© lciPour le nouveau Premier ministre, l'action politique commence avec le choix des mots . Ainsi, il y a deux ans, en pleine crise irakienne, il avait défendu avec brio et passion les choix de la France et de Jacques Chirac devant l'ONU, avec un discours qui a marqué les esprits.
Aujourd'hui, face aux députés, Dominique de Villepin sait qu'il ne pourra pas user d'un même lyrisme pour expliquer à sa majorité et aux Français son programme d'actions pour les semaines à venir. "Il devrait être à la fois très concret et fixer un cap de volonté, vers l'emploi, qui constituera 50% de son discours", a fait savoir son entourage en promettant une "approche résolument pragmatique". Pendant une heure environ, il va mettre l'accent sur "la "mobilisation" et "l'action" avant de demander la confiance des députés. L'UDF a déjà décidé qu'elle ne prendra pas part au vote.
Le Premier ministre, qui s'est entretenu deux heures mardi avec Jacques Chirac, est avant tout attendu sur ses choix économiques et sociaux. Pour créer de l'emploi, choisira-t-il une option plus sociale, réclamée par les syndicats, plus libérale, comme le demande une partie de la majorité, ou une voie à mi-chemin ? "Il n'y aura pas d'idéologie libérale ou sociale", dit-on à Matignon, en évoquant des mesures en faveur des très petites entreprises pour faciliter leur "décision d'emploi" et "en échange la garantie de la sécurité du parcours d'emploi". L'hôte de Matignon doit aussi présenter un "plan extrêmement volontariste" pour aider les plus jeunes et les plus de 50 ans ainsi qu'un programme d'accompagnement" des "personnes fragilisées" par un problème de logement par exemple.
Marges étroites
Discours fondateur de tout nouvel arrivant à Matignon, la déclaration de politique générale s'annonce d'autant plus cruciale pour Dominique de Villepin que sa nomination a été accueillie avec scepticisme. Plus des deux tiers des Français (68%) ne le croient ainsi pas en mesure de rétablir la confiance en cent jours comme il s'y est engagé, selon un sondage Ifop. Il se retrouve en outre coincé entre un président de la République très affaibli politiquement et un numéro deux omniprésent, Nicolas Sarkozy.
Etroite politiquement, la marge de manoeuvre du Premier ministre l'est aussi économiquement. Pour lutter contre le chômage, il a promis "d'adapter" le modèle social français sans le remettre en cause, tout en supprimant les "verrous" à l'emploi. Il s'est intéressé au modèle danois de "flexi-sécurité", alliant une très grande flexibilité du marché de l'emploi et un haut niveau de protection sociale. Mais les syndicats, qu'il a reçus lundi, l'ont déjà mis en garde contre toute tentative de réformer le code du travail. A l'inverse, l'exécutif pourra difficilement engager un plan plus ambitieux pour l'emploi - que ce soit par des allègements de charges, des emplois aidés ou des grands travaux - sans remettre en cause ses engagements pris à Bruxelles.
Les Français sceptiques |
Près de huit Français sur dix estiment que 100 jours ne suffiront pas au nouveau Premier ministre pour répondre à leurs attentes, notamment le chômage, selon un sondage CSA pour Le Parisien (1). Interrogés sur l'évolution de la situation politique dans les six prochains mois, deux tiers des sondés se disent "pessimistes", et 28% "optimistes". Conséquence ils sont 72% à penser que la France verra "certainement" ou "probablement" se développer des mouvements sociaux dans les prochains mois. Ils ne sont pourtant qu'un tiers à souhaiter des élections présidentielles anticipées (60% défavorables) (1) sondage par téléphone les 6 et 7 juin auprès d'un échantillon représentatif de 1000 personnes. |
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