avec sursis a été requise contre Michel Giraud, l'ancien président RPR du Conseil régional d'Ile-de-France. Poursuivi pour complicité de corruption, M. Giraud (75 ans) a été président du Conseil régional de 1992 à 1998. Il nie toute malversation. Il lui est reproché d'avoir couvert l'entente entre les entreprises pour se répartir les marchés de lycées franciliens, qui avait pour corollaire le financement occulte des partis, et d'avoir remis une somme de deux millions de FF (environ 300.000 euros) à un élu écologiste de la région. Selon M. Giraud, cette somme provenait des fonds secrets de Matignon, une version formellement démentie par les collaborateurs du Premier ministre de l'époque Edouard Balladur.

Tout en jugeant "caractérisé" l'emploi fictif de Guy Drut, le parquet a requis mercredi 18 mois de prison avec sursis et 80.000 euros d'amende contre l'ancien champion olympique d'athlétisme et ancien ministre des Sports, poursuivi pour "recel d'abus de confiance". Il se voit reprocher d'avoir bénéficié d'un emploi fictif entre juin 1990 et février 1993 dans l'entreprise de bâtiment et travaux publics Sicra. Il a perçu 774.047 francs (118.002 euros) de cette société. Il nie tout délit mais l'accusation estime que cet emploi de complaisance était l'une des formes de rémunération de la corruption en marge des marchés d'Ile-de-France.

Une peine de deux ans de prison avec sursis a été requise contre la trésorière occulte du RPR Louise-Yvonne Casetta. Mme Casetta (62 ans) est poursuivie pour complicité et recel de corruption dans cette affaire de financement occulte des partis politiques liée à l'attribution des marchés de lycées franciliens entre 1990-1995. Mise en cause par des chefs d'entreprise, elle a dénoncé à la barre "la lâcheté" de la hiérarchie du RPR qui l'a "laissée tomber", limitant son rôle à celui d'une "exécutante".

"Une des plus importantes affaires de corruption"

Une peine de trois ans de prison assortis du sursis a été requise contre l'ancien président du Parti républicain Gérard Longuet. Une peine de cinq ans de privation des droits civiques, civils et familiaux, et donc d'inéligibilité sur cette même période, a été également requise. Le député UMP de la Meuse (59 ans) est le seul chef de parti à être poursuivi dans cette affaire.


"Ce n'est pas la première affaire de corruption de cette nature, ni sans doute la dernière, mais c'est probablement l'une des plus importantes" a affirmé plus tôt dans la journée, le substitut du procureur, Henri Génin. Il a appelé les juges à sanctionner les "manquements les plus graves" à la probité commis par certains partis politiques, "et pas des moindres". Le représentant du Parquet est allé plus loin encore en faisant illusion à Jacques Chirac, sans jamais le citer. "Ces pratiques, a-t-il asséné, mettent en cause les grandes formations qui animent encore aujourd'hui la vie politique du pays, le RPR, présidé à l'époque par le maire de Paris, futur et actuel chef de l'Etat, et le parti socialiste". Dénonçant une "corruption institutionnalisée dont la démocratie est certainement sortie meurtrie", le magistrat a stigmatisé l'échec de "la première collectivité locale d'Europe", le conseil régional d'Ile-de-France, qui n'a pas su répondre au défi de la décentralisation, la faillite des entreprises, qui ont choisi de fausser le jeu de la concurrence dans l'attribution des marchés des lycées, et des partis politiques, "écornifleurs indésirables s'invitant à la table des entrepreneurs pour prélever leur écot". "C'est l'histoire d'un triple échec dont la démocratie est certainement sortie meurtrie", a déclaré M. Génin. Il a décrit "un système triangulaire beaucoup plus pernicieux" qu'un pacte de corruption classique liant deux parties, évoquant "un délit de corruption en bande organisée".

"Deux fois le prix des frégates de Taiwan"

Répondant aux critiques selon lesquelles des hommes politiques auraient du figurer sur les bancs des accusés, le magistrat a reconnu qu'il y avait dans ce procès "des chaises vides sur lesquelles on aurait pu mettre des noms comme sur les prie-dieu dans les églises où les paroissiens les plus illustres ne sont pas forcément les plus assidus à l'office". Il a souligné l'ampleur des infractions reprochées rappelant que le montant global de la construction et de la rénovation des lycées avait représenté 25 milliards de francs (4 milliards d'euros), soit "deux fois le prix des frégates de Taiwan".

Photo : Michel Roussin, ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la Mairie de Paris.

le 08 juin 2005 à 15:17
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