
L'avocat général de la cour d'assises des Hauts-de-Seine a révélé tard mardi soir qu'un des membres les plus actifs du comité de soutien au prêtre François Lefort, jugé depuis lundi pour des viols sur mineurs, était en détention provisoire depuis février pour des faits semblables. Yves Marguerat a été arrêté en février et mis en examen par un juge d'instruction de Nanterre pour "viols sur mineurs de moins de quinze ans", commis à Lomé (Togo), selon une soruce judiciaire.
Cet homme sera entendu le 16 juin au procès du prêtre, médecin et écrivain, soupçonné d'avoir violé et agressé sexuellement cinq mineurs de 11 à 15 ans, dans un foyer d'enfants des rues au Sénégal et à son domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Ce coup de théâtre est survenu après une journée particulièrement difficile pour François Lefort, présenté par les enquêteurs comme un personnage "assez trouble" et "un peu en trompe-l'oeil", dont le passé a paru difficile à établir précisément.
"Informations basiques"
Lundi comme mardi, Lefort a évoqué sa contribution au démantèlement de réseaux pédophiles, notamment le réseau Spartacus et le Scarabée d'Or, affaires médiatisées par lui à l'époque. Sur Spartacus, Lefort affirme avoir "rencontré un Français à Java", qui "a dit : je suis pédophile, et a parlé de Spartacus". Lefort : "encore maintenant je ne comprends pas que Stanford m'ait raconté tout ça". Il affirme avoir été convoqué six fois par la brigade des mineurs sur cette affaire... instruite en Belgique, précise Jean-Marc Souvira, commissaire de la brigade des mineurs de Paris, qui assène : "les policiers belges nous ont dit : on a entendu parler de Lefort par la télé, c'est tout". "Nous n'avons jamais convoqué M. Lefort"
Quant au Scarabée d'Or, "à aucun moment, on n'a eu une aide quelconque de François Lefort", poursuit le commissaire, pour qui le prêtre "a plus une activité tournée vers les médias que vers les services de police. Ce n'est pas difficile de prendre un journaliste par la main et de l'emmener dans les rues en Asie ou en Afrique en lui montrant des mineurs. Mais des renseignements pointus, Lefort n'en a jamais apportés". Souvira se rappelle un passage de Lefort à la brigade des mineurs de Paris en 1993 : "les informations étaient vraiment basiques. Il enfonçait des portes ouvertes. Il avait vu une émission sur des pédophiles en Asie du Sud-Est".
"Position affligeante"
Le prêtre affirme qu'après cette émission il a envoyé au ministre de l'Intérieur de l'époque un courrier dénonçant ce réseau asiatique. Problème : les policiers n'ont jamais retrouvé trace de la lettre. Lefort : "mais j'ai été convoqué à la brigade des mineurs suite à cette lettre !" Un enquêteur : "Il s'est présenté une fois de lui-même (...) un peu comme un cheveu sur la soupe". Lefort, plus pâle de minute en minute : "cette lettre est partie, je vous le garantis".
Il insiste, "choqué que l'on prenne aussi à la légère les accusations portées ici", puis lâche : "je suis allé trois fois à la brigade des mineurs dans les années 1960, j'ai retrouvé les convocations". L'avocat général Olivier Auferil se lève en soupirant : "je vois l'abbé Lefort dans une position tellement affligeante sur ces histoires de convocation que j'ai presque envie de venir à son secours".
Photo d'ouverture : le père Lefort - archives
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