© lciEn juillet 1995, Martine Bouillon, administrateur de "La Voix de l'enfant", portait plainte à la brigade des mineurs de Paris pour des faits d'atteintes sexuelles sur mineurs par le père François Lefort. Pour "La Voix de l'enfant" qui s'attaquait à une icône médiatique de l'humanitaire, les problèmes ont commencé alors, selon elle. Ils devaient durer jusqu'à fin 1997. "Ça a fait l'effet d'une bombe, et des dégâts jusqu'à maintenant. Le corporatisme aidant, l'humanitaire avait du mal à dénoncer les siens".
La présidente de "La Voix de l'enfant" Martine Brousse a estimé que sa fédération avait été "malmenée après cette affaire" et complété le tableau : conflits internes, démission de Monique Lousteau (vice-présidente de la fédération et amie proche de Lefort), départs de plusieurs associations de la fédération, suppressions de subventions publiques... Cela s'est traduit aussi par de nombreux coups de téléphone d'associatifs demandant "pourquoi on faisait ça au père Lefort", et notamment, selon Martine Brousse, du très insistant Yves Marguerat, en détention provisoire à Nanterre pour des viols de mineurs au Togo et membre actif du comité de soutien au religieux.
Enfin, preuve supplémentaire de ces "pressions" selon Me Jean-Baptiste Moquet, avocat des parties civiles, "La Voix de l'enfant" a reçu le 6 juin, premier jour du procès Lefort, une lettre lui notifiant un prochain contrôle de l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales, vérifiant l'utilisation des subventions publiques).
"Ils ont eu une grande haine contre moi"
L'affaire avait commencé début 1995, lorsque des adolescents français en voyage au Sénégal, logés au foyer d'enfants des rues de Rufisque où travaillait à l'époque l'accusé, ont entendu les jeunes Sénégalais du foyer leur confier : "Le père Lefort baise des enfants". Une éducatrice des jeunes Français, Anne-Christine Girardeau, enregistrait alors leurs témoignages sur cassette audio. Explication du père Lefort, qui souligne que tous les témoignages de la cassette émanent de jeunes majeurs : "Les grands ont su que j'allais fermer le foyer des majeurs et ils ont eu une grande haine contre moi".
Rentrée en France, Mme Girardeau a contacté "La Voix de l'enfant", dont la présidente Mme Brousse et l'administrateur Mme Bouillon ont écouté les cassettes. Mme Bouillon, lundi à l'audience : "Ce qui m'a frappé, c'est la naïveté des témoignages. A un moment, un des enfants décrit la maison de François Lefort comme extraordinairement grande, avec des toilettes et des lavabos dans toutes les chambres. C'était évidemment un hôtel. Pour moi, c'était un signe d'authenticité du discours".
Photo d'ouverture : le père Lefort au tribunal - archives
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