© AFPJean Philippe, 34 ans, cadre dans une banque d'affaire américaine : "Les Anglais ne cèdent pas à la panique"
"Je vis à Londres depuis 1994 et travaille à Canary Wharf, le nouveau district financier à l'est de la City. Ce matin, j'ai trouvé le métro moins bondé que d'habitude, mais c'est certainement à cause des vacances scolaires qui commencent. Ici, la vie continue tout à fait normalement, même si les gens sont plus vigilants et les patrouilles de sécurité sont renforcées.
Hier soir, je suis rentré chez moi vers 17h30 par la Jubilee Line qui fonctionnait normalement, peu après la réouverture de la station Canary Wharf, puis par le train au départ de la gare de Waterloo. Certains trains avaient été annulés, mais les Londoniens ont l'habitude des problèmes de transport, tout comme ils ont l'habitude des campagnes terroristes dans la capitale.
Les Anglais, les Anglais, connus pour leur “stuff upper lip” (flegme) ont décidé à juste titre de ne pas céder à la panique. Ce serait donner trop de crédibilité à cette barbarie."
Régis, 35 ans, travaille dans un hôtel : "Combien de personnes perdent leur vie tous les jours en Iraq? "
L'établissement dans lequel je travaille a un taux d'occupation de 80 a 100% tout les jours... donc il y a toujours des touristes et la vie ne s'est pas arrêtée jusqu'à maintenant ! La majorité des Londoniens positivent. Nous sommes passés par là avec l'IRA durant des années. Maintenant, ne soyons pas surpris, je pense que tout le monde le sentait venir et il y aura certainement d'autres bombes dans les semaines a venir. Mais bon que devons-nous faire? Nous enfermer chez nous et fermer les yeux ? Non ! Personnellement j'aimerai voir ces incidents être médiatisés de manière moins dramatique... Oui, 56 personnes sont mortes il y a deux semaines et c'est terrible. Mais combien de personnes perdent leur vie tous les jours en Iraq ?
Certes il faut rester vigilant, mais arrêtons la panique télévisée et cette propagande qui fait beaucoup de plaisir a Mr Ben Laden et ses amis... Moi je sortirai ce soir avec mes amis et je suis sûr que nous serons beaucoup à défier cette situation. Londres et ses habitants sont très fiers et très courageux. COME ON !!!
Eric, 39 ans, responsable de stratégie marketing : "Inquiétant, mais pas de quoi changer ses habitudes"
"Même s'il est évident que les risques ont énormément augmenté ces dernières semaines à Londres, je trouve ridicule d'entendre des gens dirent qu'ils vont annuler leur abonnement de métro ! Comme pour tout événement, nombreux sont ceux qui déclarent avoir échappé de justesse, histoire de dire "je faisais partie de l'événement" ! Ceci est sans intérêt dans la mesure où, soit ils étaient sur site au moment des attentats (ce que je ne souhaite à personne), soit ils n'y étaient pas (même s'ils n'étaient pas loin) ! Il n'y a pas de demi-mesure !
J'habite à Londres depuis 8 ans et les stations de métro que j'ai utilisées pour me rendre au travail ont été Aldgate, Russell Square et Liverpool Street [des stations touchées par les attentats du 7 juillet, ndlr]. Pourtant, sur un réseau de transport prévu pour transporter des millions de Londoniens tous les jours, la probabilité que je me trouve sur la ligne, dans la rame de métro, dans la station et à l'heure d'un attentat reste infime ! Inquiétant, certes, mais pas de quoi changer ses habitudes ! Sinon, que fera-t-on si des bombes commencent à exploser dans les gares ou dans la rue ? Une seule solution : Ne plus sortir et rester chez soi !
La route est sûrement plus risquée que le métro. Combien s'arrêtent de conduire pour autant ? Les Londoniens, comme bien d'autres, ont connu les bombardements et ont continué à vivre malgré tout ! Changer ses habitudes ferait le jeu des terroristes ! J'ai pris le métro hier malgré les attentats, et ce matin encore, et je suis heureux de voir que l'écrasante majorité des Londoniens ne cède pas à la panique ! "Way to go !"
Clarisse, 36 ans, cadre dans une agence de communication : "Ici, les choses ont changé…"
"Cela fait 8 ans que j'habite à Londres. Le bureau dans lequel je travaille se trouve directement au-dessus de la station de métro Covent Garden, qui est d'ailleurs toujours fermée depuis les attentats du 7 juillet. Depuis 2 semaines, les choses ont changé à Londres, on a peur de tous les transports en commun ou de se trouver au milieu d'une foule. On obverse ce qui se passe autour de nous, y-a-t-il quelqu'un de suspect autour de nous ? Beaucoup de mes collègues ont acheté un vélo pour venir au travail. Est-ce que la vie a Londres va redevenir normale ? C'est bien triste ce qui arrive..."
