
Dans une ambiance passionnée, mêlant applaudissements et huées selon de nombreux témoignages, le conseil national, le parlement du PS, a voté samedi à huis clos l'exclusion de Laurent Fabius et de ses amis du secrétariat national pour avoir fait campagne pour le non au référendum, contre la position officielle du parti. Le vote a été acquis par 167 voix pour, 122 contre et 18 abstentions. Afin de tenter de fixer une fois pour toutes la ligne politique du parti, le premier secrétaire François Hollande, souvent accusé de manquer d'autorité, a également fait avaliser la convocation d'un congrès anticipé. Prévu à l'origine au printemps 2006, ce "congrès de projet et d'orientation stratégique" se tiendra à la mi-novembre.
Soucieux de constituer "une direction homogène" d'ici cette échéance, François Hollande y a intégré certains de ses proches (le député-maire d'Evry Manuel Valls), ainsi que du maire de Paris Bertrand Delanoë (Patrick Bloche), de Dominique Strauss-Kahn (Jean-Christophe Cambadélis) et de Martine Aubry (Marylise Lebranchu et François Lamy). Sept proches de Laurent Fabius quittent la direction, dont deux fidèles parmi les fidèles, le député Claude Bartolone et le député européen Henri Weber. Le tout s'est déroulé dans un climat de "tension incroyable", selon certains participants. D'autres, comme Martine Aubry, relevaient avec soulagement qu'aucun applaudissement n'avait salué les attaques anti-Fabius.
Henri Emmanuelli : "un jour sombre pour le PS"
Selon François Hollande, c'est leur indiscipline, et non leur rejet de la Constitution européenne qui a provoqué la sanction des fabiusiens. "La majorité du congrès de Dijon (2003) s'est séparée, non pas tant sur le oui et sur le non que sur le respect du vote des militants", a-t-il déclaré. Ceux-ci se sont prononcés en faveur du traité constitutionnel européen à près de 59% lors d'un référendum interne en décembre 2004. Mais, à entendre le numéro un socialiste, il y a désormais deux lignes dans la majorité sortante. L'une qui cultive "les illusions" et l'autre "qui répond concrètement" aux problèmes et "donne du sens".
S'il est désormais dehors, Laurent Fabius a sans doute gagné des partisans, à en juger par les réactions des minorités. Les membres du Nouveau Parti socialiste (Arnaud Montebourg et Vincent Peillon) et les amis de Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon ont voté contre son éviction. Henri Emmanuelli a parlé d'"un jour sombre pour le PS", jugeant "incompréhensible de voir l'appareil de la direction se replier sur lui-même en excluant ceux qui sont en phase avec le peuple de gauche, pour promouvoir ceux qui ne le sont pas". C'est "un enfermement sans précédent de l'appareil, alors qu'une majorité d'électeurs socialistes et les deux tiers de l'électorat de gauche ont voté non au référendum", a renchéri Jean-Luc Mélenchon. Enfin, Arnaud Montebourg a accusé la direction d'"empêcher le rassemblement et d'obérer les chances de victoire" en 2007.
Photo d'ouverture : réunion du Conseil national du PS, samedi à Paris. Au premier plan, François Hollande regardant vers Laurent Fabius, au dernier plan - DR
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