A340/Toronto : l'intrigant précédent de Cayenne

Par Matthieu DURAND (avec P. M.), le 12 août 2005 à 10h45 , mis à jour le 12 août 2005 à 12h37

Le 25 mai 2001, un avion d'Air France a raté son atterrissage sur l'aéroport de Cayenne (Guyane) dans des conditions météorologiques similaires à l'accident survenu le 2 août dernier. Les responsables affirment avoir réalisé douze modifications depuis l'incident. Selon Airbus, "il est prématuré de comparer les deux événements".

lciToronto (Canada), 2 août – Alors que plusieurs accidents d'avion meurtriers ont eu lieu les jours précédents, un Airbus A340 d'Air France rate son atterrissage à l'aéroport Pearson en raison des mauvaises conditions météo. Miraculeusement, aucune victime n'est à déplorer parmi les 309 passagers et membres d'équipage. Ce crash d'une compagnie sûre fait enfler la polémique sur la sécurité aérienne. DR © lci

L'atterrissage manqué du vol AF358, le 2 août dernier à Toronto, aurait-il pu être évité ? La question ressurgit à la lumière d'un rapport resté confidentiel publié vendredi par Le Parisien et Le Figaro. Les deux quotidiens citent l'existence d'un document rédigé en 2003 par le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions du travail (CHSCT) du personnel navigant d'Air France, à propos d'un incident qui s'était déroulé deux ans plus tôt en Guyane.

Le 25 mai 2001 en fin d'après-midi, un A340 qui se présentait sur la piste 8 de l'aéroport a touché fermement le sol en se posant 30 mètres trop tôt sur la piste, relate le rapport. Fort heureusement, l'avion a réussi à se remettre dans l'axe et à remonter sur la piste pour ralentir. Il n'y a pas eu de victime mais un train d'atterrissage abîmé, un début d'incendie sur une roue au parking et quatre balises de signalisation de piste arrachées.

Modifications validées

Cet incident ressemble étrangement à celui de Toronto : même orage accompagné de vent en rafales et une piste détrempée. La seule différence : "l'équipage avait été surpris par un vent de face et non pas arrière comme ce fut le cas à Toronto", note Le Figaro. Interrogée par Le Parisien, Air France a confirmé l'incident de Cayenne, assurant que l'atterrissage raté aurait entraîné une enquête et des préconisations de mesures correctives. Douze modifications portant notamment sur des procédures de vol par météo tourmentée auraient été validées par la direction générale de l'aviation Civile (DGAC) et par le constructeur Airbus. Lesquelles ? Mystère. "A ma connaissance, il n'y a pas eu de modifications substantielles concernant la conduite de vol", déclare à tf1.fr le commandant de bord Eric Derivery, porte-parole du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et pilote à Air France. En revanche, "des préconisations en cas de conditions météo dégradées existent dans les docs d'Air France depuis un moment", ajoute-t-il.

Le rapport du CHSCT souligne par ailleurs la lenteur de réaction du système A/THR, une automanette de régulation de la poussée des gaz.  Ce dispositif "permet de demander à l'avion de gérer la poussée sur les moteurs pour suivre une vitesse donnée", explique Eric Derivery. En présence de fortes turbulences, l'A/THR "a parfois une vitesse de réaction incompatible" avec la nécessité de corriger rapidement des variations de vent importantes, admet-il. Aussi les pilotes d'A320 et A340 préfèrent-ils gérer eux-même la poussée des réacteurs. "Mais on ne sait pas si l'A/THR a été utilisé à Toronto", fait-il remarquer.

"Sur l'A340, il y a un certain nombre de points qui peuvent déranger le pilote mais ils n'expliquent en aucun cas l'accident de Toronto", affirme le porte-parole du SNPL. Selon lui, il est trop tôt pour décider de revoir les procédures ou le fonctionnement de l'appareil avant de connaître les résultats de l'enquête. Même son de cloche à Airbus, qui souligne à tf1.fr qu'"il est dangereux de comparer des événements [Cayenne et Toronto] quand on ne dispose pas de tous les éléments". Et de conclure : "Ce sera au BEA [Bureau d'enquêtes et d'analyses] de dire si Toronto est une copie conforme de Cayenne ou pas".

