Geneviève Beney, première femme prêtre (LCI/2005) © LCI/2005Geneviève Beney a 55 ans. Mariée, sans enfant, elle est devenue samedi la première femme prêtre française. La cérémonie s'est déroulée sur une péniche à Lyon. Installée à Saint-Victor-des-Oules (Gard), ou elle consacre son temps à de multiples engagements bénévoles, Geneviève Beney s'est rapprochée il y a quelques années de plusieurs mouvements catholiques réformateurs ou contestataires. Elle a ainsi pu suivre l'engagement de sept femmes "ordonnées" prêtres en juin 2002 sur le Danube par l'archevêque argentin Romulo Braschi, membre de l'Eglise catholique et apostolique charismatique du Christ-Roi, non reconnue par le Vatican. Ces femmes ont été rapidement excommuniées (ndlr : interdites de sacrements, mais pas exclues de l'Eglise), mais deux d'entre elles, l'Autrichienne Cristina Mayer-Lumetzberger et l'Allemande Gisela Forster, ont été "ordonnées" évêques par Mgr Braschi. Et c'est en cette qualité qu'elles devaient ordonner prêtre Geneviève Beney ce samedi.
«Permettre aux femmes d’avoir leur place dans l’Eglise»
La péniche a quitté l'embarcadère peu après 17 heures et commencé à remonter la Saône, près de la colline de Fourvière, alors que les quelque 60 personnes admises à bord entonnaient le premier chant de la célébration. Geneviève Beney, vêtue d'une ample robe d'été orange, a choisi d'embarquer sans prononcer un mot, laissant une porte-parole lire une déclaration. "Notre transgression de femmes ordonnées est légitime car c'est une question de dignité humaine (...) Pouvoir répondre en libre choix à l'appel reçu est un droit inaliénable", expliquait le texte. "Nous sommes venus à Lyon parce que c'est la ville des premiers martyrs de Gaule. Martyr, cela veut dire témoin, et notre engagement se veut un témoignage, quoi qu'il nous en coûte de douleurs, d'agressions, de solitude", a expliqué Gisela Forster. "Mais nous aimons l'Eglise catholique. Elle a perdu sa philosophie originelle, elle s'est trop focalisée sur la sexualité. Mais c'est notre Eglise, et on n'abandonne pas une amie malade", a-t-elle ajouté.
Les deux mêmes "évêques" doivent ensuite "ordonner" neuf femmes diacres ou prêtres le 25 juillet sur un bateau-mouche au milieu du Saint-Laurent, entre le Canada et les Etats-Unis. "Le but est de permettre aux femmes d'avoir toute leur place dans l'Eglise catholique, y compris leur place de service et de responsabilité", avait écrit Geneviève Beney dans le hors-série que la revue catholique contestataire "Golias" consacre à ces ordinations.
Condamnation du Vatican
En mai 1994, Jean Paul II avait réaffirmé l'interdiction de l'ordination des femmes dans une lettre apostolique, "Ordinatio Sacerdotalis", une décision qui appartient au domaine de l'infaillibilité pontificale et ne pourra donc pas être modifiée, même par ses successeurs, avait alors estimé Mgr Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI. "Une telle cérémonie constituera sans équivoque un acte grave de rupture à l'égard de l'Eglise catholique (...) Il n'y aura, en effet, aucune vérité dans les mots qui seront prononcés, ni dans les actes qui seront posés", a affirmé Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon.
Dans l'Eglise catholique, les femmes peuvent enseigner le catéchisme, animer des prières, présider des funérailles ou être aumônier de prison, mais seuls les prêtres peuvent prêcher et célébrer les sacrements (communion, baptême, mariage...). Parmi les autres religions, la majorité des Eglises protestantes, de même que l'Eglise anglicane, ont commencé à partir des années 1950 à nommer des femmes pasteurs, puis évêques. Les communautés juives libérales ordonnent également des femmes rabbins. Mais il n'y a pas de femmes imams ou popes.
Photo LCI : Geneviève Beney
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