Quelques vérités sur les drogues du violeur

Par Propos recueillis par Philippe MATHON, le 28 juillet 2005 à 06h35 , mis à jour le 27 juillet 2005 à 18h44

Pour la première fois en France, des médecins se sont penchés sur les crimes et délits commis grâce à une "soumission chimique". Un travail d'information à destination du grand public et des professionnels de la santé qui tord le cou à bon nombre d'idées reçues. Interview de Michel Mallaret, médecin-pharmacologue au CHU de Grenoble.

Le docteur Michel Mallaret, du CHU de Grenoble (Photo D.R.)Le docteur Michel Mallaret, du CHU de Grenoble (Photo D.R.)

Phénomène répandu aux Etats-Unis, la "drogue du violeur" a fait son apparition en France il y a quelques années. Un phénomène encore marginal - mais en augmentation régulière - que les médias n'ont pas manqué de relater. Aussi, durant deux années (juillet 2003-mars 2005), l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a lancé une étude nationale afin d'évaluer l'ampleur des crimes et délits commis grâce à l'usage d'une "soumission chimique" avérée, que ce soit un médicament ou une drogue.

Une grande première qui, si elle ne prétend pas apporter une photographie exacte de la situation, a le mérite de tordre le cou à bon nombre d'idées reçues. Interrogé par tf1.fr, Michel Mallaret, médecin-pharmacologue au CHU de Grenoble et président de la commission nationale des stupéfiants et psychotropes à l'Afssaps, nous en détaille le contenu.

tf1.fr : Qu'entend-on par "soumission chimique" ?
Michel Mallaret :
C'est l'administration, à des fins criminelles et délictuelles, d'une substance psycho-active (médicaments – somnifères ou tranquillisants - ou drogues – le GHB, notamment). Pour faire simple, c'est l'histoire classique d'un produit mis dans le verre d'une victime à son insu. Celle-ci va connaître une certaine somnolence et risquer un viol ou un vol.

drogue viol flacons ghbtf1.fr : Pourquoi avoir lancé cette étude ?
M.M. :
La soumission chimique est un problème connu depuis longtemps mais resté tabou : on ne voulait pas trop en parler par peur de susciter des vocations... Mais, maintenant, il faut penser aux victimes et les prévenir des risques qu'elles encourent car les délinquants, eux, sont tout à fait conscients de ce phénomène. Au niveau des médecins comme du grand public, il y a une sous-estimation des cas et un manque d'information.

tf1.fr : Vous avez constaté 119 cas avérés de soumission chimique en France entre 2003 et 2005. Comment avez-vous procédé ?
M.M. :
 Notre travail se situe en amont d'une plainte judiciaire. Nous sommes parvenus à ce chiffre en confrontant l'histoire clinique du patient (quels médicaments prend-il habituellement ?) et les analyses toxicologiques réalisées sur lui. Tout cela nous permet de vérifier son scénario et d'être certain que le produit absorbé l'a été à son insu.

"Le GHB ? Seulement 5 % des cas"

tf1.fr : Quels produits les agresseurs utilisent-ils ?
M.M. :
Dans la grande majorité des cas, des tranquillisants et somnifères de la famille des benzodiazépines. Le GHB (un anesthésiant, très utilisé aux Etats-Unis, appelé "drogue du violeur", ndlr) n'apparaît que dans 5 % des cas.

tf1.fr : Peut-être parce que cette substance disparaît rapidement de l'organisme et que les victimes n'ont pas le temps de faire procéder à des tests médicaux ?
M.M. :
C'est vrai que cela peut être une explication. Le GHB reste difficile à détecter dans le sang, l'urine ou les cheveux, car il nécessite des appareils très sophistiqués. Il faut en outre que les patients consultent rapidement et que les médecins aient le réflexe de stocker ces prélèvements à des fins d'analyse.

tf1.fr : Dans quel but les agresseurs utilisent-ils cette soumission chimique ?
M.M. :
C'est très varié. Bien sûr, le viol et le vol sont les cas les plus fréquents. Mais nous avons aussi des histoires de violences physiques, de captation d'héritage ou d'embrigadement sectaire.

tf1.fr : Qui sont les victimes ?
M.M. :
Des femmes, principalement (60 %), d'un âge moyen de trente ans. Les victimes masculines (40 %) ont en moyenne 35 ans. D'après notre étude, les femmes abusées sont souvent violées, alors que les hommes subissent majoritairement un vol, avec ou sans violence.

tf1.fr : Y a-t-il des personnes plus exposées que d'autres aux soumissions chimiques ?
M.M. :
Oui, notre étude montre que, si une personne prend habituellement et volontairement des doses importantes de tranquillisants, d'alcool ou de cannabis, cela la rendra plus vulnérable aux effets d'une soumission chimique.

