© INTERNEC'est une confidence faite le 23 juin dans le bureau du juge d'instruction Philippe Courroye et rapportée ce week-end par Le Monde. Ingénieur en charge du chantier des éoliennes pour le compte de SIIF Energies, une filiale d'EDF, Eric Reisse explique avoir "compris que le marché était surévalué pour que les choses se passent bien". "Qu'entendez-vous par là ?", lui demande le magistrat. "Qu'il n'y ait pas d'attentats, pas d'agressions et que le chantier se déroule normalement."
Explications : en 2000, SIIF Energies construit deux fermes éoliennes à Ersa et à Rogliano (Haute-Corse)¬ pour 105 millions de francs ¬ et d'une centrale hydroélectrique à Cargiaca (Corse-du-Sud), pour 29 millions de francs. Des projets financés pour près de 25 % par des subventions, essentiellement européennes. Des marchés importants qui pourraient avoir donné lieu à de gros détournements de fonds que les policiers de la brigade financière évaluent à plus de 10 millions de francs, soit 1,5 millions d'euros.
"Fonds décaissés en espèces et remis à des membres du FLNC"
Selon les enquêteurs, l'évaporation de l'argent aurait été rendue possible par les menaces exercées sur de grandes entreprises comme SIIF, celles-ci "ayant été contraintes de rémunérer, pour des prestations fictives, de petites sociétés corses ou des sociétés-écrans", écrit Le Monde, selon qui "les fonds étaient ensuite décaissés en espèces et remis à des membres du FLNC-Union des combattants (FLNC-UC)", ¬ la branche principale du mouvement clandestin.
Dans un rapport de synthèse remis au juge le 14 juin, la brigade financière apporte plusieurs éléments de présomptions qui tendent à accréditer la piste du financement occulte en faveur des "natios". Tout d'abord, la région où les éoliennes ont été construites constitue un territoire "où le mouvement nationaliste est fort implanté". Ensuite, les 20 éoliennes "de 40 mètres de hauteur, avec des pales larges et bruyantes" n'ont pas subi les foudres des différents mouvements indépendantistes, qui, "ni à titre personnel ni à titre collectif, n'ont dénoncées, notamment par voie de presse, alors qu'ils clament régulièrement un profond attachement à la protection de l'île". Ces mêmes nationalistes qui sont habituellement prompts à dénoncer "les constructions continentales ou étrangères considérées comme inopportunes" souvent "objets de dégradations ou de destructions par explosif", notent les policiers.
Des "proches de Charles Pieri"
Ainsi, pour eux, cette mansuétude n'a qu'une explication : le racket. "Un certain nombre d'éléments se rapportant à des factures visant des prestations fictives ou inexactes ayant été mis au jour au cours des investigations, notamment au profit des prestataires corses, de fortes présomptions existent selon lesquelles la "protection" des unités de production d'énergie de SIIF a pu être négociée avec des mouvements clandestins, à travers les surfacturations et les fonds dégagés par celles-ci", affirme la brigade financière.
Le rapport souligne ainsi "la présence d'éléments proches des nationalistes parmi les prestataires participant à la réalisation des parcs éoliens, notamment Joseph Micheli, ami proche de Charles Pieri, et Charles-Philippe Paoli, dont il est le futur employeur à l'époque, et en relation avec plusieurs autres activistes du FLNC dont Jacques Mosconi, Sauveur Grisoni, Christophe Pieri". Concernant Joseph Micheli, le maire de Centuri (Haute-Corse) et Jean-Christophe Albertini,¬ tous deux mis en examen par le juge Courroye¬, les policiers notent qu'ils seraient "liés à des individus notoirement connus pour leur activisme "politico-militaire", régulièrement poursuivis pour des actes de terrorisme et condamnés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, cette entreprise coïncidant avec les activités criminelles du FLNC-UC".
Retour MYTF1
Chargement en cours...





