Devant l'écran géant de l'Hôtel de Ville, les Parisiens affichent leur déception. © Jack Guez, AFP« Rejoins-moi vite ! C’est comme pour la Coupe du Monde ». Aux abords de l’Hôtel de Ville de Paris, une jeune fille hurle dans son portable alors que les gens continuent d’arriver par grappes sur le parvis. Dans quinze minutes, le président du CIO Jacques Rogge va donner le nom de la ville organisatrice des JO en 2012.
« Cette fois c’est nous, c’est Paris et ça sera enfin une bonne nouvelle pour la France » s’exclame Anne-Marie, venue en famille de l’Oise pour faire la fête. Car pour elle, comme pour la plupart des personnes qui sont là, le résultat ne fait pas de doute. « On file sur les Champs dès l’annonce et j’envoie des sms aux autres pour qu’ils rappliquent » explique Antoine à ses amis judokas.
Chacun regarde sa montre, l’annonce est attendue à 13h50. L’atmosphère est électrique, comme avant une bonne nouvelle qui se fait attendre. Juste à ce moment-là, une petite pluie fine et maussade commence à s'abattre sur la place. Mauvais présage ?
13h49, le millier de personnes présentes se tait pour écouter le verdict. « London » entend-on dans un silence de cathédrale. «C’est une blaque », « Incroyable », « C’est dégueulasse »,
« Le retour de la guerre des cent ans », chacun exprime avec ses mots une immense déception visible sur tous les visages. Passée la colère, les explications divergent chez les uns et les autres. « Ce n’est plus du sport les JO, c’est l’argent et encore l’argent", explique Pierre, un rugbyman de 40 ans. Le budget des Anglais était bien supérieur au notre et en plus, les Américains ont dû nous faire payer notre politique anti-Bush en reportant leurs voix sur Londres ».
"Avec la rotation des continents, je serai grand-père "
« Politique ».. Le mot est sur toutes les lèvres. « Tout ça, c’est de la politique qui n’a rien à voir avec l’esprit olympique. Tony Blair a fait un lobbying d’enfer et apparemment, ça vaut n’importe quel dossier de qualité » lance en colère Damien, un jeune Parisien qui fait de l’escrime depuis des années ». Son copain de club Vincent a, lui, fait le calcul : « je ne suis pas prêt de voir les JO à Paris moi. Avec la rotation des continents, je serai grand-père ! ». Un peu plus loin, une mère de famille en vacances à Paris se dit « très déçue et demande au CIO d’expliquer en toute transparence les raisons de son choix ». Son président est copieusement sifflé lors de son apparition sur l'écran géant qui est déjà en train d’être démonté.
Assise en tailleur sur la fausse pelouse dressée pour l’occasion, une jeune Américaine fait corps avec la déception française : « pourquoi Londres ? Paris est une ville super qui méritait les JO. J’habite ici depuis quelques mois et je trouve que la mobilisation a été vraiment réussie. C’est injuste ». Derrière elle, deux Parisiens finissent tranquillement leur pause déjeuner et tranchent avec l’amertume ambiante. « On n’a pas les JO et c’est une bonne nouvelle. Vous croyez que la France n’a pas mieux à faire que d’organiser des manifestations aussi chères ? Ce sont les Anglais qui paieront, tant mieux ». Une dame avouait craindre également des embouteillages supplémentaires dans la capitale.
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