© Eric Feferberg, AFPVisiblement, l'échec qui ne passe pas. On se souvient de l'agacement publiquement affiché par Bertrand Delanoë, le 6 juillet, quelques minutes après l'annonce de la victoire de Londres pour l'organisation des JO de 2012. "Peut-être que ce qui nous fait perdre, c'est le fair-play", avait rageusement lancé le maire de Paris qui présidait également le comité de candidature Paris 2012.
Le temps de reprendre son souffle, et l'édile lançait un second assaut lourd de sous-entendus contre les promoteurs de la candidature londonienne : "Je ne suis pas sûr qu'on ait livré cette compétition exactement avec les mêmes instruments, le même état d'esprit". My god ! Tony Blair et les promoteurs de la candidature de Londres ont-ils "franchi la ligne jaune" et versé dans la corruption pour convaincre les membres du Comité international olympique (CIO) ? Le maire de Paris a préféré en rester là, avant de souhaiter un tardif "bonne chance" aux Britanniques.
Le chaud et l'effroi
Le lendemain, stupeur : des attentats meurtriers frappent Londres. On parle de dizaines de morts et de centaines de blessés. Bertrand Delanoë, empathique, lance un vibrant : "Nous sommes tous, en cet instant, Londoniens". La fin d'une querelle d'une journée entre les deux capitales européennes ? On pouvait le penser, surtout que Bertrand Delanoë ajoute dans une même foulée que "la compétition est dérisoire par rapport à des attentats".
Mais le maire de Paris a la défaite amère et la rancœur tenace. A l'ouverture du conseil municipal, lundi, les élus rendent hommage aux victimes des attentats de Londres en respectant une minute de silence. Bertrand Delanoë, prend la parole pour dénoncer ces actes qui ont visé des personnes "innocentes, ni puissantes, ni protégées" et "qui souillent le sens même de l'humanité". Le conseil approuve. Mais contre toute attente, le maire de Paris choisit de revenir sur la défaite de Paris à la candidature des JO de 2012. Sans fleuret moucheté.
"Nous avons fait un choix, notamment par rapport à la corruption…"
Stigmatisant l'attitude du Premier ministre britannique Tony Blair et du responsable de la candidature de Londres, l'ancien athlète Sebastian Coe, Bertrand Delanoë décoche une première flèche : "Ils n'ont pas respecté les règles. Je ne dis pas qu'ils ont flirté (avec la ligne jaune), ils sont passés de l'autre côté de la ligne. La victoire s'est faite sur autre chose que sur l'olympisme". Voilà la hache de guerre vraiment déterrée. D'autant plus que le maire va aller encore plus loin, prononçant devant l'assistance "le" mot qui tue : "corruption". Un mot qu'il s'était refusé à employer le 6 juillet, le jour de la décision du CIO. Mais lundi, face aux élus parisiens, Bertrand Delanoë a enfoncé le clou : "Nous avons fait un choix, notamment par rapport à la corruption. Ce choix, je l'assume", clame le maire. On a perdu ni sur le dossier, ni sur le respect des règles olympiques, ni sur l'éthique". Comprendre : Paris a perdu sur le terrain sportif alors que Londres a gagné grâce à quelques petites entorses au code éthique cher à feu le baron Pierre de Coubertin…
Au mieux, cette nouvelle déclaration du premier magistrat de la capitale devrait susciter l'embarras dans la classe politique française et ailleurs. Au pire, l'indignation. Claude Goasguen, le président du groupe UMP au Conseil de Paris, a immédiatement réagi, jugeant "choquantes, indélicates et presque indécentes" les "accusations malveillantes" du maire à l'égard d'une ville "touchée par une guerre et qui montre au monde qu'elle n'a rien perdu de son courage". "Quand on accuse, il faut prouver, a insisté l'élu. Ou bien Londres a triché, et encore faut-il argumenter et ne pas laisser planer le doute. Ou bien Londres n'a pas triché et il faut assumer pour l'avenir les raisons d'une défaite qui est la défaite de Paris".
Flegmatique, le porte-parole de Tony Blair a répondu que Londres avait "respecté les règles" du CIO, alors que le patron du CIO, Jacques Rogge, a affirmé que, "contrairement à ce qui a été dit, les villes candidates ont toutes respecté les règles". Tout au plus a-t-il noté que "certaines ont été proches des limites" et que, "parfois il a fallu taper sur les doigts de quelques-unes".
Photo : Bertrand Delanoë, le 5 juillet 2005 à Singapour (archives AFP).
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