Franck, 30 ans, trader : "Les gens sont déterminés à vivre normalement"
"Je vis moi-même à Londres depuis 5 ans et demi, et je travaille a côté de Liverpool Street. Les gens ici sont déterminés à vivre normalement, et il en faudra bien plus pour nous obliger à rester chez nous. Je prends le métro, je vais au restaurant, au théâtre, ca ne sert a rien de "psychoter" et s'enfermer chez soi... Quant aux réactions des Français de France qui critiquent la police sans savoir de quoi ils parlent, je leur conseille de rester là où ils sont..."
Gaëlle, 27 ans, travaille pour une compagnie d'échanges culturels avec les Etats-Unis : "Il faudrait vraiment que toute cette folie cesse…"
"Je travaille à Londres depuis 2 ans et demi et je travaillais a New York durant les événements du 11 septembre 2001… Je me sens plutôt chanceuse d'être encore en vie en ce moment. Je commence à vraiment regarder autour de moi dans la rue, dans le métro, etc. Il faudrait vraiment que toute cette folie cesse, les problèmes du monde d'aujourd'hui donnent vraiment de tristes résultats et je me demande vraiment pourquoi nous en payons tous les conséquences...
Même si le message du gouvernement est de rester fort et de ne pas se laisser impressionner par les terroristes, au travail tout le monde "sursaute" à la moindre alerte des news, par peur que cela ne recommence…"
Johanna, employée de banque : "Je n'ai pas renouvelé mon abonnement de métro…"
"Je suis à mon travail, dans la City et j'habite à Oval et je ne sais pas ce qui s'est passé là-bas... Mon ami est à la maison et va bien. Il a pris le métro à Oval aujourd'hui mais était rentré au moment des faits. Ici, les collègues semblent moins impliqués que la dernière fois. Certainement moins concernés...
Je n'ai pas renouvelé mon abonnement de métro suite aux attentats du début du mois, je voyage en bus pour le moment.
Je ne me sens plus du tout en sécurité ici à Londres... Je ne sais pas quoi penser... est-ce que la psychose d'il y a 2 semaines a donné des idées à de petits plaisantins ou est-ce une vraie alerte du même style ?? Je ne sais pas.... La dernière fois en rentrant chez moi, je me disais, au moins dans le sud de Londres, nous sommes tranquilles... J'avais tort...."
Xavier, 28 ans, Ingénieur : "Ne pas tomber dans le piège des extrémistes !"
"Je trouve déplorable qu'encore une fois l'on remette en cause la religion. Même ici, en Angleterre, le pays ou se sont passés les attentats du 7 juillet, la population n'est pas autant agressive envers les musulmans ou habitants de pays du Proche et Moyen-Orient. Surtout que rien n'indique que ce soit un attentat ! D'accord, quatre incidents ont eu lieu dans 3 stations de métro et 1 dans un bus. Curieuse coïncidence tout de même ? Et encore plus curieux qu'AUCUNE de ces soi-disant bombes n'a fait de gros dégâts, ne serait ce que matériels mais aussi humain.
Bien sûr que je suis soulagé que personne n'ait été blessé (à part le porteur d'un des sacs a dos qui contenait un "détonateur"), mais encore une fois il faut arrêter d'être naïf. La réaction de beaucoup de personnes, spécialement de Francais est EXACTEMENT ce que les réseaux extrémistes attendent : une discrimination qui va inciter à une haine entre religions et donc engendrer une recrudescence d'extrémistes. Ne soyons pas dupe, je nous pensais plus intelligents que ça".
Anne, 32 ans, assistante de rédaction : "Un problème complexe qui ne pourra pas se résoudre rapidement"
"Je suis enfin rentrée, après 2h15 de trajet en grande partie à pied entre Warren Street (mon lieu de travail) et chez moi (à Walthamstow). Le métro était partiellement en service, mais la station de métro Warren Street était encore fermée à la circulation et aux piétons quand je suis partie du travail vers 18h20, heure de Londres. Une nouvelle fois, les gens étaient calmes, comme le jour des premiers attentats. Ils suivaient les instructions des policiers pour trouver leur chemin, et des bénévoles étaient sur les lieux en camion, pour distribuer des bouteilles d'eau aux passants.
Il y a eu un effet surprise dans le sens où personne ne s'attendait à ce que des incidents très similaires se reproduisent si peu de temps après ceux du 7 Juillet dernier. Londres a été souvent frappé par le terrorisme il y a une vingtaine d'années, et l'expérience des services d'urgence et des Londoniens fait qu'il n'y a pas d'effet de panique. Lors de l'annonce des incidents aujourd'hui, j'ai d'ailleurs reçu des instructions des mes supérieurs hiérarchiques, disant que nous devions rester dans les bâtiments, et continuer notre travail normalement. Je recevais régulièrement des informations sur l'état des transports en communs.
Personnellement je n'ai pas peur, même si les endroits touchés récemment par les terroristes me sont très familiers. Je suis d'avis qu'il ne faut pas leur donner la satisfaction que notre vie de tous les jours soit affectée par leurs actions. Aussi terribles soient elles, la vie doit reprendre son cours normalement.
