© AFPC'est un fait communément admis : même au plus fort des tensions franco-américaines, les services de renseignement des deux pays ont continué à collaborer. Des relations qualifiées même de "productives" par les intéressés. Et l'information dévoilée dimanche par le Washington Post sonne comme une piqûre de rappel en direction des Cassandre parfois pressées de dénoncer les velléités impérialistes outre-Atlantique sans examiner les contours complexes des relations entretenues notamment entre Paris et Washington.
D'après le quotidien américain, au-delà des coopérations normales existantes entre services de renseignement, la CIA et la DGSE, les services secrets américains et français, auraient créé en 2002 un centre secret antiterroriste nommé "Alliance Base", basé à Paris et dirigé "par un général français assigné à la DGSE". Détail cocasse : la cellule, qui comprendrait également des agents britanniques, australiens, canadiens et allemands, communiquerait en français dans le texte. Le but : analyser les mouvements transnationaux des terroristes suspects et lancer des opérations pour les capturer ou les espionner. Cette coopération entre les deux pays aurait notamment permis d'interpeller le 3 juin 2003 un allemand converti à l'islam, Christian Ganczarski, considéré comme "l'un des plus importants membres européens d'Al-Qaïda vivants" et depuis incarcéré en France.
Guerre de l'information
Selon le Washington Post, Alliance Base s'appuierait sur les "forces des deux parties" : la CIA "apportant ses moyens, notamment financiers, et son réseau mondial", tandis que la France mettrait à profit "ses lois sévères, sa surveillance des groupes musulmans radicaux et ses réseaux dans les pays arabes" et dans ses anciennes colonies. Un "acteur du monde du renseignement", interrogé lundi par Le Figaro, confirme l'existence d' "Alliance Base" : "La structure est uniquement focalisée sur la lutte contre al-Qaida, c'est pour cela que le nom de code de 'Alliance base' a été choisi, en référence à l'organisation de Ben Laden dont le nom signifie la base."
Si elle venait à être reconnue officiellement, l'existence d' "Alliance Base" illustrerait à merveille la guerre de l'information que se mènent les grandes nations. Ainsi, au début de l'année 2003, au moment même où Donald Rumsfeld critiquait publiquement la France pour, disait-il, sa non-participation "au combat contre le terrorisme", Paris envoyait 200 membres de la DGSE pour une mission secrète en Afghanistan sous commandement… américain.
"Des choses vraies, d'autres plus fantaisistes"
Tandis que ni la CIA, ni l'ambassade de France à Washington, n'ont voulu commenter ses informations, la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie a reconnu lundi "une coopération très poussée avec les Etats Unis" pour lutter contre le terrorisme, sans confirmer l'existence de la structure évoquée par le Washington Post. "Nous avons renforcé notre coopération", a concédé la ministre, citant "des actions de renseignement, des actions de prévention et des actions sur le terrain" notamment en Afghanistan. Au final, Michèle Alliot-Marie dénombre dans l'article du Post "des choses vraies, d'autres plus fantaisistes".
Quand la CIA traquait les terroristes depuis une base française |
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