"En France, il y a une sous-estimation
du nombre de victimes"

tf1.fr : Le coût d'une analyse toxicologique ne constitue-t-il pas un frein pour les victimes ?
M.M. :
Pour que les analyses soient prises en charge par l'assurance-maladie, les victimes doivent être hospitalisées. À défaut, il faut qu'elles portent plainte pour voir leurs frais couverts par la justice. Tout cela a son importance, quand on sait qu'une analyse complète (urinaire, sanguine, capillaire) coûte environ 1 600 euros...

tf1.fr : Les hôpitaux ont-ils les moyens nécessaires pour réaliser ces tests ?
M.M. :
En principe, oui. Si ce n'est pas le cas, ils envoient une partie des prélèvements dans d'autres établissements qui disposent de l'appareillage suffisant pour procéder à des analyses plus poussées.

tf1.fr : 119 cas entre 2003 et 2005, c'est finalement très peu…
M.M. :
C'est peu et beaucoup à la fois. En Allemagne, ils n'ont recensé aucun cas. Pourquoi ? Parce qu'ils ne les recherchent pas. Mais il est vrai qu'aujourd'hui, en France, on sous-estime le nombre de victimes des soumissions chimiques. Pour une question d'argent, certains renâclent à consulter un médecin, même si, on l'a vu, il existe des solutions pour obtenir une prise en charge des frais engagés. Il y a également toutes ces personnes qui ne souhaitent pas porter plainte ni aller voir un médecin car elles redoutent de constater que leur agresseur est un proche. À tort, elles se sentent coupables.

tf1.fr : Qui sont les auteurs de cette soumission chimique ?
M.M. :
Nous nous sommes rendus compte que, dans 26 % des cas, l'agresseur est connu de la victime. C'est donc beaucoup plus fréquent qu'on ne le croit. Ce n'est pas seulement un inconnu rencontré par hasard dans une boîte de nuit. Dans la plupart des cas, l'agresseur glisse son produit dans une boisson, très rarement dans un aliment. Les faits surviennent lorsque les victimes sont à leur domicile ou chez l'agresseur (45 %), dans un lieu festif (22 %), dans un lieu public, voire dans une chambre d'hôpital.

tf1.fr : Quels enseignements pouvez-vous tirer de cette étude ?
M.M. :
Pour nous, l'intérêt est de pouvoir déterminer le type de substances utilisées dans les cas de soumission chimique. Cela permet de réfléchir ensuite aux mesures à prendre afin de prévenir ces actes. On pourra, par exemple, recommander aux médecins de réduire les prescriptions de tel médicament, règlementer sa délivrance en pharmacie et demander aux laboratoires pharmaceutiques concernés d'ajouter un colorant ou une substance amère afin de les rendre plus facilement détectables par les victimes potentielles. Evidemment, tout cela ne réglera pas définitivement le problème mais permettra d'en limiter les risques.

tf1.fr : Quels conseils peut-on donner à une personne qui pense avoir été victime d'une soumission chimique ?
M.M. :
Le plus urgent est de consulter un médecin généraliste ou d'aller aux urgences d'un hôpital. Le but : faire un examen clinique et s'assurer que la personne n'a pas d'autres maladies susceptibles d'expliquer son trouble de mémoire ou de la vue, son endormissement soudain ou ses lésions traumatiques. Ensuite, il faudra faire des prélèvements sanguins, urinaires et éventuellement capillaires à l'hôpital en cas de forte suspicion de la présence d'une substance non prise habituellement par la victime.

Photo : le docteur Michel Mallaret, du CHU de Grenoble (D.R.).

Par Propos recueillis par Philippe MATHON le 28 juillet 2005 à 06:35
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17 Commentaires

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  • Odriss, le 30/07/2005 à 23h05

    A X,Lyon et bient x il est temps que vous lisier le coran : le jihad existe mais il n'a pas ecrit pour les infidels le jihad ce la veut dire marthyr toute personne mort au combat est un marthyr sauf des asassin comme a ny bali casa madrid ect...ou londres

  • Jb, le 29/07/2005 à 16h05

    Les kamikazes japonais pendat la seconde geurre mondiale n'était pas drogués puisqu'ils étaient mis au courant de leurs missions quelques jours à l'avance. certes me direz-vous c'était une guerre mais aujourd'hui les kamikazes comme ceux de londres, madrid ou tel aviv se pensent en guerre. Malheureusement on peut perdre la raison sans être drogué.

