Villepin, un Premier ministre très en verbe

Par Matthieu DURAND, le 01 juin 2005 à 15h25 , mis à jour le 01 juin 2005 à 18h42

Le nouveau Premier ministre est épris de poésie et d'Histoire. Deux passions qui sont plus que des "jardins secrets" : elles sous-tendent son action politique.

Villepin livreMarié, père de trois enfants, ce passionné de sport est aussi écrivain. Il a publié des recueils de poésie, un ouvrage sur l'épopée napoléonienne ainsi que plusieurs essais, dont le dernier, "L'homme européen", a été écrit en collaboration avec Jorge Semprun. Ici, Dominique de Villepin à l'émission "Vol de nuit", sur TF1. © TF1

A Matignon, un homme de communication a laissé sa place à un homme de lettres. Dominique de Villepin fait en effet partie de ces hommes politiques français versés dans la littérature. Une passion qui transparaît dans son style flamboyant et grandiloquent, devenu célèbre dans le monde entier depuis le discours qu’il a prononcé devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le 14 février 2003. A l’actif du nouveau Premier ministre, déjà six ouvrages. Si la plupart s’inscrit dans une démarche, voire un calcul, politique, deux livres se distinguent par la touche personnelle que leur auteur y a apporté.

"Etrange mélange"

Avec Eloge des voleurs de feu (1), Dominique de Villepin clame son amour pour la poésie. Et de quelle manière ! Dans la chronique qu’il lui a consacrée en mai 2003 dans Le Point, le journaliste François Dufay évoque un "sidérant pavé", "objet littéraire non identifié", "œuvre-vie riche en fulgurances". Dans une "prose poétique" (2), le Premier ministre "livre une théorie poétique en citant très abondamment des poètes qu’il connaît intimement, tels Saint-John Perse ou René Char", explique François Dufay à tf1.fr. "Il privilégie une vision romantique du poète comme mage ou médium, doté de pouvoirs de vision", indique le journaliste. "Pour Villepin, la poésie peut véritablement changer la vie, elle jette un pont entre des mondes différents", poursuit-il. Tout comme la politique (3)

Car, dans cet hymne aux forgeurs de vers, Dominique de Villepin brosse également son portrait. Celui d’un "homme d’action qui est également un homme du verbe et qui agit pour transformer le monde avec la parole et l’espèce de feu intérieur qu’elle manifeste", avance Dufay. "On peut trouver cela un peu mégalo, admet-il, mais il n’en reste pas moins un des très rares hommes politiques à posséder un tel bagage et à ne pas le séparer de sa vie d’homme d’Etat." "Il est un étrange mélange de lyrisme ardent et d’une langue de bois qui tourne sur elle-même", souligne tout de même le journaliste. Sa prose poétique, qui n’évite pas les "tunnels" et une certaine logorrhée à l’écrit, Villepin la maîtrise davantage à l’oral, pointe-t-il encore.

Un côté gaullien

Amoureux des lettres, Villepin est également amateur de chiffres, ceux qui ponctuent les grands moments de l’Histoire. Dans Les Cent-jours (4), publié alors qu’il était encore secrétaire général de l’Elysée, il narre la fin de l’épopée napoléonienne. "C’est un vrai livre d’Histoire rédigé avec beaucoup de style", affirme Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, qui avait décerné à l’ouvrage son prix annuel. La démarche de l’auteur est sincère, selon l’historien : "Au Quai d’Orsay, Villepin a lancé une quantité de projets historiques qui n’ont d’ailleurs pas tous abouti tellement il a placé la barre très haut. Par exemple, il a sauvé le domaine français de Sainte-Hélène, il a permis l'organisation à Paris d'un colloque international sur Napoléon et l'Europe". Pour avoir rencontré Dominique de Villepin à plusieurs reprises, Thierry Lentz estime qu’il "n’est pas un copieur d’Histoire mais quelqu’un dont la démarche est toujours sous-tendue par l’Histoire". Et d’ajouter : "Il n’est pas du tout dupe de la réalité de la position de la France dans le monde. Lorsqu’il déclare que ‘la France parle au monde’, il veut dire que la France a quelque chose à dire au monde".

François Dufay et Thierry Lentz soulignent tous deux le côté gaullien du nouveau chef de gouvernement, son optimisme, son volontarisme. "Il y a aussi un côté soleil noir dans tout cela, selon Dufay. Cela peut paraître étrange cet intérêt pour l’aventure avortée des Cent-jours et la démarche avortée de Rimbaud, qui sont deux éclatants désastres." Pour autant, le journaliste et l’historien se refusent à faire quelque parallèle que ce soit entre la fin de règne de l’Empereur et les derniers mois du présent quinquennat.

