
Dans les journaux vénézuéliens, ils ont découvert les photos des passeports retrouvés sur les victimes de l'accident de la West Caribbean dans lequel sont morts 152 Français et 8 membres d'équipage colombiens. Mais ça sera tout. Les familles arrivées vendredi à Maracaibo, dans le nord du pays n'ont pas vu les corps des victimes en raison de leur état méconnaissable.
La centaine de proches des victimes en provenance de Fort-de-France (Martinique) ont été conduits à la Faculté de médecine de Maracaibo, où une chapelle ardente a été dressée. La faculté abrite aussi la morgue où ont été entreposés les cadavres des 160 occupants de l'avion. Les familles ont du mal à se résoudre à ne pas voir les corps ni le lieu de l'accident. Une rencontre avec les experts qui participent au processus d'identification des corps leur a cependant permis de poser les questions qui les hantent.
"Si seulement je pouvais voir son corps..."
Magalie Catorc a demandé au chef des médecins légistes comment sera identifiée sa fille de 13 ans, Mailys, qui n'était jamais allée chez le dentiste et dont les empreintes digitales n'avaient jamais été enregistrées. "Il faudra recourir a une empreinte génétique", a répondu à la jeune femme le docteur Yves Schuliar. Magalie Catorc a alors éclaté en sanglots. Elle a également perdu sa mère dans la tragédie. Une amie est avec elle pour la réconforter.
"Avez-vous récupéré tous les corps?", a demandé un homme d'une cinquantaine d'années. "Oui, je pense que la majorité des corps est à la morgue", a expliqué le Dr Schuliar. "Ce sont des corps dissociés et non des corps entiers", a précisé un psychiatre dépêché par le ministère français des Affaires étrangères. "Si seulement je pouvais voir son corps, j'arrêterais de l'attendre", confie Marie Lenogue dont la douleur est lancinante depuis la mort de sa soeur Séverine, avec qui elle était liée "comme les doigts dans la main". "Si seulement je pouvais la voir, je pourrais commencer à faire mon deuil", ajoute-elle.
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Hommage national
"C'est bien là que le problème va se poser de façon aiguë. Même si on le leur a dit, les gens n'ont pas encore intégré qu'ils ne reviendront pas avec un corps. C'est au retour que les choses seront difficiles", a expliqué à l'AFP le docteur Serge Chalon, qui accompagne les familles à Maracaibo.
L'enquête se poursuit au Venezuela sur les causes de cet accident survenu dans la nuit de lundi à mardi. Aucune explication officielle n'a été communiquée sur les raisons de la catastrophe et les deux boîtes noires de l'appareil, un McDonnell Douglas MD-82, dont le commandant de bord avait signalé une panne de réacteurs avant l'accident, n'ont pas encore été analysées. D'éventuelles négligences en ce qui concerne la maintenance technique des appareils de la compagnie colombienne West Caribbean ont été signalées par les médias colombiens comme une cause possible de l'accident.
Samedi, alors qu'un autre avion de Martinique est attendu, une stèle portant le nom des 160 victimes de la catastrophe a été érigée sur une place de Maracaibo, le port pétrolier proche du site de la catastrophe. Le ministre de l'Outre-mer Francois Baroin accompagnera ces proches des victimes, dont certains venus de métropole. Le président Jacques Chirac assistera pour sa part mercredi prochain à un hommage national qui sera rendu à Fort-de-France aux victimes de la catastrophe aérienne. Une information judiciaire pour homicides involontaires a d'autre part été ouverte par le procureur de la République de Fort-de-France.
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