© AFP"J'attends que le président de la République appelle le pays à un véritable sursaut, qu'il dise aux Français la vérité sur les défis que nous devons relever sans tarder, sous peine de déclin durable". Ce n’est pas le chef de l’opposition qui s’exprime ainsi mais le conseiller politique du président de l’UMP, un parti dont l’objectif fondateur était de soutenir l’action du chef de l’Etat. Mais pour beaucoup, à droite, il n’est plus vraiment question de défendre Jacques Chirac mais de prévenir une crise politique et sociale grave qui pourrait survenir avant 2007. Et le même François Fillon d’appeler à un « sursaut gaullien ». Nicolas Sarkozy, lui, file la métaphore médicale pour une classe politique qu’il juge dans le coma. «Réveillez-vous ! » a-t-il lancé dimanche à Perpignan.
Dans son face-à-face permanent avec Jacques Chirac, il n’est pas à douter que le locataire de l’Elysée aura pris également cette admonestation pour lui, tant le discours du ministre de l’Intérieur sonnait comme un réquisitoire contre des années d’immobilisme. "J'appelle à un tout petit examen critique qui ne fera pas de mal à l'image de la France (...) La France ne peut pas faire l'économie d'un travail sur elle-même que les autres ont fait (...) Le statut d'un pays n'est pas gravé dans le marbre", a-t-il martelé.
"Il n'a plus le choix des armes"
Alors que l’an dernier Nicolas Sarkozy devait encaisser tel l’employé un sévère rappel à l’ordre (« je décide, il exécute », il met aujourd’hui son patron sous pression maximale. Quelle sera la réponse élyséenne jeudi ? Nul ne le sait tant l’entourage de Jacques Chirac est avare de confidences sur la teneur de son intervention. Mais comme l'écrit ce matin l’éditorialiste de l’Alsace, Patrick Fluckiger, « le décor de ce 14 Juillet est planté, il ressemble bien plus à un pré où l'on vide ses querelles au petit matin qu'à un parc fleuri pour rencontre entre amis. Nicolas Sarkozy provoque son "chef" en duel, et Jacques Chirac n'a d'autre solution que de relever le gant. Mais il n'a plus le choix des armes. Sarkozy ne s'est pas imposé les mains vides à la porte de l'Elysée. Il a emmené dans ses bagages un arsenal de recettes anglo-saxonnes avec lesquelles il bombarde son adversaire. Non sans succès. »
Comme l’an dernier, Jacques Chirac va-t-il répliquer avec sa traditionnelle défense du «modèle français» ? «Que proposer pour convaincre que les 21 mois qui restent de son quinquennat seront utiles ?, se demande pour sa part Pierre Taribo de l’Est Républicain " Le Président n'est jamais meilleur que dans la difficulté", se rassure son entourage. Vu les nuages qui s'amoncellent, il devrait être très bon."
Reste que cette fois-ci, la marge de manœuvre relève du trou de serrure. Mais pour déplacer les lignes et retrouver une autorité présidentielle, Jacques Chirac pourrait s’élever au dessus du marasme franco-français et endosser les habits qu’il préfère, ceux du vieux sage visionnaire et planétaire. C’est l’avis de Christine Clerc dans le Télégramme de Brest : « Une fois de plus, et en dépit des humiliations subies face à Tony Blair, c'est sur la scène internationale que Chirac peut reprendre son souffle. Dans le désarroi des attentats de Londres, n'est-ce pas vers lui, le président septuagénaire, que le Premier ministre britannique quinquagénaire se tourne d'abord pour décider de poursuivre la réunion du G8 ou de l'interrompre ? Sur la scène nationale, plus question de descendre dans l'arène ». Mais après plus de quarante ans de combat politique, Jacques Chirac n’est-il pas lassé de la poussière laissée par les gladiateurs qui combattent ?
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