Schuller raconte sa cavale

Par D'après AFP, le 11 juillet 2005 à 21h51 , mis à jour le 12 juillet 2005 à 09h18

L'ancien élu RPR, principal prévenu dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine, a accusé lundi Me Francis Szpiner, avocat proche de Jacques Chirac, ainsi qu'un "cabinet noir" du chef de l'Etat, d'avoir organisé sa fuite à l'étranger entre 1995 et 2002.

schuller à sa sortie de prison © INTERNE

Il l'a qualifie de "plus grande connerie" de sa vie. Didier Schuller a raconté lundi devant le tribunal correctionnel de Créteil les conditions de sa fuite de sept ans en République dominicaine, initiée selon lui en 1995 par un "cabinet noir" de campagne de Jacques Chirac. "Oui j'ai fait cette immense connerie, la plus grande de ma vie. J'y ai été poussé, j'ai manqué de courage, je le paie aujourd'hui", a lancé l'ancien élu RPR, qui s'exprimait pour la première fois devant le tribunal sur cet épisode clé de l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine, dont il est le principal prévenu.

Un homme a été au centre de ses attaques : son ancien avocat Me Francis Szpiner, un proche du chef de l'Etat. Selon Didier Schuller, c'est lui qui en février 1995 lui aurait enjoint de "quitter immédiatement le territoire national", puis aurait organisé sa fuite depuis Genève. A l'époque des faits, en pleine campagne présidentielle, l'affaire Schuller-Maréchal - une tentative de déstabilisation du juge d'instruction Eric Halphen avec la complicité d'une partie de la hiérarchie policière - empoisonne la campagne du Premier ministre Edouard Balladur.

Rumeurs

Didier Schuller sous-entend que le "clan" Chirac aurait organisé sa fuite à la fois pour ralentir l'enquête sur le financement du RPR tout en plombant encore un peu plus la candidature Balladur. "A ce moment là, raconte-t-il, je suis à un million de kilomètres de penser que Francis Szpiner, radical de gauche, ami de 30 ans, est depuis quelques mois le sous-marin du cabinet noir de campagne de Jacques Chirac, dirigé par Dominique de Villepin", l'actuel Premier ministre.

A l'invitation de son défenseur, le conseiller général se rend donc en toute hâte en février 1995 à Genève. Là, raconte-t-il, Francis Szpiner lui fait rencontrer un agent des services secrets qui lui dit qu'il a entendu "des rumeurs" faisant état d'un "contrat" sur sa tête". "J'ai eu peur", dit-il.

Peu après, un compte en Suisse "Jungle" est ouvert au nom de Schuller. 18 millions de francs y sont versés, dont une grande partie en liquide. L'ancien conseiller général dit tout ignorer de cette somme : "moi j'avais 2 millions de dollars de fortune personnelle, le reste je ne suis au courant de rien". Il sous-entend qu'il a même pu être spolié par un gérant de fortune suisse, Jacques Heyer, qu'il accuse de "tripatouillages".

"Des conséquences déplorables"

Après Genève il se rend à Londres, puis au Bahamas, avant de gagner la République dominicaine. "J'avais perdu tous mes amis politiques, quand je les appelais j'étais un pestiféré", poursuit Didier Schuller. Il ajoute qu'après l'élection de Jacques Chirac à la présidence il a cherché à rentrer. "Francis Szpiner m'a dit 'Non, c'est trop tôt'". "Le seul dans les Hauts-de-Seine qui m'ait incité à revenir c'est Patrick Balkany", raconte encore l'ancien élu.

Député-maire (UMP) de Levallois-Perret, coprévenu à ses côtés, ce dernier confirme : "Quel intérêt j'avais à ce qu'il parte? Après son départ, on (les balladuriens, NDLR) a perdu les présidentielles (...) Tout cela a eu des conséquences déplorables...", raconte-t-il en soupirant.

Joint au téléphone par l'AFP, Me Szpiner a indiqué que le fait d'avoir été l'avocat de Didier Schuller l'avait "effectivement conduit à recueillir des confidences" de ce dernier que le "secret professionnel" lui interdit cependant de dévoiler.

(Image d'archives/DR)

Par D'après AFP le 11 juillet 2005 à 21:51
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