
Existe-t-il des "contacts" entre des trafiquants d'armes et d'explosifs d'Europe de l'est et les terroristes islamistes ? Cette question est aujourd'hui au cœur des préoccupations des spécialistes de l'antiterrorisme français, une semaine après les sanglants attentats de Londres.
Samedi, le numéro 3 de Scotland Yard, Brian Paddick avait affirmé que les engins avaient été fabriqués grâce à "un explosif de forte puissance", excluant a priori une origine artisanale. Depuis, des médias britanniques réputés sérieux – le Financial Times et le Times – ont écrit que les bombes étaient composées d'explosifs d'origine militaire qui pourraient provenir des Balkans. Une hypothèse reprise à son compte, jeudi, par Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, pour qui "il y a une forte suspicion que les charges proviennent des Balkans ou des pays de l'Est".
PEP 500
A supposer que cette information soit confirmée, ce serait "une première", assure l'ancien patron du contre-terrorisme à la direction de surveillance du territoire (DST), Louis Caprioli. "Ce serait très inquiétant", jugeait mardi le chef de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat), dans Le Monde. Pourquoi s'inquiéter de l'apparition du matériel militaire dans des attentats islamistes ? Tout d'abord parce qu'une matière explosive militaire est beaucoup plus puissante que celle d'origine chimique. Ensuite, parce que, par définition, elle n'a rien à faire dans les mains d'autres personnes que des militaires. Mais l'éclatement, depuis 15 ans, des ex-républiques soviétiques, a permis l'apparition de toutes sortes de mafias soucieuses de tirer profit des arsenaux laissés parfois dans une totale anarchie.
Ainsi, au début du mois d'avril dernier, les policiers français de la DST et de l’Office central pour la répression du trafic des armes, explosifs et matières sensibles (O.C.R.T.A.E.M.S.) ont découvert, dans un poids lourd à Hazebrouck (Nord), pas moins de 100 kg de "PEP 500", un puissant explosif militaire initialement utilisé en ex-Yougoslavie. Le chargement provenait de Bosnie. A qui était-il destiné ? Au grand banditisme, selon le magistrat en charge de l'enquête. Mais ils "peuvent servir à beaucoup de choses selon la nature de leurs destinataires", soutient une source policière citée par l'AFP.
"On ne sait pas combien il y a en a dans la nature"
Historiquement, il n'existe pas de "pont" entre islamistes et trafiquants qui appartiennent à deux mondes distincts. Mais pour Louis Caprioli, "la filière du banditisme peut être valable pour le terrorisme". "C'est malheureusement facile d'introduire ce type de matériel en Europe occidentale", estime-t-il.
S'il est prématuré d'établir un lien entre le terrorisme islamiste et les trafiquants d'armes et d'explosifs, les spécialistes de la question en France ne manquent pas de s'inquiéter de l'évaporation des matières sensibles de Bosnie. "On ne sait pas combien il y a en a dans la nature", reconnaît un policier selon qui les autorités bosniaques ne connaissent pas les quantités qui ont disparu de leurs stocks. Le trafic serait des plus lucratif : destiné à être revendu 3 à 4.000 euros le kg, le PEP 500 d'Hazebrouck avait été acquis "dix fois moins cher en Bosnie".
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