
Au lendemain des attentats de Londres, une question se pose : qu'en est-il des risques terroristes dans l'Hexagone ? Si Nicolas Sarkozy a indiqué jeudi soir que "la France n'a pas reçu de menace", il a immédiatement prôné un "état de vigilance absolue". "Un certain nombre d'équipes ont été interpellées dernièrement qui nous laissent penser que la France, comme les autres pays, ni plus, mais ni moins, pourrait être menacée", a expliqué le ministre de l'Intérieur.
Selon lui, le "terrorisme algérien" incarné aujourd'hui par le GSPC (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), un mouvement qui a "fait allégeance à Al-Qaïda", est à prendre très au sérieux. Les salafistes constituent la principale "préoccupation" des services antiterroristes en France, a reconnu, vendredi, le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, qui a fait état de "contacts" établis "à l'automne dernier" entre "la direction du GSPC et Abou Moussad al Zarkaoui", le chef d'Al-Qaïda en Irak, afin d' "obtenir son soutien et conduire des opérations en Algérie, de façon plus générale en Afrique du Nord, et dans notre pays probablement", note le patron de la police nationale. D'habitude plus discret, celui-ci va encore plus loin en affirmant que la menace chimique est "tout à fait à la portée" des extrémistes du GSPC.
Condamnations
Né en Algérie en 1998, le GSPC est une survivance du Groupe islamique armé (GIA). Au fil des années, le mouvement, qui se bat pour le retour à un Islam pratiqué du temps du Prophète, s'est livré à une guerre sans merci avec les services de sécurité algériens, perdant au fil des années bon nombre de dirigeants immédiatement remplacés.
Aujourd'hui, le GSPC, qui figure sur la liste américaine des organisations terroristes, est dirigé par Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossab Abdelouadoud, un ancien étudiant de 34 ans présenté comme un spécialiste des explosifs. Il serait conseillé par Mokhtar Belmokhtar, un de ses prédécesseurs aujourd'hui en fuite et récemment condamné par contumace à vingt années de prison par un tribunal d'Alger. L'ancien numéro 2 de l'organisation, surnommé "Abderrezak Le para", vient lui aussi d'être condamné par les magistrats algériens pour "propagation de la terreur au sein de la population".
A la fin de l'année dernière, les services de renseignement américain ont intercepté un courrier du patron du GSPC adressé à al Zarkaoui. Dans la missive, la France serait dénoncée en raison de sa coopération apportée au président algérien Bouteflika. En conséquence, al Zarkaoui aurait été invité à "cibler" des enlèvements français en Irak.
"Atteindre les ennemis où qu'ils se trouvent"
Le GSPC, qui compterait un demi millier de combattants, opère principalement depuis les zones incontrôlables du Sahara, où de nombreux pays occidentaux ont posté des forces armées, Américains en tête, afin de les débusquer, ainsi que dans certaines régions algériennes. Selon certains spécialistes, ils possèderaient des "antennes" en Mauritanie, au Niger et au Tchad. En 2003, le mouvement salafiste avait fait parler de lui dans le monde entier lors de l'enlèvement de trente-deux touristes européens, principalement allemands, dont la libération leur aurait rapporté plusieurs millions de dollars.
Le mois dernier, le GSPC avait ouvertement menacé l'étranger. Dans un communiqué diffusé sur son site internet, il indiquait sa volonté "d'atteindre les ennemis de [leur] foi où qu'ils se trouvent". La première illustration de cette internationalisation de la menace s'est traduite par l'attaque d'une base militaire mauritanienne, le 7 juin, par 150 hommes du GSPC. "Ultime baroud d'honneur", assurent des connaisseurs du terrorisme algérien, pour qui le mouvement salafiste n'aurait plus les moyens de mener des opérations d'envergure. "Si le GSPC n'a pas les moyens de renverser un régime, il a une grande capacité de nuisance. Il peut notamment envoyer quelques spécialistes en Europe", nuance Louis Caprioli, l'ancien chef du contre-terrorisme à la DST.
Si aucune cellule n'a jusqu'à présent été identifiée, le GSPC apparaît dans certaines procédures judiciaires en France. L'imam de Vénissieux Chellali Benchellali, sous le coup d'un arrêté d'expulsion, est décrit comme un de ses proches, de même que Farid Benyettou, soupçonné d'être le recruteur de jeunes candidats au djihad en Irak dans le XIXe arrondissement de Paris et dont le beau-frère avait été arrêté en mai 1998, pour sa participation présumée à une cellule logistique en vue d'un attentat à l'occasion du Mondial.
Photo AFP : des otages allemands libérés le 19 août 2003 après avoir été enlevés par les islamistes du GSPC.
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