Calvi : à la recherche des causes du drame

le 01 août 2005 à 19h09 , mis à jour le 03 août 2005 à 10h36

Deux enquêtes ont été ouvertes pour déterminer les circonstances du crash d'un Canadair, lundi matin en Haute-Corse. Par précaution, tous les autres Canadair sont cloués au sol pour vérification technique. L'origine criminelle de l'incendie contre lequel les deux pilotes tués luttaient ne faisant guère de doute, on n'hésite pas sur place à parler de "crime de sang".

crash canadair secours autour calvi

Autour du lieu du crash, un strict périmètre a été établi pour permettre les relevés nécessaires à l'enquête. La carlingue du Canadair jaune et rouge gît dans une épaisse végétation de maquis. Des pompiers, qui ont installé un PC de crise sur place, s'affairent autour de la carcasse où ont été retrouvés les corps des deux membres de l'équipage, à moins de 200 m de villas. Plus haut, à environ 150 m de là, se trouve le gouvernail de l'appareil, apparemment intact.

L'avion s'est écrasé lundi matin, vers 10 heures, près de Calvi, en Haute-Corse, alors qu'il luttait contre un feu déclenché au cours du week-end. Le pilote Ludovic Piasentin, 50 ans, et le co-pilote Jean-Louis de Bénédict, 55 ans, "ont été éjectés dans le crash et sont morts immédiatement", a indiqué le préfet Pierre-René Lemas. "La maison de mes parents étant au pied de la colline en feu, nous étions à l'affût de l'évolution" a indiqué sur tf1.fr une femme, témoin du drame. "J'ai vu ce pilote perdre le contrôle de son appareil et s'écraser contre la colline. Ils étaient là pour nous préserver, c'est tout simplement monstrueux et insoutenable. Il n'y a rien à rajouter sauf à saluer leur courage et celui de leurs coéquipiers qui ont désespérément arrosé la carlingue après l'accident".

Témoignages contradictoires

Deux enquêtes ont été ouvertes immédiatement : l'enquête judiciaire confiée à la gendarmerie des transports aériens et la double enquête administrative du bureau "Enquêtes accidents" de l'Aviation civile et de l'Inspection générale de la Sécurité civile. L'enregistreur de vol a été retrouvé parfaitement intact, son analyse est en cours. Mais alors que, mardi matin, le procureur de la République de Bastia espérait qu'elle serait faite dans la journée, il faudra peut-être patienter plus que prévu pour en avoir les résultats. "Pour ce type d'analyse nous avons besoin d'une expertise très fine et les résultats ne devraient pas être connus avant la fin de la semaine", a précisé le procureur.

Cette analyse est primordiale pour comprendre les raisons du crash, d'autant que sur le terrain les témoignages sur les circonstances de l'accident divergent. "Certains témoins, notamment des pompiers qui luttaient contre l'incendie, disent qu'il a touché la montagne, d'autres qu'il s'est cassé en deux avant. Mais tout cela s'est passé dans la fumée puisque, semble-t-il, le Canadair venait de larguer de l'eau sur le feu", a expliqué le préfet.

Par précaution, tous les Canadair sont maintenus au sol le temps d'une "vérification technique visuelle" et d'un briefing avec les pilotes, a indiqué la Sécurité civile. Cette mesure devrait toutefois être levée mercredi, Météo France prévoyant une reprise du vent d'ouest avec des pointes allant jusqu'à 100 km/h dans la vallée du Rhône, en Provence et en Roussillon. En raison de ces prévisions de vents très forts, les trois quarts du département des Bouches-du-Rhône ont été classés pour ce jour par la préfecture en "zone noire", synonyme de "risques exceptionnels" ; c'est le cas également, dans le Var, des îles d'Hyères, une bonne partie de l'ouest du département se trouvant en "zone rouge".

Un "crime de sang"

Les enquêteurs devront "déterminer les causes de cet incendie. Et s'il s'avérait qu'elles étaient volontaires, je demande à ce que tout soit mis en oeuvre pour arrêter et punir les auteurs de façon exemplaire", a affirmé le président Jacques Chirac, qui a rendu hommage aux pilotes morts en service, comme le Premier ministre Dominique de Villepin. Mais pour le préfet de Corse, l'origine criminelle du feu qui s'est déclaré dimanche vers 14h30 dans la baie de Nichiareto, sur la commune de Calenzana, ne fait "guère de doute". "Celui-ci est parti au bord d'une route, près de la mer, et donc sans doute d'origine criminelle comme les autres" feux qui ont éclaté depuis plusieurs jours dans la région de Calvi et Calenzana, selon le préfet. "Vraisemblablement, il y a une ou des personnes aujourd'hui, quelque part en Balagne, qui ont la responsabilité de ces deuils sur la conscience".

Le maire PRG de Bastia, Emile Zuccarelli, n'a pas hésité à parler de "crime de sang", donnant la mesure de l'émotion qui prévaut en Haute-Corse. Le président de l'association des maires de Haute Corse, Ange-Pierre Vivoni, a suggéré la mise en place d'un numéro vert, afin d'aider les langues "à se délier" à propos des incendiaires. La date des obsèques des deux pilotes, dont les corps pourraient être rendus à leurs famille mercredi soir après autopsie, n'a pas été arrêtée ; mais elles pourraient avoir lieu d'ici la fin de la semaine, sur la base aérienne de la Sécurité civile à Marignane, en présence, notamment, du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Photo d'ouverture : les débris de l'appareil qui s'est écrasé près de Calvi, tuant ses deux occupants - DR

le 01 août 2005 à 19:09
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