
Début juillet, Le Monde titrait : « Les lenteurs du plan Borloo menacent le pari sur l’emploi ». Un mois plus tard, c’est la divine surprise pour le gouvernement. Tombés jeudi soir, les chiffres de l’emploi pour le mois de juin ont de quoi réjouir Dominique de Villepin et son ministre de l’Emploi. Pour la première fois depuis quatre ans, le taux de chômage est en net recul et s’établit à 10,1%. Le Premier ministre n’aura donc pas à patienter jusqu’à la rentrée pour se réjouir d’un premier renversement de tendance, mais il le fera loin des micros. En effet, à Matignon, la consigne est plus que jamais à la prudence. "Il faut que nous allions plus vite pour soulager cette inquiétude, cette angoisse du chômage » a réagi vendredi matin le chef du gouvernement, lors d’une visite de terrain. Même modestie chez Jean-Louis Borloo pour qui « il faut raison garder (…) les chiffres ont un sens de trimestre à trimestre, sur un mois il faut rester prudent". Malgré tout, « on voit bien les effets du plan", explique-t-il.
A quoi en effet attribuer cette baisse surprise ? La question est sur toutes les lèvres et les réponses des politiques divergent sans surprise. François Hollande évoque une baisse "optique et statistique", essentiellement due à des radiations "systématiques" et à la relance du "traitement social du chômage". Pour le président de l’UDF, l’explication est plutôt d’ordre démographique. "Moins de gens entrent sur le marché du travail" explique François Bayrou. Au delà de la polémique, il semble plutôt que l’amélioration de l’emploi soit due à un effet double : les premiers fruits du plan Borloo et des signes de reprise de l’activité économique créatrice de "vrais emplois". Ainsi, le ministre de l’Emploi a souligné les "premiers effets" de son plan de cohésion sociale, citant notamment la progression des contrats d'apprentissage et des recrutements dans le domaine des services à la personne. La relance des contrats aidés a également commencé à faire sentir ses effets.
"Frémissement de l'activité"
Toutefois, la montée en charge des contrats aidés dans le secteur public (communes, associations, hôpitaux, rectorats, …) a peut-être accompagné le recul du chômage mais ne l'explique cependant pas en totalité, estiment les économistes, qui y voient aussi le signe d'un "frémissement de l'activité". L'amélioration de juin "traduit la légère remontée des perspectives d'embauche des entreprises, tant dans l'industrie que dans les services", jugent les analystes de Natexis Banques Populaires. "Il semblerait que, devant le frémissement de l'activité, les comportements des chefs d'entrerpises aient commencé à se débloquer" estime l'institut d'études économiques XERFI.
Selon l'Insee, la baisse du chômage devrait s'accélérer au cours des prochains mois. Et à Matignon, on compte sur les effets accélérateurs du « contrat nouvelle embauche » (CNE). En effet, comme le souligne le XERFI, « en diminuant significativement le coût des licenciements dans les PME de moins de 20 salariés (qui représentent tout de même 96% des entreprises françaises et 40% de l’emploi privé), le CNE pourrait permettre au chômage de passer en moyenne de 10,1% en 2005 à 9,3% en 2006 ». Si cette prévision se réalisait, Dominique de Villepin remporterait alors un succès politique personnel dont les effets dans l’opinion ne manqueraient pas d’être scrutés de près. La présidentielle est en effet prévue l’année suivante.
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