
"Je sais pourquoi je me bats à Matignon" (...) et "chaque jour qui passe est un jour d'action", a déclaré jeudi matin, le Premier ministre Dominique de Villepin lors de sa première conférence de presse un mois après sa nomination. "Nous sommes au 30ème jour", a-t-il lancé en allusion à l'horizon des 100 jours qu'il s'est fixé pour restaurer la confiance avec les Français. "Mon gouvernement est un gouvernement de service public : chaque décision sera donc prise avec le souci de la justice et de l'unité", a-il également déclaré en préambule, ajoutant que "le contexte était difficile". "Les Français savent que les marges financières de l'Etat sont étroites. L'augmentation du prix du pétrole et la baisse des recettes de l'impôt sur les sociétés créent une contrainte supplémentaire", a-t-il souligné. Mais il a toutefois appelé les Français à regarder les succès de l'industrie nationale et européenne : Airbus, le viaduc de Millau, Iter. En l'espace d'une demi heure, Dominque de Villepin a dressé les grands axes qui mèneront l'action du gouvernement au cours des prochaines semaines.
"La bataille de l'emploi" : priorité du gouvernement
"Nous devons être encouragés à agir vite (dans la bataille pour l'emploi) par les résultats des deux derniers mois, qui marquent une très légère inflexion, trop légère, du nombre de demandeurs d'emplois", a déclaré Dominique de Villepin. Il a réaffirmé, lors d'une conférence de presse à Matignon, sa "détermination" à "gagner la bataille de l'emploi". "Le gouvernement y consacrera toute son énergie". Selon des chiffres publiés jeudi par le ministère de l'Emploi, le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie 1 en données corrigées des variations saisonnières a diminué de 0,1% en mai, comme en avril.
"J'ai décidé la création de 100.000 contrats d'accompagnement vers l'emploi pour les jeunes (...) prioritairement orientés vers les maisons de retraites, dans les hôpitaux et les établissements scolaires. D'ici la fin de l'année, l'Etat prendra en charge 90% du coût de ces contrats pour leur donner une nouvelle impulsion", a notamment annoncé le Premier ministre.
Récidive : des peines aggravées mais individualisées
"S'agissant de la récidive, nous ne pouvons pas accepter que certains individus défient à plusieurs reprises la loi et les forces de l'ordre". "Le fait de récidiver doit effectivement aggraver les peines encourues. Mais nous devons le faire dans le respect de l'individualisation des peines, qui est un principe fondamental de notre justice", a-t-il ajouté. Concernant la "responsabilité des magistrats" soulevée "à l'occasion de drames récents", le Premier ministre a par ailleurs rappelé qu'il avait demandé au Garde des Sceaux Pascal Clément de lui "faire des propositions dans les prochaines semaines". Il souhaite également que "les décisions de justice puissent être rendues plus rapidement pour répondre aux attentes de nos concitroyens". "C'est un sujet que je considère comme prioritaire pour l'action de mon gouvernement", a-t-il ajouté.
Fonction publique : ne pas "charcuter" les emplois
Alors qu'une partie de sa majorité juge insuffisantes les 5.100 suppressions d'emplois dans la fonction publique prévues par le gouvernement pour 2006, VIllepin répond : "En tout et pour tout j'avais un rabot. Je suis un homme politique et je ne crois pas qu'on puisse faire de la politique avec un simple rabot", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. "Aller couper, charcuter les effectifs de la fonction publique sans avoir une vision des réformes de structures, des engagements, des conséquences que cela a pour des millions de gens, c'est, je crois, quelque chose qui ne correspond pas aux exigences du temps." "Nous sommes aujourd'hui à l'an 1 de la réforme de l'Etat. Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs".
500 radars supplémentaires en 2006
"Le produit des amendes radars servira au financement du permis à un euro et aux dépenses de sécurité routière", a réaffirmé le Premier ministre. "Au terme de la concertation avec le ministre des Transports et le ministre de l'Intérieur, 500 radars supplémentaires, fixes ou mobiles, seront installés en 2006, en veillant bien à ce qu'ils obéissent à une stricte logique de sécurité et à ce qu'ils soient disposés aux endroits les plus dangereux".
"Vers une Europe des projets"
Arrivé à Matignon après le séisme du "non" au référendum sur la Constitution européenne, Dominique de Villepin a affirmé son intention de maintenir "le cap de l'Europe politique". Il a annoncé l'instauration de réunions interministérielles mensuelles consacrées aux affaires européennes. La première aura lieu au début du mois de septembre. Elles auront pour but de mettre en oeuvre les projets de création d'un service civil européen, d'harmonisation des politiques économiques et de lancement d'instituts européens de haute technologie. "Elles auront également vocation à étudier les textes les plus importants en cours de discussion à Bruxelles, afin d'évaluer à un niveau politique leur incidence sur le territoire français. L'expérience de la directive Bolkestein ne doit pas se renouveler", a précisé le Premier ministre.
Concernant la négociation sur le budget européen pour la période 2007-2013, "Nous avons accepté d'avancer, les Britanniques ne l'ont pas accepté, donc je crois que la balle est aujourd'hui dans le camp de nos amis anglais", a déclaré Dominique de Villepin, en référence à l'échec du Conseil européen de la mi-juin.
Villepin pas "jaloux" de Sarkozy |
Interrogé par un journaliste sur l'omniprésence de son n° 2 Nicolas Sarkozy à l'origine de discordances avec d'autres ministres, Dominique de Villepin a estimé jeudi que les "débats" étaient nécessaires et normaux au sein du gouvernement et qu'il n'était "pas d'une nature jalouse". "Je crois à la nécessité du débat dans les périodes de grands changements. C'est toute la force de notre gouvernement que de porter cette réflexion et d'explorer toutes les idées", a-t-il. "Il se trouve que dans la vie politique, il y a parfois des rugosités. Pourquoi est-ce que dans la vie politique, ce ne serait pas comme dans la vie ?", s'est demandé M. de Villepin. (…) "Je crois que cela fait partie du jeu de bien vouloir qualifier de cafouillage ce qui est la position adoptée par les différents ministres, souvent à vif, sur des sujets difficiles qui méritent des adaptations, des ajustements". "Après tout, c'est pour cela qu'il y a un Premier ministre. Si tout se passait sans difficulté, nous n'aurions pas besoin d'un Premier ministre pour arbitrer. C'est la responsabilité qui est la mienne et je le fais en concertation avec chacun des ministres". |
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