(1) Eloge des voleurs de feu, éditions Gallimard (2003).
(2) "Plus que jamais, une nouvelle incandescence est nécessaire. Et voici que dans cet élan s'impose la haute figure du poète qui, lancé à l'assaut des frontières et messager de la charité, dénoue le mystère, s'affirmant tout à la fois voleur de feu et porteur d'eau, mais d'une eau singulière, plus brûlante que le feu, riche d'une violence si noble qu'elle déborde la violence." (extrait d'Eloge des voleurs de feu cité par François Dufay).
(3) Un parallèle dressé par Dominique de Villepin dans un discours prononcé le 31 octobre 2002 à l’université Mohamed V de Rabat (Maroc) : "Au centre de la poésie et de la politique, il y a la quête, la volonté de se situer en avant. Toutes deux forcent les portes de l'avenir, creusent les gouffres, interrogent le malheur et le désarroi, pour y puiser une parole et tracer un chemin. Chacune se nourrit de l'écart, de ce lieu absent qui reste à défricher. Aucune vérité des hommes et des mondes, dans leur diversité, ne leur est étrangère."
(4) Les Cent-jours ou l’esprit de sacrifice, éditions Perrin-Tempus (2002).

photo : Dominique de Villepin invité de l'émission "Vol de Nuit" sur TF1 pour sonlivre Les Cent-jours (TF1)

Par Matthieu DURAND le 01 juin 2005 à 15:25
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

18 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Patrice, le 02/06/2005 à 23h14

    Je vote à gauche et je suis partisan du Non. Mais je pense que de Villepin était le moins mauvais des hommes de droite. Pas forcément moins libéral que Raffarin, mais moins autiste, et plus intelligent dans son action, certainement.

  • Kmsawoo, le 02/06/2005 à 22h52

    Plus de qualite ne peut etre qu'un plus.Par exemple dans mon domaine la finance la literrature a son importance dans les choix des actions pour son portefeuille.Donc, bonne chance Mons Villepin pour une ambition Francaise.

  • Alann77, le 02/06/2005 à 22h43

    C'est ahurissant voire scandaleux , une fois encore le pm nous prend pour des demeures , il faisait partie du gpouvernement precedent comme la majeure partie des autres ministres alors pourquoi les mêmes Hommes n'ont pas anticipes ? a priori changer de pm suffit a creer des miracles avec les mêmes incapables , a priori même les gens de droite vont preferer voter a gauche la prochaine fois seulle façon de changer les testes et la politique et j'en ferai partie ..

  • Mauvais esprit, le 02/06/2005 à 19h02

    Ne connaisssant pas particulierement le nouveau pm je n'ai aucune idee preconcue mais 1)les historiens ont souvent ete de bons politiques.... 2)et le quai d'orsay une pepiniere de poetes... et au moins les 'villepinades" ont plus de 'gueule' que les raffarinades... meme si le resultat est le meme...on nous prend pour des cons ..mais au moins ce sera avec grandeur et panache

  • Audrey, le 02/06/2005 à 18h35

    HORRIFIEE, je suis horrifiée. alors, c'est tout nouveau, tout frais, ca date d'aujourdh'ui. Allez sur le site anpe.fr et vous aurez la réponse : Aux Etats-Unis, la législation en matière demploi privilégie lemployé américain !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! DELOCALISER LES CHOMEURS : telle est la solution du nouveau gouvernement.

  • Arphidan, le 02/06/2005 à 16h03

    Justement, pourquoi pas un poète ? Etre poète ne signifie pas avoir la tete dans les nuages et porter des oeillères. Il faut lui laisser une chance : 100 jours c'est très peu en vérité.

  • FERNAND, le 02/06/2005 à 14h07

    Monsieur le Ministre, Voici ma solution aux problèmes de l'emploi. Le travail est comme l'amour - On le fait pour la création et le plaisir où chacun des partenaires doit y trouver son compte sinon il faut faire face à la déconfiture. Avec cette solution, mon relevé de retraite comptabilise des 450 jours de travail par année - qui dit mieux!

  • Alex, le 02/06/2005 à 13h56

    Allez y Monsieur le premier ministre, pour une fois que nous n avons pas un politique au pouvoir. Montrez leurs que vous devriez etre president en 2007 avec peut etre Niko en premier ministre... BONNE CHANCE

  • David, le 02/06/2005 à 13h06

    Un bernard TAPIS aurait mieux fait l'affaire! :)

  • Gerard BODOUX, le 02/06/2005 à 11h16

    Les poetes sont des reveurs...

Lire tous les commentaires

      logAudience