
Régulièrement cinglant vis-à-vis de la politique du gouvernement - une attitude qui lui vaut de vives critiques jusqu'au sein de son propre parti - François Bayrou est clairement étrillé dans un entretien que publie Les Echos par Gilles de Robien, seul ministre UDF de l'équipe Villepin. "François Bayrou est plus qu'injuste. Il est véritablement autiste", estime Gilles de Robien, qui a été suspendu des instances exécutives de l'UDF pour avoir enfreint la consigne de non participation au gouvernement Villepin. "Son opposition systématique est néfaste pour le gouvernement et inquiétante pour l'UDF. Le problème, c'est que François Bayrou, aujourd'hui, sert la soupe à l'opposition et même, par cette opposition systématique, la conforte".
Réponse du berger à la bergère : le président de l'UDF, invité jeudi soir du 20 heures de TF1, a affirmé qu'"il faut bien que quelqu'un ose dire non quand les décisions ne vont pas dans le bon sens". Le député des Pyrénées-Atlantiques a pris l'exemple de la privatisation des sociétés d'autoroutes, lancée par le gouvernement de Dominique de Villepin alors que celui de Jean-Pierre Raffarin avait décidé de les garder pour financer les infrastructures de transport. Et rétorquant aux critiques de Gilles de Robien, François Bayrou a rappelé que "cette politique de refus de la privatisation des autoroutes, qui en a été à l'origine ? Qui l'a portée ? C'est Gilles de Robien"... lorsqu'il était ministre de l'Equipement du gouvernement Raffarin.
Ebauche d'un "rassemblement alternatif"
"Il y a des débats, il y a des votes, pourquoi est-ce qu'on ne respecte pas la parole que l'on donne ?", a demandé François Bayrou en rappelant également l'engagement pris à l'automne de restituer aux Français les recettes fiscales supplémentaires dues à la hausse des prix des carburants. "Il y a une cohérence dans la vie politique dont les Français voient bien qu'elle a presque totalement disparu", a-t-il ajouté en prenant l'exemple des emplois-jeunes, "qu'on a décidé aujourd'hui de recréer".
"Est-ce que des gens hier différents, dans des camps opposés, peuvent demain travailler ensemble pour sortir le pays du drame où il se trouve ?", a demandé le président de l'UDF, interrogé sur la possibilité d'un rapprochement entre les centristes et certains socialistes. "Oui, je le crois, je l'espère, et je ferai tout ce que je pourrai pour que se constitue un rassemblement alternatif qui offre une vraie chance différente à un pays qui ne croit plus en rien".
Des propos qui prennent tout leur sens à la veille d'une université d'été du PS qui s'annonce orageuse, alors que Michel Rocard et Bernard Kouchner ont tour à tour, ces derniers jours, évoqué l'hypothèse d'une scission du PS à l'automne... et que ce dernier, dans les colonnes du Figaro, n'a pas hésité à se dire prêt à travailler avec le patron de l'UDF. Les grands esprits se rencontrent.
Photo d'ouverture : François Bayrou, invité jeudi soir du 20 heures de TF1 - DR
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