
Deux incendies meurtriers en trois jours dans la capitale. Et deux scénarios identiques : un feu rapide avec un bilan très lourd et des enfants parmi les victimes. Telle est la conséquence de la profonde crise du logement social qui sévit en Ile-de-France depuis maintenant des années. Combien d’immeubles sont recensés insalubres ? D’autres drames de ce type peuvent-ils survenir dans les semaines à venir ?
"Il y a un problème gravissime d'immeubles insalubres à Paris", a commenté le maire de la capitale cette nuit, rappelant que ses services en avaient recensé un millier au début de son mandat. Bertrand Delanoë a appelé à une "prise de conscience au niveau de l'Ile-de-France et au niveau national". René Dutrey, président de la société d'économie mixte propriétaire de l'immeuble qui a brûlé dans le 3ème arrondissement, a estimé que ce dernier faisait partie des "423 pires immeubles insalubres" de Paris. "La question n'est pas l'argent, mais l'offre de logements. Tant qu'on ne créera pas d'offre de logements, on sera obligé de ramasser des gens qui brûlent dans des immeubles", a-t-il ajouté.
L’adjoint au logement à la mairie de Paris Jean-Yves Mano a précisé qu'à ce jour à Paris, "mille immeubles avaient été recensés comme insalubres, la moitié d'entre eux avec une insalubrité extrêmement sérieuse et 500 immeubles que nous souhaitons pouvoir sortir de l'insalubrité". Il a indiqué que depuis l'arrivée des socialistes à la tête de Paris en 2001, "nous avons relogé plus de 2.600 familles sorties de ces immeubles insalubres".
110 000 demandes en attente
Du côté de la région Ile-de-France, le constat fait par son président Jean-Paul Huchon est encore plus alarmant. Selon lui, la situation est "comparable à celle rencontrée en 1954, au moment où l'abbé Pierre a lancé son appel" en faveur des mal-logés et l'Etat doit arrêter "de se décharger sur les collectivités locales" sans leur donner les compétences adéquates. "En Ile-de-France, entre 10.000 et 12.000 logements sont insalubres et presque autant sont des foyers de saturnisme. Trois cent mille demandes de logements sociaux sont en attente dans la région, sur un million en France", dit-il. Selon la Fondation Abbé-Pierre, quelque 110.000 demandes de logements sociaux sont en attente à Paris même, où certaines familles "trouvent refuge dans de vieux immeubles en situation de urpeuplement". Elle rappelle que la plupart des familles africaines du boulevard Vincent-Auriol étaient issues du campement de mal-logés installé en 1991 sur le chantier de la bibliothèque François-Mitterrand dans le XIIIe arrondissement.
Face à ce constat, le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo a appelé à "l’union sacrée" en affirmant qu’il n’y avait pas "matière à polémique". Il a également annoncé que le Premier ministre présenterait jeudi un programme d’aide au logement.
La préfecture de police évacuera les immeubles les plus dangereux "La préfecture de police va mettre en oeuvre dans les tout prochains jours, en lien avec la ville de Paris, un dispositif d'urgence pour prévenir de nouveaux sinistres", a-t-elle indiqué dans un communiqué mardi soir. Dans ce but, la préfecture "poursuivra "l'évacuation des immeubles et des squats les plus dangereux", selon le texte, ajoutant qu'elle a "notamment procédé ce jour (mardi) à l'évacuation du squat de la rue du Chalet dans le 10ème arrondissement". En outre, elle "renouvellera aux propriétaires des immeubles dégradés des prescriptions fermes de remise en état dans des délais contraints" et "organisera des visites des bâtiments signalés, par les services de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris".
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