
Cet après-midi là, la place de la mairie est calme et ensoleillée. Le petit parc ombragé ressemble à ceux des villages tranquilles du sud de la France. "Il faut arrêter de parler de la Courneuve comme si c’était une ville de barbares. Le problème, c’est les 4000 qui sont laissées à l’abandon" explique Icham, 31 ans. Chômeur depuis un an, il pointe du doigt la salle municipale où est organisée la rencontre entre Nicolas Sarkozy et les habitants. "C’est que pour l’image cette réunion, les gens ont été triés et les camions de journalistes sont prévenus. C’est le même principe que l’opération de flics annoncée après la mort de Sidi Ahmed. Vous croyez que les mecs n’ont pas eu le temps de vider leur cave ! Les flics n’ont trouvé qu’une trottinette".
A quelques mètres de là, un policier demande aux gens de s’écarter, le cortège officiel arrive en trombe. Lorsqu’il sort de sa Vel Satis blindée, le ministre de l’Intérieur est accueilli par quelques huées et sifflets de jeunes qui l’attendent avec méfiance. Il se dirige instinctivement vers eux en débordant ses gardes du corps. "Combien de temps vous allez laisser tous ces CRS dans le quartier ?", lui lance avec colère un adolescent. "Le temps qu’il faudra, répond Nicolas Sarkozy, je ne suis pas là pour flatter tel ou tel mais pour vous tenir un langage de vérité et de fermeté".
"Il sait leur parler"
"Vous êtes là pour 2007, je n’ai pas confiance" affirme un autre avec la fierté frondeuse de quelqu’un qui veut "se payer" un ministre devant les caméras. Mais le président de l’UMP aime ça et défie ses détracteurs droit dans les yeux. "Ce qui compte, c’est que je sois là, que je sois venu la semaine dernière et que je revienne le mois prochain. Personne n’est venu ici depuis vingt ans. Qui est-ce qui vous tend la main ? Alors fais moi confiance et laisse moi un peu de temps". Nicolas Sarkozy tutoie les jeunes qui finissent par lui lâcher un sourire, après une discussion franche de plus de 45 minutes. "On verra bien s’il obtient des résultats. Ce qui est sûr, c’est qu’il sait leur parler " glisse une jeune fille de la barre Balzac.
Dans la mairie, la centaine d’habitants s’impatiente depuis une heure et accueille plutôt fraîchement le ministre de l’Intérieur. "Pourquoi a-t-il fallu attendre la mort d’un petit garçon pour qu’il vienne ?" lâche le responsable d’une association sportive. Dès son arrivée à la tribune, Nicolas Sarkozy reconnaît l’évidence : "si Sidi Ahmed n’était pas mort, je serais venu, mais moins rapidement, mais je serais venu car je vais faire le tour de France des quartiers ." Après quelques minutes, un jeune homme veut l'interrompre, il le tance : "Ce sont des mesures que je vous annonce, vous ferez le malin après !" A l'assistance muette, il résume sa politique : "ce sera la main tendue et la punition". Et à celui qui lui reproche sa stratégie de communication permanente et sa volonté de "nettoyer", il explique : "la première fois que les gens me voient, ils disent qu'est-ce qu'il vient faire, le show ? La seconde fois, c'est un plus sérieux et la troisième fois, on discute concret". Il y a déjà un peu de concret dans cette seconde rencontre avec notamment 46 emplois à pourvoir immédiatement. "Je veux voir si ceux qui me réclamaient du boulot tout à l'heure sont prêts à se lever le matin" affirme-t-il. Icham le chômeur qui assiste à la réunion "officielle" écoute sagement le ministre.
"C'est un arriviste"
18h40, Nicolas Sarkozy regarde sa montre, un autre rendez-vous l’attend. "Il n’y a eu que trois questions" lance une femme en colère. "Je reviens dans un mois" rassure le ministre. "Qu’aurait-on dit si je n’avais pas parlé avec les jeunes dehors ? Le dialogue, on le fait ou on le fait pas" ajoute-t-il. Dernières poignées de main avant de monter dans la Vel Satis et ultime volonté de ne pas décevoir les Courneuviens. "On se revoit dans un mois, et à la cité des 4000 cette fois". "Vous avez vu l’attente un peu, glisse Nicolas Sarkozy aux journalistes, je crois que c’est important de faire tout ça, hein", comme s’il éprouvait le besoin de justifier un tel déploiement d’énergie et de mots, "les mots du quotidien" explique-t-il.
Le cortège démarre à vive allure. "Il a pensé à tout. Ça fait paniquer de voir à quel point c'est un arriviste. Ce n'est pas un ministre de l'Intérieur qu'on veut voir, c'est un ministre de l'Education", commente un jeune engagé dans un mouvement associatif. Samia, elle, ne panique pas. Pour cette lycéenne de 17 ans, le président de l'UMP "agit et a eu le courage de venir". "En quelques jours, il a déjà changé les choses, il a raison de vouloir nettoyer le quartier", et ce mot ne la choque pas. Pendant sa visite, le "nettoyage" se poursuit, de nombreux automobilistes ont vu leur coffre fouillé par la police.
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