Toronto (Canada), 2 août – Alors que plusieurs accidents d'avion meurtriers ont eu lieu les jours précédents, un Airbus A340 d'Air France rate son atterrissage à l'aéroport Pearson en raison des mauvaises conditions météo. Miraculeusement, aucune victime n'est à déplorer parmi les 309 passagers et membres d'équipage. Ce crash d'une compagnie sûre fait enfler la polémique sur la sécurité aérienne. DR © lciL'atterrissage manqué du vol AF358, le 2 août dernier à Toronto, aurait-il pu être évité ? La question ressurgit à la lumière d'un rapport resté confidentiel publié vendredi par Le Parisien et Le Figaro. Les deux quotidiens citent l'existence d'un document rédigé en 2003 par le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions du travail (CHSCT) du personnel navigant d'Air France, à propos d'un incident qui s'était déroulé deux ans plus tôt en Guyane.
Le 25 mai 2001 en fin d'après-midi, un A340 qui se présentait sur la piste 8 de l'aéroport a touché fermement le sol en se posant 30 mètres trop tôt sur la piste, relate le rapport. Fort heureusement, l'avion a réussi à se remettre dans l'axe et à remonter sur la piste pour ralentir. Il n'y a pas eu de victime mais un train d'atterrissage abîmé, un début d'incendie sur une roue au parking et quatre balises de signalisation de piste arrachées.
Modifications validées
Cet incident ressemble étrangement à celui de Toronto : même orage accompagné de vent en rafales et une piste détrempée. La seule différence : "l'équipage avait été surpris par un vent de face et non pas arrière comme ce fut le cas à Toronto", note Le Figaro. Interrogée par Le Parisien, Air France a confirmé l'incident de Cayenne, assurant que l'atterrissage raté aurait entraîné une enquête et des préconisations de mesures correctives. Douze modifications portant notamment sur des procédures de vol par météo tourmentée auraient été validées par la direction générale de l'aviation Civile (DGAC) et par le constructeur Airbus. Lesquelles ? Mystère. "A ma connaissance, il n'y a pas eu de modifications substantielles concernant la conduite de vol", déclare à tf1.fr le commandant de bord Eric Derivery, porte-parole du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et pilote à Air France. En revanche, "des préconisations en cas de conditions météo dégradées existent dans les docs d'Air France depuis un moment", ajoute-t-il.
Le rapport du CHSCT souligne par ailleurs la lenteur de réaction du système A/THR, une automanette de régulation de la poussée des gaz. Ce dispositif "permet de demander à l'avion de gérer la poussée sur les moteurs pour suivre une vitesse donnée", explique Eric Derivery. En présence de fortes turbulences, l'A/THR "a parfois une vitesse de réaction incompatible" avec la nécessité de corriger rapidement des variations de vent importantes, admet-il. Aussi les pilotes d'A320 et A340 préfèrent-ils gérer eux-même la poussée des réacteurs. "Mais on ne sait pas si l'A/THR a été utilisé à Toronto", fait-il remarquer.
"Sur l'A340, il y a un certain nombre de points qui peuvent déranger le pilote mais ils n'expliquent en aucun cas l'accident de Toronto", affirme le porte-parole du SNPL. Selon lui, il est trop tôt pour décider de revoir les procédures ou le fonctionnement de l'appareil avant de connaître les résultats de l'enquête. Même son de cloche à Airbus, qui souligne à tf1.fr qu'"il est dangereux de comparer des événements [Cayenne et Toronto] quand on ne dispose pas de tous les éléments". Et de conclure : "Ce sera au BEA [Bureau d'enquêtes et d'analyses] de dire si Toronto est une copie conforme de Cayenne ou pas".
Le 2 août dernier, le vol AF358 a quitté la piste et pris feu après son atterrissage alors qu'un orage sévissait sur Toronto. Ses 309 passagers et membres d'équipage, évacués en moins de deux minutes, ont tous survécu à l'accident, qui a fait 43 blessés.
Photo : l'incident rencontré par l'A340 à l'aéroport de Toronto, le 2 août dernier.
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