  • X, le 29/07/2005 à 10h58

    Il est possible que l'on drogue ces "bombes humaines" , mais ce n'est qu'une hypothese, qui ne vise, a mon sens, tout comme le commentaire d'Isabelle, qu'à victimiser les poseurs de bombes. on croit réver, faire de ces terroristes, des victimes. syndrome de stockholm ? Alors, que dire des écoles coraniques au Pakistan? Que dire des sourates appelant au meurtre de l'infidele ? Que dire de celles ou il est dit qu'un Musulman agissant pour la Jihad aura une place de choix au paradis? Certes, ce ne sont que des lignes de texte tout comme on peut certainement en trouver dans d'autres textes, mais affirmer que le conditionnement ne peut pas a lui seul permmettre d'obtenir des bombes humaines, c'est considérablement diminuer la force du verbe et de l'esprit humain. Je persiste a affirmer que tant que nous jugerons le monde avec notre vision "judéo chrétienne", en ommettant que d'autres cultures ont une vision différente, nous ne réglerons pas le probleme du terrorisme, ni aucun des problemes de notre monde. Enlever aux autres leur vision des choses et leur destin, en voulant les conformer à notre modele; créer une société mondiale à l'image de la notre en faisant fi des aspirations des autres cultures...n'est ce pas la le pire des racismes ?

  • Alain Kadlec, le 28/07/2005 à 18h46

    Plus d;info ici http://www.cybersciences.com/cyber/3.0/N2957.asp

  • Saint-marc, le 28/07/2005 à 18h30

    Monsieur X de Lyon. Il faut peut-être argumenter plus que dans un film du même nom. On dit simplement que vu le nombre des types qui se font sauter par explosif, on se pose la question de savoir pourquoi certains- aussi nombreux- sortent des comportements physiologiques humains.On se pose simplement la question de savoir si oui ou non, on peut suspecter un comportement chimiquement modifié. Les kamikases japonais prenaient un verre de saké avant qu'on les mettent dans leur cockpit...Les IRS sont un saké moderne, facile d'utilisation et compatible avec la religion...Mais ce n'est pas le sujet de l'article.

  • Florence, le 28/07/2005 à 18h21

    Pour repondre a isabelle de paris, eh bien justement ce serait bien d'essayer de comprendre ce qui est imcomprehensible et inexcusable, c'est comme ca qu'on peut essayer de trouver des remedes justement et pas en restant les bras croises.Et si c'est incomprehensible c'est justement parce que la culture occidentale ne permet pas de comprendre ces faits et donc je pense que X a raison.Donc je pense qu'il y a endoctrinment mais pas de drogue contrairement aux violeurs de cet article.Et l'endoctrinement peut avoir lieu aussi bien chez les defavorises en quete d'identite que chez les intellectuels.

  • Alban, le 28/07/2005 à 17h53

    Je pense que les gens qui ont perdu un proche lors de tueries-suicide comme il s'en passe aux USA (souvent dans les écoles) mais aussi en France (il y a peu,un père qui tue ces 2 enfants puis retourne l'arme contre lui) doivent être bien content d'apprendre que le suicide ne fait pas parti de la "culture judéo-chrétienne". Peut-être même que leur deuil est désormais plus facile à vivre. Et je ne parle pas du Temple Solaire (secte "judéo-chrétienne s'il en est).

  • Doc, le 28/07/2005 à 17h24

    A Isabelle, Paris. Et pourtant ca n est pas incomprehensible. En tant que francais ayant vecu dans mon enfance (de 1980 a 1985) en Algerie. Je peux vous dire qu il y a des choses a comprendre (pas a justifier). Mais je ne tenterai meme pas de vous expliquer. Monsieur X a raison quelque part.

  • Niko, le 28/07/2005 à 16h51

    Le GHB peut être aparenté à une drogue, dans le milieu branché et flyé nord americain les jeunes noctembules consomment du ghb,les effets sont catastrophiques, perte de memoire, evanouissement, perte des reflexes defensifs. Le liquide est incolore et inodore, il peut etre melangé sans etre reperé, les filles ou gars se font ramenés chez eux par un predateur sexuel et sont violés sans pouvoir protester, le souvenir ne revient que le lendemain. Les conseil sont de sortir et de rentrer qu'accompagner, de ne pas laisser trainer son verre, accepter un verre d'un inconnu mais toujours garder un oeil dessus.

  • Isabelle, le 28/07/2005 à 16h39

    Je ne suis pas d'accord avec "X" de Lyon. La réputation des lieux dans lesquels on sort n'a rien à voir avec la qualité des personnes que l'on y rencontre ... Ce serait trop facile de raisonner de la sorte, non ? Des malades mentaux pervers et lâches, il y en a malheureusement partout, et il faut se méfier, quelque soit le lieu. Quant à une soit-disante mentalité "judéo chrétienne" qui empêcherait laurence et saint marc de pouvoir analyser correctement le comportement des kamikazes, excuses-moi, mais tout ce que je vois, ce sont les victimes innocentes sacrifiées, des familles détruites, des vies brisées ... Le reste m'importe peu et je ne cherche même pas à "comprendre" ce qui, pour moi, est incompréhensible et inexscusable.

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