Le 2 août dernier, le vol AF358 a quitté la piste et pris feu après son atterrissage alors qu'un orage sévissait sur Toronto. Ses 309 passagers et membres d'équipage, évacués en moins de deux minutes, ont tous survécu à l'accident, qui a fait 43 blessés.

Photo : l'incident rencontré par l'A340 à l'aéroport de Toronto, le 2 août dernier.

Par Matthieu DURAND (avec P. M.) le 12 août 2005 à 10:45
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14 Commentaires

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  • RABBE, le 13/08/2005 à 12h48

    La responsabilité du commandant de bord est unique ..le reste c'est l'enquête ...OK ..Air France est le patron...et toutes les actions correctives seront très utiles pour améliorer la programmation des vols qui resteront toujours sous la responsabilité du Commandant de bord....on conserve toujours le droit à la remise des gaz !!!!

  • Ptilu, le 12/08/2005 à 18h04

    C'est bien triste, ce qui est encore plus triste c'est de ne pas voyager du tout.

  • Dan, le 12/08/2005 à 15h44

    Ce qui devient insupportable, du moins à mes yeux, ce n'est pas qu'on enquête sur les causes d'un accident, quoi de plus normal...Mais tout ce qui "mousse" autour; les procès d'intention,les a-priori, les préjugés, ceux qui en profitent pour régler leurs "petits comptes"...Tout cela amplifié part la sur-médiatisation des faits divers....

  • Zajkowski, le 12/08/2005 à 15h24

    Des accidents d'avion il y en a eu ,helas , et il y en aura encore , c'est toujours spectaculaire mais ce mode de transport reste le plus sûr au monde . Il est bien sûr normal de rechercher les causes et d'y remedier . Moi ce que je retiens avant tout de cet accident c'est que grâce a l'equipage , pilotes et personnel de cabine il n'y a pas eu de victimes , c'est a mes yeux le + important et je rends hommage au personnel d'air france . Je continuerai bien sûr a voyager avec Air France et en A340 en toute confiance !

  • John, le 12/08/2005 à 14h46

    Une fois de plus, attendons les resultats de l'enquete !

  • GilO, le 12/08/2005 à 14h07

    Le lapin sort enfin du chapeau ! Après avoir accusé tout le monde y compris les passagers qui ont "osé" demander des comptes, il semblerait que tout ne soit pas aussi clair qu'on le prétend chez air france. Oops.

  • Nico, le 12/08/2005 à 13h54

    Mais qu'est-ce que c'est que ces élucubrations sur la formation des pilotes d'AF ou encore sur le fait qu'il ne faudrait pas comparer les différents accidents d'avion ? Pour ce qui est d'AF, aller faire un tour là http://www.airsafe.com/events/regions/europe.htm vous verrez que ce n'est pas franchement une compagnie catastrophique. Et comparer les accidents permet de cerner les éléments qui mènent aux accidents, c'est donc TRES utile...mais encore faut-il un rapport COMPLET.

  • Etienne, le 12/08/2005 à 13h47

    OLIVIER, sui d'accord avec toi.Si on commence à tout analyser on va decouvrir enormement de choses non statistiquement significatif.) .L'avion n'est pas un moyen de transport sure à 100%(peut être 99.999999999% ....)

  • Micky, le 12/08/2005 à 12h59

    De toutes façons, la Physique étant la Physique, il s'agira toujours de poser au sol un gros machin de plusieurs centaines de tonnes, avec beaucoup de monde dedans, qui vient de très haut, et qui approche à 250km/h. Normal que des fois ça passe un peu juste. C'est pas une bicyclette, et on est pas sur des rails, là.

  • Ptitquat, le 12/08/2005 à 12h40

    C'est quand même normal s'interroger sur ce qui a provoquer l'accident. A savoir si cela viens de l'airbus, du pilote, ou de la piste etc ... Ta réaction est vraiment byzarre!!! (d'une nullité flagrante)

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