
Les obsèques de frère Roger, tué mardi soir à Taizé, seront célébrées mardi 23 août à 14 heures. D'ici là, son corps sera déposé dans l'église de Taizé chaque après-midi de 15h à 19h., pour que tous ceux qui le veulent puissent aller se recueillir auprès de lui.
Le drame s'est déroulé mardi vers 20H45 à Taizé, en Saône-et-Loire, alors que quelque 2.500 jeunes de diverses nationalités assistaient à la prière traditionnelle du soir donnée par Frère Roger dans l'Eglise de la Réconciliation. "La femme qui l'a agressé a réussi à s'introduire au milieu du choeur des frères, elle s'est avancée vers lui, mais on ne l'a pas vue car on était de dos, on a entendu le cri, on s'est retourné, c'était déjà fait", a déclaré frère Emile, porte-parole de la communauté. "Frère Roger est resté assis, on est allé vers lui et on a compris qu'il était grièvement blessé quand on a vu le sang qui commençait à couler, puis on a réussi à le transporter à la maison", a-t-il expliqué, profondément ému. "Il y avait un médecin dans l'assemblée et le médecin local est venu, mais c'était trop tard, la blessure était trop importante et il a succombé à 21H00", a-t-il ajouté. Frère Emile a précisé que Frère Roger a été atteint à la gorge, mais selon les gendarmes, il aurait également été frappé dans le dos.
L'auteur présumée de l'agression, une Roumaine de 36 ans selon la gendarmerie, a été rapidement maîtrisée par des témoins du drame, sans opposer de résistance, a précisé le parquet de Mâcon.
Nuit de prière en hommage
"On est sous le choc, il y a beaucoup de confusion ici, personne ne comprend ce qu'il s'est passé", a confié une religieuse présente dans la communauté. Elle a expliqué que peu après l'agression, frère François, un proche de la victime, a pris la parole pour expliquer le drame, nombre de jeunes étant trop éloignés pour avoir vu la scène. Il a alors demandé à tous de de rester dans l'église pour prier et rendre grâce à Frère Roger, a-t-elle dit.
C'est un catholique allemand de 51 ans, Frère Aloïs, qui va succéder au Frère Roger à la tête la communauté de Taizé. "Frère Aloïs a été désigné par Frère Roger qui a fait connaitre son choix il y a huit ans. C'était conforme à la règle de la communauté selon laquelle le prieur qui est responsable de notre groupe choisit son successeur", a déclaré le Frère Emile. Frère Aloïs devait rentrer dans la nuit des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), qui se déroulent à Cologne (Allemagne), où l'annonce du meurtre de Frère Roger a semé la consternation.
"Un homme d'amour et de paix"
En France, l'ancien ministre socialiste Jack Lang s'est dit "bouleversé" et a rendu hommage à celui qui "était par excellence un homme d'amour et de paix". En Allemagne, le chancelier Gerhard Schröder a également salué la figure de Frère Roger, "l'une des grandes personnalités religieuses significatives de l'époque actuelle". Protestant, diplômé en théologie, Roger Schutz avait consacré sa vie à la réconciliation entre les chrétiens. Il était arrivé à Taizé, un petit village près de Cluny, en août 1940, à l'âge de 25 ans, avec le projet de fonder une communauté monastique. En raison de son grand âge, Frère Roger envisageait de quitter ses fonctions de prieur dans le courant de l'année, selon une source proche de la communauté. Ces dernier temps, il était très fatigué et se déplaçait souvent en fauteuil roulant.
La meurtrière voulait "attirer l'attention" mais "pas tuer" La femme qui a mortellement blessé le Frère Roger, prénommée Luminita, a expliqué aux gendarmes durant sa garde à vue qu'elle "voulait parler au Frère Roger mais elle n'y est pas arrivée parce qu'il y avait trop de monde", a indiqué mercredi le procureur de la République de Mâcon. "Elle a alors voulu attirer son attention", a poursuivi le magistrat, en estimant que "cela paraît un peu court comme explication. Il y a sûrement, j'imagine, un problème psychiatrique mais, d'après les premiers examens, elle ne relèverait pas de l'internement psychiatrique. Elle paraît saine d'esprit. C'est pourquoi j'ai demandé un complément d'expertise cet après-midi même", a ajouté le procureur. La jeune femme, âgée de 36 ans, avait acheté lundi un couteau à Cluny, ce qui laisse à penser qu'il y a "peut-être" eu préméditation, a toutefois dit le procureur. Dans ce cas, et si elle est jugée responsable de ses actes, il y aura ouverture d'une information judiciaire pour assassinat.
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