Fort heureusement, aujourd'hui, il n'y a pas eu de blessés ni de victimes. Par contre, nous savons désormais que cela peut se reproduire n'importe quand, même avec un niveau de surveillance très accru, comme c'est le cas depuis le 7 Juillet. Comme quoi, il faut faire très attention. En même temps, il ne faut pas pour autant être paranoïaque, par contre, la vigilance est nécessaire. Il est certain que ce genre d'attaques risque de se reproduire ici à Londres dans l'avenir, et je pense que c'est un problème tellement complexe qu'il ne pourra pas se résoudre rapidement.
Demain, en tout cas, j'irai travailler si les transports en commun me permettent de parvenir à ma destination sans trop de problème."
Alexandra, 24 ans, cadre à la City University : "Envie de me battre psychologiquement contre les terroristes"
"L'angoisse est pesante surtout pour des gens comme moi qui sont sur Londres depuis seulement quelques années. Mes amis francais ou étrangers sont beaucoup plus paniqués que les Anglais que je connais car ils ont vécu l'IRA et bien d'autres menaces et violences.
Mais ce sentiment de soutien permanent de la population et cette force d'esprit de dire qu'on ne changera pas notre quotidien quelle que soit la menace sont vraiment très forts ! Et j'avoue que ce sentiment m'envahit aussi et je veux me battre psychologiquement contre les terroristes car c'est la seule bataille que la population peut engager ! Je ne veux pas gâcher la beauté de cette ville cosmopolite !!! Si on retourne dans notre pays d'origine pour fuire la menace, alors c'est tout Londres qui s'écroule ! "
Raymond, employé à la Poste britannique : "Nous ne pouvons pas anticiper ces attaques"
"Aujourd'hui, je me trouvais une fois de plus dans les transport en commun au moment même ou ces nouveaux incidents se sont produits. J'allais déjeuner du côté de Tower bridge, dans la city. Nous avons été évacués très rapidement de la station de Moorgate, un peu plus bas que King's cross et Old street, lieu ou je travaille. Le temps de réaction a été très rapide, et s'est déroulé dans le calme, flegme britannique oblige !
Il semblerait que ces attaques soient d'une plus faible intensité que la fois précédente, mais ce qui me fait un peu peur, c'est le peu de temps qui s'est écoulé entre ces deux attaques.
Par contre, je tiens vraiment à exprimer ma colère a propos des réactions de gens qui parlent de choses qui se passent à des kilomètres d'eux et qui disent que les forces de l'ordre ici ne font pas leur travail correctement. Je voudrais simplement leur dire ceci : si une personne a l'intention de se faire "exploser" au milieu d'autres personnes, il le fera et ce même si il y a des agents de police à chaque barrière de métro et à chaque station de bus.
Nous ne pouvons pas anticiper ces attaques et les forces de l'ordre n'ont qu'une chose à faire : réagir le plus vite possible, ce qu'ils font très bien ! Je pense que les Parisiens n'ont pas conscience de l'étendue du réseau de transport londonien (toutes les zones du métro parisien ne représentent que la zone 1 et 2 - sur 6 plus zone A, B et C - du réseau de Londres) an moment même ou je vous écris, un message oral au sein de mon bureau nous apprend qu'aucune victime n'a été recensée et nous conseille de commencer à quitter le bureau, sachant que ce soir nous allons, pour la plupart rentrer a pied".
Olivier, travaille à la City : "Je commence vraiment à avoir peur…"
"Je travaille à Londres depuis deux mois et deux séries d'attentats en 2 semaines ça commence a être difficile a vivre. J'habite près de la station Edgware Road ou une bombe a explosé il y a 15 jours, et à deux stations de Shepherd's Bush ou il y a eu un "incident" aujourd'hui. Je ne sais pas comment je vais rentrer ce soir, mais je vais sûrement encore devoir marcher 2 heures depuis la City ou je travaille.
Je commence vraiment à avoir peur et je ne suis pas sûr de venir travailler demain. C'est dommage car j'adore cette ville, mais elle devient dangereuse".
Julia, à Londres depuis 2 mois : "Inquiète du cours que prennent les choses"
"Apres l'annonce des événements, tout le monde est resté calme et a continué de travailler. Je suis inquiète du cours que prennent les choses et je me demande si je ne vais pas finalement rentrer en France définitivement..."
Marie-Anne, à Londres depuis 3 mois : "Le risque est partout"
"Je ne pensais pas que les attentats allaient se reproduire ; ici on est tous très choqués. Mon billet d'avion est pris depuis une semaine pour mardi, je serai un peu plus rassurée une fois en France, même si le risque est partout. Parmi les personnes que je connais ici, aucune n'a été touchéee par les attentats. Ce matin, j'étais dans le centre en bus et je n'ai rien remarque d'anormal jusqu'à ce que je rentre chez moi et que je regarde les news. Il est temps maintenant que je prévienne ma famille, que rien ne m'est arrivé..."
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