
Paris, École militaire, lundi 13 juin. Rémy Heitz, le "patron" de la Sécurité routière, s'exprime face à un parterre de gendarmes. Thème de la rencontre : "Les grands axes de la lutte contre l'insécurité routière".
Au cours de la discussion, le haut fonctionnaire est rapidement interrogé sur les récents incidents liés aux régulateurs de vitesse. Dans un premier temps, il refuse de se prononcer sur ce sujet délicat et dit s'en remettre sagement "aux expertises diligentées par la justice", attendues, pour certaines, dans le courant du mois de juillet.
Puis, au fil des minutes, Rémy Heitz se fait plus bavard, établissant un distinguo entre le limiteur et le régulateur de vitesse (1). Il n'en fait pas mystère : oui, il "assure la promotion" du limiteur de vitesse. Quoi de plus normal : son ministère de tutelle, les Transports, multiplie en effet les initiatives afin d'obtenir une baisse régulière du nombre d'accidents sur les routes. Mais Rémy Heitz semble beaucoup plus circonspect à l'égard du régulateur dont il "n'encourage pas spécialement" l'usage, dit-il... S'il reconnaît du bout des lèvres que le régulateur est "plutôt un bon instrument", il regrette qu'il ne soit "pas adapté à toutes les situations". "Et on ne le dit pas suffisamment", lâche-t-il. Si elle a le mérite de la franchise, cette déclaration est surprenante à plus d'un titre. Invité du Mondial de l'Automobile, en septembre 2004, l'ancien ministre des Transports, Gilles de Robien - son ancien patron - ne parlait-il pas d'un "saut qualitatif extraordinaire" à propos des régulateurs, avant d'en réclamer la "généralisation" ?
Déconnecter le régulateur "à quelques kilomètres des péages"
Surprenante, cette déclaration du patron de la Sécurité routière l'est également dans la mesure où les régulateurs de vitesse sont proposés aux automobilistes depuis plusieurs années déjà. Ensuite, parce que les constructeurs sont censés présenter, dans leur manuel d'utilisation, le mode d'emploi des fonctionnalités présentes sur les véhicules, limiteurs et régulateurs inclus. Alors, les automobilistes seraient-ils victimes, depuis plusieurs années, d'un manque d'information, comme l'indique le patron de la Sécurité routière ? Un élément de réponse : mêlé à une quarantaine de cas de régulateurs de vitesse supposés défaillants depuis la médiatisation de l'affaire de la "Vel Satis folle", en octobre 2004, Renault avait jugé bon, en avril dernier, d'envoyer une brochure explicative à ses 600. 000 clients munis d'un régulateur de vitesse. "Peut-être n'avons-nous pas su expliquer sa prise en main", avait reconnu le constructeur, interrogé à l'époque par tf1.fr.
Mais ce n'est pas tout. Au cours de son intervention, dont les propos ont été rapportés par l'Agence France Presse (AFP), Rémy Heitz annonce le lancement prochain d'une "campagne de communication sur le bon usage des régulateurs de vitesse" et détaille au passage une partie du contenu de la future campagne. En premier lieu, la Sécurité routière envisage de recommander aux automobilistes de désactiver périodiquement le régulateur de vitesse, afin d'éviter toute perte d'attention au volant. La campagne médiatique devrait également préconiser la déconnection du régulateur "à quelques kilomètres des péages". Pourquoi de telles mesures de précaution, alors qu'une simple "pichenette" sur le frein ou l'embrayage suffit, en théorie , à désactiver le régulateur ? Les nombreux accidents qui se sont déroulés sur autoroute, à proximité d'une barrière de péage – comme pour cette automobiliste, le 22 février sur l'A 43, entre Chambéry et Grenoble, à bord d'une Toyota, ou pour le propriétaire d'un Scenic, le 18 avril sur l'A10 - , tous dus, affirment les intéressés, au blocage de leur régulateur de vitesse, ont-ils semé le doute dans l'esprit de Rémy Heitz et de la Sécurité routière ?
"Un colloque interne à la gendarmerie"
Pour certains juristes spécialisés interrogés par tf1.fr, les préconisations de la Sécurité routière seraient du pain bénit pour les victimes d'accidents liés au régulateur de vitesse. "Communiquer sur des précautions à prendre, alors que celles-ci ne figurent sur aucune notice de véhicule, ce serait exploitable juridiquement", analyse un avocat. "Demander aux automobilistes de désactiver leur régulateur à plusieurs kilomètres d'un péage ? Ce n'est pas sérieux ! Soit on propose un régulateur de vitesse aux conducteurs car il fonctionne, soit on cesse d'en commercialiser !" , s'indigne un autre.
En attendant, les déclarations du patron de la Sécurité routière illustrent, pour la première fois, les doutes d'un représentant de l'État sur les régulateurs de vitesse. tf1.fr a souhaité interroger Rémy Heitz, mais son entourage a répondu qu'il n'accorderait "aucune interview" sur le sujet. En revanche, on confirme la teneur de ses propos : "Ce que dit la dépêche AFP est juste, sauf que monsieur Heitz s'adressait à des gendarmes dans le cadre d'un colloque interne à la gendarmerie". Ses propos devaient donc rester dans le secret de l'École militaire et de ses invités… Quant à la campagne de presse sur les régulateurs, elle semble brusquement remise à plus tard : "Nous ne communiquerons pas tant que les enquêtes judiciaires sur les véhicules seront en cours. Après, on verra".
(1) Limiteurs et régulateurs de vitesse sont deux techniques proposées aux automobilistes par les constructeurs automobiles. Deux aides à la conduite à la philosophie identique – la réduction de la vitesse – mais obéissant à des logiques relativement différentes. Grâce au limiteur de vitesse, un conducteur peut fixer la vitesse maximale de son véhicule, le régulateur permet lui de maintenir constante une vitesse de croisière.
Photo AFP : Rémy Heitz, le patron de la sécurité routière.
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